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Cette actualité a été publiée le 25/07/2011 à 22h39 par Mich.


LES MILLE MILLIARDS DE MONDES DE SKYPIX

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Les mille milliards de mondes de Skypix

 

Voici deux ans, à l'occasion de l'année mondiale de l'astronomie, célébrant le quatrième centenaire de la première observation astronomique à la lunette par Galilée, l'Observatoire européen austral (ESO) m'a offert l'opportunité unique de photographier... le ciel entier, depuis les observatoires européens des deux hémisphères.

Cette photographie du ciel, dont je raconte ici en détail la prise de vue, est à l'origine de Skypix, l'application pour I Phone et I Pad que nous avons créé avec l'équipe de Science & Vie.

Quel meilleur usage pouvait-on imaginer faire d'une photographie couvrant la voûte céleste entière, du pôle Nord au pôle Sud ? Skypix est un planétarium autonome, qui vous permet d'explorer l'Univers à partir de cette image, laquelle est interractive, et permet de découvrir via les catalogues Hipparcos et NGC, des milliers d'astres...

Comme dans un véritable planétarium, il est possible d'afficher à l'écran le tracé des constellations et le tracé de l'écliptique, où s'alignent comme à la parade Soleil, Lune et planètes. Dans l'application, une encyclopédie numérique est consultable, détaillant les caractéristiques de – en juillet 2011 – 250 astres, étoiles, planètes, comètes, astéroïdes, amas d'étoiles, nébuleuses et galaxies, illustrés par près de 500 photos prises par le télescope spatial Hubble, le Very Large Telescope européen (VLT) et les nombreuses sondes spatiales qui explorent le système solaire depuis un quart de siècle.

Skypix est une application vivante ; à chaque nouvelle observation, à chaque nouvelle image importante prise par un télescope géant ou une sonde spatiale, l'encyclopédie est enrichie et mise à jour. Mais Skypix est plus qu'un planétarium, c'est aussi et surtout un formidable « astronome virtuel » qui permet de se repérer dans le ciel et de reconnaître immédiatement ce que l'on a au dessus de la tête : les smartphones étant géolocalisés par le système de satellites GPS, il suffit d'orienter son I Pad ou son I Phone vers le ciel, et l'écran montre directement la région céleste vers lequel il est pointé...

Du coup, en balayant lentement le ciel avec son smartphone, on reconstruit l'image telle que je l'ai photographiée : comme une sphère qui nous entoure et dont la Terre occupe le centre.

Car Skypix est aussi né d'une frustration : en prenant cette image sphérique de près de un milliard de pixels, je n'avais pas mesuré la difficulté que c'est d'utiliser un « objet numérique » aussi gros : la publier, dans un article, dans un livre, est impossible, seule une projection de très grande taille et sphérique – dans un planétarium, par exemple – ou dans Skypix, pouvait lui rendre justice.

Par sa taille – deux gigaoctets, huit cent millions de pixels – cette photographie est une image monde, à explorer indéfiniment, paysage inépuisable... ou presque. Pensée comme une métaphore de l'Univers, que les savants explorent depuis quatre siècles avec leurs télescopes, leurs accélérateurs de particules, leurs théories mathématiques, cette photographie nocturne montre, en une vertigineuse mise en abîme, tout à la fois le ciel et le cosmos.

Le ciel, c'est le velours noir de la nuit, ses constellations, ses étoiles millénaires dont les noms ont bercé toutes les enfances, leurs mythes et leurs histoires de dieux et d'hommes, partagés par toutes les civilisations depuis que Homo s'est fait sapiens. Le cosmos, c'est l'au-delà du ciel : ce que révèle l'invisible, l'architecture de l'Univers, les lois de la nature, peu à peu déchiffrées par les savants depuis que, pour la première fois, voici quatre siècles, Galilée a levé vers le ciel une lunette...

Photographe passionné d'astronomie, je rêvais de cette image depuis bien des années ; contemplant souvent le ciel, à l'oeil nu ou au télescope, j'étais hanté par sa démesure. L'histoire de la connaissance de l'Univers est marquée au sceau de cette démesure, chaque génération de chercheurs découvrant un cosmos toujours plus immense.

Mais si l'on est pris de vertige, confronté à l'imago mundi que nous propose la science contemporaine, il est aussi bien difficile d'en appréhender la profondeur, l'abstraction. Au fond, les savants sont des surréalistes qui s'ignorent, se perdant en songe dans la bibliothèque infinie de Borgès, déclamant les cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau dans un théâtre à la géométrie déroutante, comme ces places désertiques des peintures métaphysiques de Giorgio de Chirico.

Par cette photographie, je me proposais de renouer le lien millénaire entre le ciel enveloppant, intime, complice, de l'humanité et le cosmos infini des scientifiques et des philosophes modernes. Par sa démesure, cette image se veut l'écho de l'infinitude du cosmos, même si, hélas ! cette prétention ne résiste pas à l'immensité réelle de l'Univers : l'infini est un horizon qui ne se laisse jamais approcher... A défaut d'infini, ce sont plus de dix millions d'étoiles de la Voie lactée qui ont été photographiées, un fragment d'infini, à l'échelle humaine : une vie entière ne suffirait pas à les regarder, à les compter toutes...

C'est donc le ciel entier que montre cette image. Mais la photographie numérique révèle bien plus que le regard. A l'oeil nu, sous un beau ciel de montagne ou de campagne, vous pourrez compter au mieux, mille à deux mille étoiles. Les astronomes disent que la magnitude des étoiles les plus faibles visibles à l'oeil avoisine 6. La photographie de Skypix montre des astres de magnitude 13 à 14, le VLT et Hubble perçoivent des étoiles de magnitude 30...

C'est donc l'au-delà du ciel que l'image révèle, rivières célestes débordant d'étoiles, astres saphirs, rubis, diamants piqués sur le velours noir de la nuit, soies chiffonnées des nébuleuses, nuées intersidérales, obscures et tumultueuses comme des nuages d'orages.

Et lorsqu'au hasard des constellations, une nébuleuse ou une galaxie photographiée par le Very Large Telescope se présente, c'est une vertigineuse mise en abîme, tout à la fois spatiale et temporelle, qui nous attend. Derrière les dix millions d'étoiles de Skypix se cachent mille milliards d'étoiles et de planètes, invisibles, qu'il faudrait des siècles pour photographier toutes. Nous ne les voyons pas mais elles sont là, dans le velours noir tendu entre cette multitude de piqûres de lumières stellaires.

 

Un article de Serge Brunier, publié par ciel.science-et-vie.com

 

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Auteur : Serge Brunier

Source : ciel.science-et-vie.com