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Cette actualité a été publiée le 28/06/2011 à 23h49 par Mich.


LES MARÉES VERTES S'ÉTENDENT EN BRETAGNE

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Les marées vertes s'étendent en Bretagne

 

Les marées vertes qui abîment le littoral breton apparaissent maintenant jusqu'à Oléron et en Normandie. Le fléau, pourtant combattu, gagne du terrain.

Saint-Michel-en-Grève, charmant village fleuri des Côtes-d'Armor, attire chaque année des touristes en quête de paysages sauvages. Sur la longue plage de sable, un intrus perturbe le décor : les algues vertes, salade flétrie à l'odeur parfois nauséabonde. Depuis mai, déjà plus de 4.000 tonnes ont été ramassées au petit matin dans la baie.

Le village est loin d'être un cas isolé : les autorités publiques ont identifié cette année 109 sites d'échouage dispersés sur le tout le littoral breton. Ces marées vertes, qui ne touchaient auparavant que le nord de la Bretagne, sont désormais observées plus au sud.

Les algues apparaissent jusqu'à La Baule, l'île d'Oléron, Noirmoutier... Le phénomène, apparu voilà quarante ans, s'étend inexorablement.

Potentiellement toxiques, et même mortelles lorsqu'elles se décomposent, les algues vertes asphyxient d'abord l'économie locale. « Saint-Michel-en-Grève est un exemple emblématique du problème. Auparavant, il y avait six hôtels. Il n'en reste plus qu'un aujourd'hui.

Le gérant, qui a repris cette belle bâtisse il y a un an, a du courage... Le propriétaire précédent avait eu beaucoup de mal à vendre », soupire l'écologiste Yves-Marie Le Lay, président de l'association Sauvegarde du Trégor.

Saint-Michel-en-Grève se démène, pourtant : en 2009, les algues vertes ont absorbé un tiers du budget de fonctionnement de la petite commune. L'an dernier, les villes les plus touchées ont dépensé 850.000 € rien que pour ramasser les algues échouées.

Des habitants démoralisés

Lorsque l'on frappe aux portes des maisons en pierre de taille, les mines se renfrognent. Colette, la soixantaine, habite juste au-dessus des plages. Ici, plus grand monde ne parle, de peur d'attirer des reproches et des représailles. « Jusqu'aux années 1970, les plages étaient magnifiques.

Mais les algues ont tué notre village. On essaye de ne plus en parler pour ne pas alimenter la polémique. Mais chaque matin elles sont là... Il y a quelques jours, l'odeur était insupportable chez moi. Cela me donne des nausées, des maux de tête. Une de mes voisines a dû partir vivre chez sa fille. »

Non loin, au bar de l'Hôtel de la Plage, le cuisinier prend sa pause sur la terrasse. Anneau à l'oreille, visage buriné, Stéphane s'agace : « Les algues ne sont là que cinq mois par an, de mai à septembre.

Le restant de l'année, les côtes sont magnifiques. D'ailleurs, les gens qui connaissent le coin reviennent, même l'été. La prudence écarte tout danger. Moi, chaque matin, quand je me lève et je regarde par ma fenêtre, je m'émerveille. »

Un fléau mortel

L'affaire est pourtant devenue une affaire d'Etat, un fléau sanitaire. Lorsque les algues se décomposent, 48 heures après s'être échouées, elles se recouvrent d'une mince couche blanche et arachnéenne. Quand on perce cette croûte, un gaz toxique, l'hydrogène sulfuré, s'en dégage. Ce gaz invisible, toxique, peut être mortel. Cette toxicité n'a été reconnue publiquement par le gouvernement qu'en 2009, après la mort d'un cheval.

Et celle, hautement suspecte, d'un homme qui transportait les algues sur son tracteur : les parents se battent depuis le décès de leur fils Thierry Morfoisse, décédé d'une crise cardiaque.

Là, c'est un ancien ramasseur d'algues, Maurice Brifault, qui explique être resté quatre jours dans le coma après un malaise en plein travail, en 1999. « L'affaire est restée cachée, comme c'était en pleine saison, il ne fallait pas que ça se sache », confie-t-il.

Les paysans redoublent d'efforts

A l'origine de ces proliférations, le taux de nitrates et de phosphates contenus dans l'eau, « cadeau » de l'agriculture intensive et de l'utilisation de lisier et autres engrais dans les cultures, notamment pour le maïs.

Le « plan algues vertes », mis en place l'an dernier par l'Etat pour financer une partie du ramassage et du traitement des algues, prévoit d'atteindre en 2015 un taux inférieur à 15 mg/l. Aujourd'hui, la teneur en nitrates sur la baie de Lannion est de 26 mg/l. Le chemin est encore long.

Les agriculteurs en ont pris conscience, comme l'explique Jean-Noël Sidaner, vice-président de la chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor. « On a fait un énorme travail pour s'améliorer. Depuis dix ans, on a réduit de 30 % l'apport d'engrais dans les cultures.

Et pourtant, il n'y a pas d'évolution positive nette. Cela nous démoralise. On nous avait annoncé 130 millions d'euros d'aides dans le plan algues. Pour le moment, nous n'avons rien reçu. Mais on continue nos efforts. Les algues vertes nous rendent aussi malheureux que les écologistes et les autres. Cela paiera probablement un jour. »

 

Voir la vidéo (7:20)

 

Un article de Alexandra Gonzalez, publié par francesoir.fr

 

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Auteur : Alexandra Gonzalez

Source : www.francesoir.fr