Les forêts primaires, jamais abîmées, sont des réserves de vie - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 05/03/2011 à 19h27 par Tanka.


LES FORÊTS PRIMAIRES, JAMAIS ABÎMÉES, SONT DES RÉSERVES DE VIE

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Les forêts primaires, jamais abîmées, sont des réserves de vie

 
Botaniste, spécialiste des forêts tropicales, Francis Hallé a dirigé, de 1986 à 2003, les missions scientifiques sur les canopées de l'association le Radeau des cimes.

Découvreur de l'architecture botanique, auteur de nombreux livres qui témoignent de son amour fervent pour le végétal (1), il n'a jamais cessé de s'émerveiller de l'ingéniosité et de la beauté des arbres.

Depuis des années, il s'échine à promouvoir la réalisation d'un grand film consacré aux forêts tropicales primaires menacées de disparition à très brève échéance, pour «montrer toute cette splendeur, tant qu'elle est encore là». Francis Hallé explique son projet, maintenant sur les rails grâce au réalisateur Luc Jacquet (la Marche de l'empereur), mais toujours en quête de financements.

Que souhaitez-vous montrer dans votre projet de film sur les forêts tropicales ?

Il y a deux manières de résumer le projet. Une manière triste : c'est foutu, les forêts tropicales vont disparaître à jamais d'ici dix ans, et ce film constituera une archive de ce que nous aurons perdu. Pour qu'au moins les générations suivantes disposent d'un témoignage de cette splendeur. Et il y a une autre hypothèse, plus ambitieuse, à laquelle je veux me rallier : que ce film puisse contribuer à freiner la déforestation.

Je me souviens de l'impact qu'a eu le Monde du silence de Jacques Cousteau et Louis Malle, en 1956. Ce film a véritablement lancé l'océanographie, c'est grâce à lui que les océanographes ont pu avoir de gros budgets de recherche.

A quelles forêts vous intéressez-vous ?

Les forêts primaires des tropiques qui existent encore en Afrique - principalement dans le bassin du Congo -, au Laos, en Mélanésie et en Asie sur de très petites surfaces, en Amérique du Sud enfin, sur une partie du bassin amazonien, le piémont des Andes et le plateau des Guyanes. Primaires, cela veut dire intactes, jamais exploitées et abîmées par l'homme. Parce qu'elles sont proches de la latitude zéro, de l'équateur, ces forêts abritent une extraordinaire biodiversité.
 

 
Ce sont des réserves de vie : la forêt tropicale, qui ne constitue que 6% des terres émergées, abrite au moins 75% de la biodiversité mondiale. Elles sont nécessaires à la préservation de l'eau, des sols, de la vie sauvage, ainsi qu'à l'existence de populations humaines en symbiose avec eux. Et puis, ces forêts sont le berceau de l'humanité. Selon les paléanthropologues, c'est là que le genre «homo» aurait émergé.

Pourquoi disparaissent-elles ?

Ces forêts contiennent des ressources économiques considérables, à commencer par le bois. Et elles sont vécues comme antagonistes avec le développement économique : alors on tape dedans pour faire des aéroports, des autoroutes, des supermarchés. La courbe de déforestation s'accroît de manière exponentielle.

Parmi les grands coupeurs de bois, on trouve de grandes entreprises françaises comme Rougier Océan, Leroy Gabon ou Bolloré. Mais depuis dix ans, la Chine tape aussi dans les réserves de bois : d'abord dans le sud-est asiatique. En Indonésie par exemple, c'est fini, il n'y a plus de forêts primaires sauf en très haute altitude où elles ne sont pas exploitables. Même chose en Thaïlande. Maintenant les Chinois pillent le Cambodge et le Laos.

Désormais, on abat aussi la forêt au profit des agrocarburants, on plante des palmiers à huile en Indonésie ou en Afrique ; au Brésil, dans l'état du Mato Grosso, ce sont les cultures de soja qui avalent la forêt.

Avez-vous encore un espoir ?

La canopée - la strate la plus haute d'une forêt tropicale primaire - est un écosystème spécifique, à la jonction entre la forêt et l'atmosphère. Là-haut, il existe très peu de facteurs limitant le développement de la vie. Il n'y fait jamais froid, il y a une excellente exposition à la lumière, jamais de gel, pas trop de vent... Des conditions idéales pour la vie.

Mon espoir, ce serait que les grandes firmes pharmaceutiques réalisent enfin que ces forêts représentent un pactole biochimique, que les canopées contiennent énormément de molécules actives très intéressantes pour développer de nouveaux médicaments. Et que ces firmes nous aident à les protéger. Mais pour l'instant, l'industrie pharmaceutique préfère recourir à la chimie combinatoire qui se contente de réarranger entre elles des molécules qu'on possède déjà.

Où en est le film aujourd'hui ?

En août, avec Luc Jacquet, nous sommes allés en Guyane dans la réserve naturelle des Nouragues. Luc s'est pris de passion pour la forêt guyanaise. Il a réalisé un prologue intitulé C'était la forêt de la pluie, qu'il va maintenant montrer à des financeurs potentiels.

Comment l'imaginez-vous ?

Le scénario sera celui de Luc Jacquet, mais j'imagine un film sans acteurs, où les seuls êtres humains seront issus des ethnies forestières. Ce ne sera pas un film sur la déforestation, déjà abondamment montrée, ni un film scientifique, car il ne pourra évidemment pas prétendre à l'exhaustivité.

Ce sera plutôt un film sensuel : ce qu'on voit et ce qu'on ressent. Il faut que ce soit très beau car ces forêts sont admirables.
 

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Auteur : ELIANE PATRIARCA

Source : www.liberation.fr