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Cette actualité a été publiée le 13/09/2009 à 13h26 par Michel Walter.


LE SCANDALE DES AGRO-CARBURANTS DANS LES PAYS DU SUD

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Le scandale des agro-carburants dans les pays du Sud

Information recueillie par Michel

François Houtart

L'idée d'étendre la culture des agrocarburants dans le monde et particulièrement dans les continents du Sud est désastreuse. Elle s'inscrit dans une perspective globale de recherche de solution à la crise énergétique.

De fait, dans les cinquante prochaines années, nous devrons changer de cycle, passant de l'énergie fossile se faisant de plus en plus rare à d'autres sources.

Au lieu de réduire sérieusement la consommation et d'investir massivement dans de nouvelles technologies, notamment pour l'énergie solaire, il est, à court terme, plus facile d'utiliser ce qui est immédiatement rentable, c'est-à-dire les agrocarburants et cela d'autant plus que se développe une crise financière et économique réduisant les possibilités d'investissements et exigeant des profits rapides.

Comme toujours, dans un projet capitaliste, on ignore ce que les économistes appellent les externalités, c'est-à-dire ce qui n'entre pas dans le calcul du marché, en l'occurrence, les dommages écologiques et sociaux.

Pour que l'agroénergie contribue à la solution de la crise énergétique, dans une mesure de 25 à 30% de la demande, il faudra utiliser des centaines de millions d'hectares de terres arables, en majeure partie dans le Sud, car le Nord n'en dispose pas suffisamment.

Il faudra également, selon des estimations prudentes, expulser au moins 60 millions de paysans de leurs terres. Le prix de ces « externalités » non payés par le capital, mais bien par la communauté et par les individus, est donc effrayant.

Les agrocarburants sont produits, le plus souvent par des entreprises transnationales du Nord, sous forme de monocultures, détruisant la biodiversité et polluant les sols et l'eau.

J'ai personnellement marché des kilomètres dans des plantations de palmes du Chocó en Colombie, où il n'y avait plus ni un oiseau, ni un papillon, ni un poisson dans les rivières, à cause de l'usage massif de produits chimiques comme fertilisants et pesticides. Face à la crise hydrique qui affecte la planète, l'utilisation de l'eau pour produire de l'éthanol ou de l'agrodiesel est irrationnelle.

Ainsi, pour obtenir un litre d'éthanol à partir du maïs on utilise entre 1200 et 3400 litres d'eau et la canne à sucre en exige énormément aussi. La pollution des sols et de l'eau atteint des niveaux inédits, jusqu'à créer un phénomène de mer morte dans les estuaires des fleuves (20 Km² à l'embouchure du Mississipi, en grande partie à cause de l'extension de la monoculture de maïs pour l'éthanol).

L'extension de ces cultures entraîne une destruction directe ou indirecte (par le déplacement d'autres activités agricoles et de l'élevage) des bois et des forêts qui sont des puits de carbone grâce à leur capacité d'absorption.

L'impact des agrocarburants sur la crise alimentaire a été prouvé. Non seulement leur production entra en conflit avec la production d'aliments dans un monde où selon la FAO, plus d'un milliard de personnes souffrent de la faim, mais il fut également un élément important de la spéculation sur la production alimentaire des années 2007 et 2008.

Un rapport de la Banque mondiale affirme que 85% de l'augmentation des prix alimentaires qui précipita en deux ans plus de 100 millions de personnes en dessous de la ligne de pauvreté (ce qui signifie la faim) fut influencé par le développement de l'agroénergie. Pour cette raison, Jean Ziegler, lorsqu'il était le relateur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, qualifia les agrocarburants de « crime contre l'humanité » et son successeur Olivier De Schutter, de l'UCL, a demandé un moratoire de 5 ans

L'extension de la monoculture pour remplir les réservoirs des véhicules signifie aussi l'expulsion de nombreux paysans de leurs terres. Dans de nombreux cas, cela se réalise par l'utilisation de la ruse ou de la violence.

Dans des pays comme la Colombie et l'Indonésie, on fait appel aux forces armées, aux paramilitaires qui n'hésitent pas à massacrer les récalcitrants. Des milliers de communautés autochtones, en Amérique latine, en Afrique et en Asie, sont dépossédées de leur territoire traditionnel.

Des dizaines de millions de paysans ont déjà été déplacés, en fonction du développement d'un mode productiviste de la production agricole et d'une reconcentration des terres. Le résultat en est l'augmentation de l'urbanisation sauvage et une pression migratoire à la fois interne et internationale.

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