Le plus court chemin n'est pas toujours le meilleur - #WikiSurTerre

Retour : Accueil

Cette actualité a été publiée le 30/06/2011 à 22h51 par Tanka.


LE PLUS COURT CHEMIN N'EST PAS TOUJOURS LE MEILLEUR

  • Google+
  • FaceBook
  • Twitter
  • LinkedIn
Le plus court chemin n'est pas toujours le meilleur

 
Depuis dix ans, le pôle Nord est devenu une route privilégiée pour certains vols internationaux. Si cela permet d'importants gains de carburant, les passagers subissent plus de radiations.

Le mois dernier, j'ai pris un vol direct de Washington à Pékin. Au bout de huit heures, j'ai été surprise d'apprendre que nous survolions le pôle Nord. De mon hublot, je ne pouvais guère voir que de vastes étendues de glace flotter sur l'eau. Mais l'avion volait si bas qu'un homme a pris avec son iPhone une photo où l'on distinguait clairement des sommets enneigés. Des passagers ont demandé à des enfants s'ils apercevaient le Père Noël.

Le paysage était d'un blanc sinistre. A travers la glace, de grosses failles laissaient entrevoir des fjords. Si enthousiasmant que soit ce survol du pôle Nord, j'avais le sentiment que ce n'était peut-être pas une si bonne idée que cela. Mon malaise s'expliquait en partie par des raisons liées à la sécurité : il n'y avait guère d'espace pour atterrir s'il venait à l'idée de quelqu'un d'allumer une cigarette dans les toilettes ou si un réacteur tombait en panne.

Par ailleurs, le pôle Nord apparaissait, à mes yeux tout au moins, comme une zone encore intacte. C'est le dernier endroit vraiment inexploré de la planète et il me semblait que même le vieil avion de ligne dans lequel je voyageais pouvait perturber un équilibre écologique encore mal compris, mais vital. Mais, en fait, qu'est-ce que j'en savais ? Je n'étais qu'une simple passagère. Une fois de retour chez moi, j'ai donc entrepris de consulter quelques experts pour voir quels impacts écologiques pouvaient avoir les vols au-dessus du pôle Nord, à supposer qu'ils en aient.

J'ai appris qu'ils avaient beaucoup d'avantages en termes de changement climatique, mais que ceux-ci devaient être mis en balance avec des problèmes de santé assez sérieux pour les passagers, même s'ils ne sont pas prévenus lorsqu'ils achètent leurs billets. Les vols commerciaux passant par le pôle sont un phénomène relativement nouveau. Jusqu'à ce que l'Union soviétique s'effondre et que les Russes cessent de craindre d'être bombardés par nos avions, ils n'étaient pas vraiment envisageables pour les Américains. Mais, depuis 2000, le nombre de vols transpolaires a considérablement augmenté.

Ce phénomène peut avoir des effets positifs sur l'environnement, car, en limitant le temps de vol entre les Etats-Unis et l'Asie, il économise des centaines de litres de kérosène et réduit la pollution. En 2000, quand les autorités canadiennes ont envisagé d'ouvrir davantage de lignes aériennes passant par le pôle Nord, elles ont évalué à cinq heures la réduction du temps de vol qui en résulterait pour les liaisons entre New York et Hong Kong. Soit une économie substantielle d'argent et de kérosène.

L'une des plus importantes répercussions de l'aviation sur le changement climatique est la “traînée de con­densation”, ce nuage de vapeur condensée émis par les réacteurs. En captant l'énergie solaire réfléchie par la Terre, ces traînées [qui sont comparables à des cirrus artificiels] pourraient contribuer au ré­chauffement planétaire. Je pensais que ce phénomène était plus prononcé au pôle Nord, où des trous commencent à apparaître dans la couche d'ozone et où l'on craint déjà que la fonte des glaces ne soit accélérée par l'élévation des températures.

Mais David Fahey, un physicien du Laboratoire de recherche sur le système terrestre de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), l'agence américaine qui étudie notamment les couches supérieures de l'atmosphère, pense que le climat arctique n'est pas particulièrement propice aux traînées de condensation et que l'augmentation du nombre de vols transpolaires est peut-être même bénéfique pour la Terre.

Mais il en va différemment pour les passagers. L'un des problèmes posés par les vols transpolaires est que les avions y sont beaucoup plus exposés aux radiations, en particulier en période de tempête so­laire, que sur les autres trajets. Cela tient à ce qu'ils volent dans la couche la plus fine de la magnétosphère [la région située au-dessus de l'atmosphère et régie par le champ magnétique terrestre], qui protège la Terre des rayons cosmiques.

Quand on a commencé à envisager ces vols transpolaires, en 2000, les scientifiques ont estimé que leurs passagers recevraient une quantité de radiations équivalant à celle de trois radios des poumons, ce qui pourrait être nocif pour les femmes enceintes (la dose sur les autres vols est inférieure à celle de deux radios des poumons). En 2009, des chercheurs de la Nasa ont découvert que, durant une tempête solaire qui s'est produite en 2003, les passagers des vols passant au-dessus du pôle Nord avaient reçu une dose équivalant à environ 12 % de la limite annuelle recommandée par les experts. Une dose très supérieure à celle reçue sur les autres vols.

Le survol du pôle Nord pose aussi des problèmes de sécurité. D'une part en raison de l'impossibilité d'atterrir en cas d'urgence (comme au-dessus de l'océan Pacifique). De l'autre à cause des forces magnétiques et de l'activité solaire, qui peuvent dérégler les systèmes de navigation et de communication.

Les avions passant par le pôle Nord requièrent un équipement spécial pour éviter de se perdre – comme le vol 902 de Korean Air en 1978, qui, après avoir violé l'espace soviétique, avait vu deux de ses passagers tués. Récemment, il n'y a pas eu de catastrophes sur des vols transpolaires, mais c'est une éventualité à prendre en considération quand vous réservez votre billet.

Le bilan des avantages écologiques et des inconvénients sanitaires et sécuritaires des vols transpolaires est complexe à établir. Si vous prenez souvent l'avion, ces vols peuvent se justifier. Si vous êtes enceinte, vous auriez intérêt à prendre un trajet plus long ou à rester chez vous. Si vous vous ren­dez fréquemment en Asie, “portez des vêtements plombés pour le prochain vol”, plaisante David Fahey.
 

Un article de Stephanie Mencimer, publié par Courrier international
 

Vous aimez notre travail ? Alors merci de nous soutenir

Lance-toi ! Deviens vite lanceur d'alerte. Rejoins ceux qui ont la rage !

Le site étrange qui dérange même les anges !

 





Auteur : Stephanie Mencimer

Source : www.courrierinternational.com