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Cette actualité a été publiée le 24/09/2009 à 04h59 par Tanka.


LE MERCURE AU SECOURS DU DAUPHIN ?

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Le mercure au secours du dauphin ?

Information recueillie par Tanka.

La pression internationale peut-elle mettre fin à des pratiques, condamnables au regard des critères contemporains, qui enracinent leur légitimité dans la tradition ? C'est peut-être ce qui est en train de se produire à Taiji, petit port de la presqu'île de Kii, "célèbre" pour son massacre annuel de plus de 2 000 dauphins rabattus dans une crique où ils sont exterminés à coups de lances dans des jets d'écume et de sang.
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La petite crique de Hatakejiri, d'une centaine de mètres de profondeur, aux roches noires surplombées de verdure, est un de ces lieux idylliques de la côte majestueusement découpée du département de Wakayama, au sud-ouest de Tokyo. A la tombée du jour, vendredi 11 septembre, seul le bruit des vaguelettes sur la plage de galets et le souffle puissant de l'expiration d'une centaine de dauphins tournant en rond dans la crique fermée de filets scandaient le silence. Le lendemain à l'aube, une trentaine d'hommes et quelques femmes en combinaison de plongée nageaient avec eux et en maîtrisaient certains. Puis chaque animal fut emmené près de la grève dans un filet pour être mesuré et examiné. Une trentaine furent sélectionnés pour des delphinariums. Les autres ont été relâchés.

C'est la première fois que l'ouverture de la saison de chasse aux dauphins (septembre-octobre) n'est pas marquée par un carnage. Il est pourtant peu vraisemblable que les pêcheurs de Taiji renoncent à cette pratique. La veille, une cinquantaine de baleines pilotes (famille des delphinidés), rabattues vers une anse étroite à l'entrée de la crique, difficile d'accès sinon par la mer, ont été massacrées à l'abri des regards sous des bâches vertes tendues sur des cordages au-dessus de l'eau. La mer rouge de sang avait mis plusieurs heures à recouvrer sa couleur émeraude.

Retrait "tactique" dans le cas des dauphins qui risquent d'être de nouveau massacrés une fois l'attention internationale retombée ? Amorce d'un progressif passage du massacre à la capture pour la vente à des aquariums ? L'attention sur le massacre des dauphins à Taiji n'est pas étrangère au documentaire The Cove (La Baie de la honte en français). Le film, qui sort en France le 30 septembre, est à l'origine de la suspension des liens de jumelage de Taiji et de la ville de Broome (ouest de l'Australie). Sujet sensible, le documentaire n'a pas trouvé de distributeur au Japon, mais il figure au programme du Festival du cinéma de Tokyo le 17 octobre. Embarrassées, les autorités pourraient arrêter le réalisateur américain Louie Psihoyos s'il vient au Japon sous l'inculpation d'entrée dans des zones interdites d'accès...

Filmé avec des caméras cachées depuis des "planques" dans des rochers en surplomb de la crique - interdits d'accès "en raison de risques d'éboulement"... -, le documentaire montre la cruauté du massacre et la farouche opposition des pêcheurs à toute prise de vues.

Ce qui a été ressenti à Taiji comme une "descente de green berets" (commandos américains) et la diffusion d'"images volées" a refermé le petit port sur lui-même. Le maire refuse tout entretien ; le chef du syndicat de pêcheurs également. Les seuls commentaires que l'on peut recueillir sont anonymes. "Ici, les étrangers sont des activistes ou des journalistes qui leur sont favorables, dit la patronne d'un bistrot. Les histoires de pêche, je ne m'en mêle pas : c'est trop sensible. En surface, on est unis, mais entre nous il y a des divergences."

D'accès difficile, Taiji a conservé son atmosphère des années 1960. Liens de voisinage, de parenté, solidarité vis-à-vis de l'extérieur. Peu au fait des valeurs écologistes actuelles, les habitants réagissent avec une mentalité d'assiégés à ce qu'ils ressentent comme un acharnement "raciste" à dénoncer une pratique ancestrale. Taiji n'a qu'une fierté : son histoire.

"C'est le premier port du Japon où a été pratiquée au XVIIe siècle la chasse organisée aux cétacés avec de petites embarcations guidées par un chef de pêche sur un promontoire à terre", explique un habitant. Alors on appelait la baleine "l'animal courageux", et son arrivée sur les côtes était pour les villageois en manque de protéines animales "un don du ciel".

De belles peintures de la chasse sur rouleaux sont conservées par certaines familles de pêcheurs depuis cinq ou six générations. "Les harponneurs étaient respectés, et aujourd'hui les jeunes sont fiers d'être les successeurs de ces hommes courageux", poursuit notre interlocuteur. "Nous avons aussi toujours relâché des dauphins, mais ça, les étrangers ne le montrent pas", lance un pêcheur.

La chasse aux dauphins est pratiquée dans huit départements au Japon. Et, sur le quota de 21 000 prises autorisées, Taiji n'est pas le premier lieu de chasse.

Philippe Pons

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