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Cette actualité a été publiée le 03/04/2010 à 01h06 par Tanka.


LE COUP DE GUEULE DE NICOLAS HULOT

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Le coup de gueule de Nicolas Hulot

On s'attendait à trouver devant nous un homme abattu et en colère après l'abandon par le gouvernement de la taxe carbone. Mais c'est un Nicolas Hulot au visage hâlé, calme et combatif, qui nous a accueillis jeudi dans les locaux de sa fondation, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Plus déterminé que jamais au combat écologique.

Quelques jours après l'abandon de la taxe carbone, il sort enfin de son silence.

Pour quelles raisons avez-vous claqué la porte du grenelle de l'environnement ?

La fondation Hulot n'a pas claqué la porte du Grenelle.

Nous avons simplement suspendu notre participation aux groupes de travail, car nous estimions qu'une mise au point s'imposait vis-à vis-de la classe politique et de la société. Beaucoup ont actuellement la tentation de marginaliser le débat écologique. Il ne s'agit pas seulement de l'abandon de la taxe carbone. Le fait est que les écolo-climato-sceptiques ont de plus en plus de succès médiatique et que l'écologie est devenue un simple ingrédient de la tambouille électorale.

Qu'entendez-vous par là ?

La campagne des régionales n'a pas donné un excellent spectacle de la perception des enjeux écologiques. A gauche, l'écologie n'est pour beaucoup qu'une opportunité électorale. Et après la défaite de la droite, certains élus de la majorité sont tentés de revenir sur les enjeux environnementaux, considérant peut-être qu'ils n'ont pas été payés en retour de leur investissement dans le Grenelle. Plutôt que de focaliser la société sur un débat comme l'Identité nationale, on devrait se demander quelle est la croissance compatible avec les impératifs écologiques.

Mais pourquoi quitter le Grenelle en plein vol ?

Pour réveiller la société. Et notamment lancer un appel aux jeunes pour qu'ils se mobilisent, car c'est eux dont le futur est sérieusement menacé. Et c'est à eux d'appeler les acteurs économiques et politiques à un plus grand esprit de concorde. Je dis aux jeunes : «Venez résigner le pacte écologique si vous n'avez pas envie qu'on brade votre futur».

Estimez-vous, comme certains écologistes, que le grenelle est mort ?

Il faut indéniablement le redynamiser. Mais loin de moi l'idée de dire que le Grenelle est mort ou inutile. Il y a eu un avant et un après Grenelle. Dans le domaine du logement avec l'éco-prêt à taux zéro, du transport avec le bonus-malus écologique, on progresse. Pour autant, le Grenelle 2 n'est toujours pas voté. Quand j'entends Gérard Longuet dire que je ferais mieux de m'occuper de l'emploi plutôt que d'écologie ou de taxe carbone, je trouve cela consternant car les deux ne sont pas incompatibles. Ceux qui pensent qu'on pourra continuer à fonctionner comme aujourd'hui lorsqu'on aura épuisé le disque dur de la nature sont des gens qui ont un angle mort. Il faut rentrer dans le dur et aller beaucoup plus loin dans les mutations environnementales et la fiscalité écologique.

Mais comment convaincre les Français, alors qu'ils sont majoritairement contre la taxe carbone ?

Alors que le gouvernement l'avait votée, la taxe carbone est malheureusement devenue l'objet d'une navrante dispute politicienne, où l'on a fini par caricaturer ce dispositif en le présentant comme un impôt nouveau. Le message a été volontairement brouillé par beaucoup de politiques qui ont fait du simplisme. Parce que c'est la droite qui l'a porté, ça a été fusillé par la gauche, mais si ça avait été l'inverse, il se serait passé la même chose. J'ai entendu Ségolène Royal parler d'usine à gaz. Mais si elle pense que la voiture électrique va, à elle seule, permettre de diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre, ce n'est pas un argument scientifique. C'est un argument de magicien. C'est contraire à l'esprit du pacte écologique et aux paroles très solennelles du président de la République, qui comparait cette réforme à l'abolition de la peine de mort.

Avez-vous aussi été choqué lorsque le Président de la République, au Salon de l'agriculture, a estimé que «toutes ces questions d'environnement, ça commence à bien faire» ?

A l'approche de la réforme de la PAC, ça n'était pas approprié. Bien sûr que les agriculteurs sont en souffrance. Je pense même qu'il faudrait un Grenelle de l'agriculture et de l'alimentation avec toutes les parties prenantes, notamment la grande distribution. Le modèle agricole actuel n'est plus durable et il faut changer d'état d'esprit.

N'avez-vous pas le sentiment que Jean-Louis Borloo et Chantal Jouanno sont de plus en plus isolés au sein du gouvernement ?

Heureusement qu'on les a au gouvernement ! Des alliés comme ça sont excessivement précieux et on peut comprendre que leur position soit délicate.

par Frédéric Mouchon - Source : leparisien.fr


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Information recueillie par Tanka

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