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Cette actualité a été publiée le 15/04/2011 à 17h31 par Tanka.


LE CLIMAT, ACTEUR PATIENT DE LA TECTONIQUE

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Le climat, acteur patient de la tectonique

 
On savait que les mouvements tectoniques, en élevant des montagnes, en creusant des océans, en étirant des plaines, forgeaient aussi l'évolution du climat. Mais il paraissait moins évident que l'inverse puisse être vrai : comment imaginer que le vent, les nuages, les intempéries aient la force de s'opposer au lent travail des plaques flottant sur le manteau terrestre, qui s'affrontent au fil des âges pour sculpter des continents entiers ?

Trois chercheurs - dont un Français, Laurent Husson (CNRS) - ont pourtant décidé de prendre l'hypothèse au sérieux, et de la tester. Le résultat, publié dans la revue Earth and Planetary Science Letters, est, selon eux, sans ambiguïté : "La mousson accélère le déplacement de la plaque indienne", lit-on en titre de leur article. "C'est une première, se réjouit Laurent Husson. Nous montrons qu'il y a une véritable rétroaction entre tectonique des plaques et climat."

En l'occurrence, il semble que le phénomène de mousson indienne se soit intensifié au cours des dix derniers millions d'années, à la faveur de la formation du plateau tibétain, qui aurait constitué une source de chaleur susceptible d'attirer l'air océanique humide tout en bloquant les flux d'air vers le nord. Il se peut aussi que la barrière formée par le massif himalayen ait suffi à encourager l'activité de la mousson. Mais, ainsi dopée, celle-ci n'est pas restée sans effet : les pluies intenses qui la caractérisent érodent les montagnes, certes de façon très modeste, "de l'ordre de 0,5 à 2 millimètres par an", indique Laurent Husson.

RABOTAGE

Ce rabotage discret a été suffisant pour augmenter de plus de 20 % la vitesse de remontée de la plaque indienne vers la plaque eurasiatique. "La chaîne de montagnes qui se créée à la convergence des plaques constitue elle-même, par sa masse, un frein à leur déplacement. Par son action d'érosion, la mousson réduit ce frein", résume Laurent Husson.

Ce phénomène n'est pas particulier à l'Himalaya. Il a pu être à l'oeuvre aussi dans les Andes, dont certaines portions sont cependant très peu arrosées et donc érodées, indique le chercheur. A quoi ressemblerait un monde sans érosion ? L'expérience de pensée fait naître des montagnes énormes stoppant temporairement la tectonique des plaques, avant que d'autres mécanismes prennent le relais pour évacuer la chaleur de la Terre.

L'impact du climat sur la tectonique des plaques ne doit cependant pas être surinterprété. "J'ai été surpris et énnervé de voir que certains médias avaient fait le lien avec le séisme japonais, un amalgame pas du tout sérieux", indique Laurent Husson. Il n'y a aucun rapport entre le réchauffement du dernier siècle et le phénomène qu'il décrit, lequel, tient-il à préciser, se déroule sur des millions d'années.

 

Un article de Hervé Morin, publié par lemonde

 

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Auteur : Hervé Morin

Source : www.lemonde.fr