Lascaux est passé à deux doigts de la catastrophe - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 07/04/2012 à 11h01 par Tanka.


LASCAUX EST PASSÉ À DEUX DOIGTS DE LA CATASTROPHE

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Lascaux est passé à deux doigts de la catastrophe

 
Le fongicide « Devor Mousse » utilisé massivement dans la grotte à partir de 2001, a favorisé l'essor de champignons inconnus et met en danger l'avenir des célèbres peintures rupestres.

Tout au long des années 2000, la conservation de la grotte de Lascaux a suscité une forte inquiétude en France, mais aussi dans le monde anglo-saxon. En 2004, un comité international de sauvegarde de la célèbre grotte avait été créé aux États-Unis.

L'Unesco s'était même saisie du dossier, doutant de la capacité des autorités françaises à parvenir à éviter la catastrophe. En 2001, en effet, des taches blanches étaient apparues sur les parois et plusieurs animaux peints. En 2007, de très vilaines taches noires se sont mises à proliférer à leur tour sur les roches à plusieurs endroits.

«La situation est aujourd'hui stabilisée à l'intérieur de la grotte», affirme Claude Alabouvette, microbiologiste de l'Inra de Dijon. Les taches ont cessé de s'étendre mais on revient de loin. Deux études publiées cette semaine révèlent en effet que la stratégie choisie à partir de 2001 par le Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) pour lutter contre les champignons n'a fait qu'aggraver la contamination. Le fongicide épandu massivement pour se débarrasser des taches blanches a favorisé le développement de taches noires.

Les deux études, pilotées par Cesareo Saiz-Jimenez, du Conseil espagnol pour la recherche scientifique (CSIC), reprennent les données d'un rapport présenté en juin 2011 par lui-même et par Claude Alabouvette au nouveau conseil scientifique de la grotte de Lascaux. Ce rapport avait été critiqué par un des membres du comité en désaccord avec ses conclusions.

«Vouloir stériliser une grotte est débile»

L'étude publiée dans la revue Fungal Biology décrit deux nouvelles espèces inconnues de champignons, présentes dans les échantillons prélevés sur les taches noires entre 2007 et 2011. Baptisées Ochroconis lascauxensiset O. anomala, elles appartiennent à un groupe poussant sur les taches noires dans les salles de bains. Pour se développer, ces espèces ont besoin de carbone et d'azote. C'est justement ce que leur a apporté le Devor Mousse, qui a finalement favorisé l'essor des taches noires.

Ce fongicide contient en effet du chlorure de benzalkonium, qui se dégrade sous forme d'azote et de carbone. Or, il a été répandu pendant plusieurs années sur les recommandations du LRMH, et à des concentrations et des fréquences de plus en plus élevées pour se débarrasser des taches blanches.

Le Devor Mousse est «une solution concentrée, destinée à éliminer radicalement les mousses, mousses rouges et jaunes, lichens, champignons, verdissures micro-organismes ainsi que leurs germes et racines. Elle convient particulièrement dans le traitement de longue durée des toitures, murs, sols, escaliers, trottoirs, terrains de jeux», comme l'indique une publicité. Certes, mais son utilisation dans la grotte a été un non-sens. «On peut utiliser un pesticide dans un milieu contôlé mais pas dans une grotte qui n'a rien d'une boîte fermée. Elle est en contact avec l'extérieur à travers l'eau qui percole dans la roche et dans l'air qui passe à travers les failles rocheuses», souligne Cesareo Saiz-Jimenez.

«Vouloir stériliser une grotte, c'est débile, lâche de son côté Claude Alabouvette.Ça fait 18 000 ans que la grotte de Lascaux vit avec des microbes et les peintures sont encore visibles sur les parois. Aujourd'hui, il y a moins de champignons qu'en 2007, mais il y en a encore. On ne peut pas prévoir où ils vont se développer».

L'avenir de la grotte est loin d'être écrit d'avance. «Les analyses montrent que les communautés mcirobiennes ont très rapidement changé au cours des deux dernières années. Nous ignorons comment elles vont évoluer. Arrêter les études microbiologiques aujourd'hui sous prétexte que maintenant on connaît tout est une grosse erreur. La grotte est très dynamique et on est encore loin d'avoir compris les mécanismes physiques, chimiques et biologique en interaction», insiste Cesareo Saiz-Jimenez. Les chercheurs ont notamment enregistré la présence de plusieurs espèces de levures.

Pour Claude Alabouvette, cette affaire ne serait pas arrivée si le ministère de la Culture n'avait pas fait appel uniquement au Laboratoire de recherche des monuments historiques. «À partir de 2004, quand on s'est aperçu que le remède était pire que le mal, il a fallu une lutte acharnée au sein du comité scientifique pour obtenir l'arrêt des traitements antifongiques», se souvient Claude Alabouvette.

La gestion écologique des grottes est la voie désormais choisie. Satisfait de la gestion actuelle, il souligne que presque beaucoup des interventions visant à améliorer la situation depuis les années 1960 ont eu des effets négatifs.
 

Un article d'Yves Miserey, publié par Le Figaro
 

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Auteur : Yves Miserey

Source : www.lefigaro.fr