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Cette actualité a été publiée le 15/05/2011 à 18h43 par Tanka.


LA VOIE POUR UN MONDE MEILLEUR

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La Voie pour un monde meilleur

 
(Québec) Attachez vos tuques. Le propos qui va suivre est une couleuvre difficile à avaler : «Nous nous croyons civilisés alors que la barbarie s'empare de nous dans l'égoïsme, l'envie, le ressentiment, le mépris, la colère, la haine. Nos vies sont dégradées et polluées par le niveau calamiteux des relations entre individus, sexes, classes, peuples. L'aveuglement sur soi et sur autrui est un phénomène quotidien. L'incompréhension du lointain et du prochain est générale. La possessivité et la jalousie rongent les couples et les familles : que d'enfers domestiques, de microcosmes d'enfers plus vastes dans le milieu du travail, l'entreprise, la vie sociale!»

Pas agréable de prendre ça en pleine gueule un dimanche matin...

La suite est toute aussi violente : «L'envie et la haine empoisonnent la vie des enviés et des haïs, mais aussi celle des envieux et des haïssants. L'inhumanité et la barbarie sont sans cesse prêtes à surgir en chaque humain civilisé. Les messages de compassion, de fraternité, de pardon des grandes religions, les messages humanistes des laïcités ont à peine ébréché la cuirasse des barbaries intérieures.»

Allez, je vous fais grâce de la suite. Je vous la résume : nos vies sont dégradées et intoxiquées par nos compulsions de possession, de consommation ou de destruction qui occultent nos véritables aspirations et nos vrais problèmes.

Et pourquoi donc? Parce que l'argent et le profit règnent en seigneurs et maîtres : «Autrefois, ce qui avait de la valeur n'avait pas de prix; aujourd'hui, ce qui n'a pas de prix n'a pas de valeur.»

L'auteur de ces lignes s'appelle Edgar Morin. Edgar Nahoum, de son vrai nom, est un sociologue et philosophe français de sensibilité de gauche. Il se définit comme un co-constructiviste. Ce qui veut dire? «Toute connaissance acquise sur la connaissance devient un moyen de connaissance éclairant la connaissance qui a permis de l'acquérir. La connaissance élaborante essaie de se connaître à partir de la connaissance qu'elle élabore, et qui lui devient ainsi collaborante.»

Faites comme moi : pour bien comprendre, il faut lire deux fois cette définition.

Ceci étant fait, oublions le co-constructivisme pour dire qu'Edgar Morin est un vieux sage. De son point de vue, nous vivons une crise politique et morale de grande ampleur. Nous nous dirigeons vers des catastrophes en chaîne si nous ne changeons pas de voie.

Dans un essai de 320 pages publié par Fayard, La Voie, il propose une voie salutaire faite d'une myriade de voies réformatrices.

Autrement dit, il nous invite à vivre et à agir autrement.

Le regard qu'il jette sur le monde est décourageant. Mais comme il propose toutes sortes de changements, lire La Voie se révèle stimulant : oui, il est possible de changer la vie.

La question qui importe n'est pas : est-ce possible?, mais : le voulons-nous?

Selon Edgar Morin, nous vivons encore dans la préhistoire de l'esprit humain. Nous nous croyons évolués, mais nous vivons toujours à l'âge de fer.

La civilisation occidentale dont nous sommes si fiers et que nous cherchons à imposer aux autres - de gré ou de force - est en crise. Un mal-être psychique et moral s'est installé au coeur même du bien-être physique.

C'est pourquoi nombreux sont les peuples qui désirent notre modernité, mais refusent de s'y laisser désintégrer.

L'issue du cours des choses actuel, écrit-il, est hautement improbable : le pire peut survenir, le meilleur peut également survenir.

De fait, toute crise porte en elle-même risques et chances : «La chance est dans le risque. La chance s'accroît avec le risque.» Prenant le philosophe allemand Friedrich Hölderlin à témoin, Edgar Morin ajoute : «Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve.»

Constatant que la politique a cessé de penser depuis qu'elle est à la remorque de l'économique qui se croit capable de résoudre tous les problèmes par la compétition, la dérégulation et la croissance, Edgar Morin dit qu'il ne suffit plus de dénoncer, mais qu'il faut énoncer.

Il énonce, donc.

Et c'est une sorte de monde idéal qu'il énonce dans La Voie. Un monde idéal où la pauvreté et les inégalités seraient combattues, où les peuples-racines seraient protégés, où l'écologie serait priorisée, où les relations entre les hommes et la nature seraient restaurées.

Arrêt sur image : qu'est-ce qu'un peuple-racine? Les peuples-racines sont ces peuples premiers dont la survie est menacée par notre «modernité». Pensez, par exemple, aux Amérindiens d'Amérique ou aux tribus de l'Amazonie, aux Roms d'Europe ou aux Saharouis d'Afrique. Ces sociétés tribales menacées comptent 300 millions de personnes.

Dans son livre, Edgar Morin passe en revue toutes les petites réformes auxquelles il faudrait s'atteler sans tarder pour éviter les catastrophes. Réformes qui touchent autant la vie économique que l'organisation de la ville, la production agricole que nos habitudes alimentaires, nos façons de consommer que celles de nous soigner.

En passant, il prône la légalisation des drogues afin de nous libérer du pouvoir financier et politique des cartels et des mafias.

La réforme de la vie, conclut-il, est d'abord la conquête d'un art de vivre. Il faut passer du «je egocentrique» au «nous communautaire».

Ce qu'Edgar Morin appelle de ses voeux n'est pas le meilleur des mondes, mais un monde meilleur.

 

Un article de Didier Fessou, publié par cyberpresse

 

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Auteur : Didier Fessou

Source : www.cyberpresse.ca

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