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Cette actualité a été publiée le 30/09/2009 à 22h06 par Tanka.


LA SÉCHERESSE VIDE LE GRENIER AGRICOLE DE L'AUSTRALIE

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La sécheresse vide le grenier agricole de l'Australie

Information recueillie par Tanka.

Par Marie-Morgane Le Moël

Il n'y a pas si longtemps, Lawrence Arthur produisait 6 000 tonnes de riz par an sur son exploitation, perdue au milieu du bush. Sur la ferme immense, à côté du village de Moulamein, ses champs étaient fertiles, irrigués par un affluent de la rivière Murray. "C'est difficile à croire, mais il y avait tellement d'eau, on pouvait faire pousser énormément. Là-bas, c'était une plaine inondable", explique le quinquagénaire, désignant un carré de terre brune. Désormais, le sol est si sec qu'il semble se craqueler. Là où les champs cultivés emplissaient l'horizon, on ne voit plus que des moutons paître une herbe jaunâtre. "Les moutons, c'est pour avoir quand même un petit revenu, et aussi quelque chose à faire", soupire le fermier.

Moulamein, à quatre heures de route au nord de Melbourne, est le centre administratif du comté de Wakool, en Nouvelle-Galles du Sud. Un département rural où la plupart des habitants vivent de l'agriculture. Car nous sommes au coeur du bassin de Murray-Darling, la principale région agricole d'Australie, s'étendant sur quatre Etats. Les deux plus grands fleuves du pays, la Murray et la Darling, s'écoulent là, et ont longtemps offert des conditions idéales aux agriculteurs. Depuis la seconde guerre mondiale, les fermiers se sont installés, faisant pousser à loisir coton, fruits ou blé. Aujourd'hui, 40 % des fermes australiennes se trouvent dans ce bassin d'un million de km2. La région représente presque la moitié de la valeur de la production nationale agricole.

Mais le temps des récoltes fertiles semble lointain. Car depuis une décennie, une sécheresse persistante, la plus grave jamais enregistrée, a asséché les réservoirs. Et la Murray ne coule plus guère que dans les rêves des fermiers. Au sortir de l'hiver austral, cette année encore, les réservoirs du bassin sont peu remplis, à un quart seulement de leur capacité. Si certaines zones ont bien vu leurs précipitations augmenter, ce ne fut pas assez pour restaurer l'équilibre de la région. Les riverains sont contraints de limiter leur consommation d'eau, des usines de dessalement se construisent. La crise est devenue politique : les gouvernements des Etats s'accusent mutuellement d'avoir trop exploité le système fluvial.

Les fermiers, premiers concernés, sont désormais désignés à la vindicte publique. "On dit qu'il y a eu trop d'irrigation. C'est vrai, avec le recul, on s'en rend compte. Mais on ne pouvait pas deviner qu'il y aurait une telle sécheresse", commente Lawrence, qui exploite sa ferme depuis vingt-cinq ans, et espérait pouvoir la laisser à ses enfants. En Australie, les agriculteurs doivent acheter des "water entitlements", des droits à l'irrigation. De droits théoriques, car tout dépend de l'eau disponible.

Lorsque la sécheresse s'est accentuée, les irrigateurs ont vu leur allocation diminuer progressivement. Jusqu'à ne plus rien obtenir du tout. Depuis quatre ans, Lawrence est ainsi privé d'eau, totalement ou presque, pour ses champs. "On n'a jamais connu un tel phénomène. Même les plus âgés ne se souviennent de rien de tel. L'Australie connaît des sécheresses, mais il y a quelque chose d'anormal cette fois, remarque-t-il. On n'aime pas parler de changement climatique ici, mais je pense que si, c'est bien cela."

L'année de trop

Depuis les éleveurs poussés à vendre leurs troupeaux jusqu'aux horticulteurs arrachant leurs arbres, les agriculteurs se retrouvent dans une situation extrêmement difficile. Rod Chalmers, le maire du comté de Wakool, habite lui aussi dans le bush, sur une propriété où il fait pousser riz et céréales. En dix ans, son chiffre d'affaires a été divisé par dix. "1996 fut la dernière année où les allocations en eau étaient normales", se rappelle-t-il. Pour compliquer les choses, même lorsqu'ils ne reçoivent plus d'eau, les fermiers irrigateurs doivent continuer de payer des charges fixes pour maintenir les infrastructures en état. Pour un gros exploitant comme Lawrence, cela représente 80 000 dollars par an.

Alors, dans ce pays de bush, la résilience légendaire des habitants s'est peu à peu émoussée. 2009 semble être l'année de trop. "Jusqu'à maintenant, les gens se sont dits : on reste et on essaie de survivre en attendant la fin de la sécheresse. Mais là, ils sont désespérés, on se rend compte d'un changement d'esprit. Depuis deux mois, les fermiers veulent partir", confie le maire de Wakool.

Certains adoptent des stratégies étonnantes. Lawrence, en charge de la question de l'eau pour la Fédération nationale des agriculteurs, a ainsi décidé de louer des terres en Australie-Occidentale, à 3 900 kilomètres de chez lui. Chaque semaine, il fait la route pour transporter ses machines jusqu'à son nouvel eldorado. "J'avais deux possibilités : être ruiné sans rien faire. Ou me ruiner en agissant", plaisante-t-il.

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