La péninsule de Yamal, une bombe à retardement emplie de méthane - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 25/10/2009 à 21h06 par Phil.


LA PÉNINSULE DE YAMAL, UNE BOMBE À RETARDEMENT EMPLIE DE MÉTHANE

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La péninsule de Yamal, une bombe à retardement emplie de méthane

Information recueillie par Phil'

La neige n'est pas encore tombée sur la péninsule de Yamal en ce début octobre, bien que l'on soit nettement au-delà du cercle polaire arctique.

Des parties du permafrost s'effondrent dans la mer après être restées gelées pendant plus de dix mille ans.

Pour nombre de scientifiques et autres environnementalistes occidentaux, l'effondrement des berges de rivières, la montée du niveau des eaux lors des marées et les hivers plus doux constatés depuis quelque temps sont le signe des bouleversements climatiques en cours dans le nord-ouest de la Russie.

Laquelle, disent-ils, ne veut pas reconnaître une situation qui pourrait se traduire, à terme, par une "bombe à méthane".

Le directeur de la station météorologique de Marressale, au bord de la mer de Kara à 500 km au nord du cercle polaire arctique, rappelle que les oies migratrices sont arrivées avec un mois d'avance cette année, en mai, sur fond de hausse des températures moyennes.

Depuis six ans que ce directeur, Alexandre Tchikmariov, travaille à cette station météo, la côte a subi une violente érosion et perdu au moins deux mètres.

Les ours polaires, affamés, cherchent de nouvelles façons de se procurer des vivres. Ils ont même chapardé des boîtes de lait condensé dans le cellier de sa femme.

Les premières neiges tombent habituellement au plus tard fin septembre dans la péninsule de Yamal.

Alors qu'une série de récents rapports avertissent des conséquences catastrophiques du réchauffement climatique en cours, l'Onu souhaite qu'un nouveau traité sur la lutte contre ces bouleversements soit conclu à la conférence de Copenhague en décembre, afin de remplacer le protocole de Kyoto, qui vient à échéance en 2012.

Mais pour Alexandre Tchikmariov, le réchauffement planétaire n'existe pas: cet homme de 58 ans, qui observe la fonte du permafrost, ne veut pas entendre parler d'un rôle de l'homme dans les bouleversements climatiques actuels.

OBJECTIFS CONTESTÉS

A l'université de Moscou, le géographe Fiodr Romanenko affirme qu'il n'existe aucune preuve d'un rôle des activités humaines dans les changements actuels.

Selon lui, la hausse moyenne de 4° Celsius enregistrée dans certaines régions de l'Arctique participe sans doute des fluctuations climatiques normales survenues depuis des millénaires sur Terre.

D'autres chercheurs contestent cette position. Pour eux, la région de Yamal, qui détient un quart des réserves mondiales connues de gaz et où vit le peuple des Nenets, témoigne des changements climatiques en cours.

La Russie, plus grand pays au monde, dispose d'une vaste bande de permafrost, sol gelé en permanence qui retient de la matière organique dont les microbes peuvent émettre un gaz au puissant effet de serre, le méthane.

Cette bande de permafrost (ou pergélisol) s'étend de Mourmansk, près de la Finlande, jusqu'à la Tchoukotka, près de l'Alaska. Elle représente 60% du territoire de la Russie.

D'ici 2050, du fait de la fonte du permafrost, d'importantes quantités de méthane seront dégagées dans l'atmosphère.

Et le méthane a un effet de serre bien plus puissant que d'autres gaz, fait remarquer Vladimir Tchouprov, à la tête de la branche énergétique chez Greenpeace Russie.

"Nous lançons un appel aux dirigeants du monde entier car ce problème est occulté par la Russie (...). Il existe une bombe de carbone, de méthane, qui est enfouie dans notre sol", dit-il.

Le président russe Dmitri Medvedev a affirmé en juin que son pays réduirait d'ici 2020 de 10 à 15% ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990.

Mais dans la réalité, cela équivaut à une hausse de 30% par rapport à leur niveau actuel, car les émissions russes avaient chuté après l'effondrement de l'Union soviétique et de son important secteur industriel, au début des années 1990.

"Cela nous met en colère et nous nous opposons totalement (à un tel objectif)", déclare Tchouprov.

"Presque tous les autres pays industrialisés prévoient des réductions importantes (de leurs émissions) par rapport aux niveaux actuels", relève-t-il.

Version française Eric Faye