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Cette actualité a été publiée le 27/04/2010 à 08h59 par Tanka.


LA NATURE EST DEVENUE ABSTRAITE POUR L'HOMME

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La nature est devenue abstraite pour l'homme

Cela fait 2 000 ans que l'homme croit vivre dans un immense décor, où il peut puiser sur les ressources naturelles sans compter. Le philosophe Dominique Bourg nous explique les origines religieuses et culturelles de cette relation distanciée entre l'homme et la nature.

Si l'on vous dit que vous faites partie intégrante de la biodiversité au même titre que l'oursin, le pivert, le poisson-lune, la hyène, le géranium ou l'ortie, ça vous chiffonne, n'est-ce pas ? Ne vous inquiétez pas, vous n'êtes pas le (la) seul(e).

Cela fait plus de 2000 ans que ça dure. La faute à l'Homo sapiens qui a toujours cherché à s'émanciper de la tutelle de la nature, en la dominant, en la domestiquant et en l'exploitant. L'homme a si bien réussi qu'il est aujourd'hui contraint de prendre en charge des régulations autrefois naturelles : tenir la comptabilité des gaz rejetés dans l'atmosphère, protéger la pureté des nappes phréatiques, sauvegarder des espèces animales et végétales...

Il est devenu « comptable de ses propres conditions naturelles d'existence et du sort des générations futures », comme le souligne le philosophe Dominique Bourg. Comment en est-on arrivé là ? Réponses avec ce spécialiste des questions de philosophie politique et de durabilité, membre actif du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot et ancien vice-président d'une commission du Grenelle de l'environnement.

Depuis janvier, la biodiversité agite colloques et sommets internationaux, s'invite à la une des journaux. Pourquoi faut-il décréter une année internationale pour s'intéresser à la nature ?

Car nous entretenons depuis longtemps une relation distanciée avec elle. Nous n'avons pas l'impression d'en dépendre, nous continuons à supporter l'image d'une nature décor. Ce n'est que lorsque le baril de pétrole atteindra des sommets ou que nous manquerons d'eau que nous réaliserons ce que signifie de piller les ressources naturelles.

Les services écologiques que nous rendent les écosystèmes sont aujourd'hui dégradés pour 60% d'entre eux. Et à consommation constante, les réserves connues d'or, d'argent et de palladium s'élèvent à une quinzaine d'années.

Le mot « nature » est lui-même en crise. Que recouvre-t-il ? Le pétrole, l'eau, le renard, le changement climatique, la plage ? Dans nos têtes, c'est un kaléidoscope de tout cela. Des années de célébration comme 2010 ont le mérite de remettre cette nature au centre de nos préoccupations.

C'est sûrement nécessaire car nous ne prenons jamais conscience des choses de façon progressive. Il faut choquer, bousculer.

Selon les spécialistes, nous serions au tout début d'une extinction de masse provoquée par l'homme. Le taux d'extinction actuel est 10.000 fois supérieur au taux naturel. Mesurons-nous ce qui est en train de se dérouler ?

Difficile à dire car la nature est en partie devenue abstraite à nos yeux. Elle n'est plus de l'ordre du sensible. Nous sommes en effet incapables de percevoir par nos sens les grandes dégradations que nous lui infligeons, par exemple le changement de la composition chimique de l'atmosphère ou la température moyenne, la razzia sur les ressources fossiles, minérales et biotiques (relatives au monde vivant, ndlr).

Nous n'y accédons qu'à travers la médiation scientifique, des équations ou des rapports d'experts. En outre, la prise de conscience de la fragilité de la nature est récente, même si les sociétés historiques ont suscité des dégradations du milieu puis tenté d'y réagir avec plus ou moins de bonheur. A la fin du XIXe siècle, les Etats-Unis avaient quasiment fait disparaître les forêts qui couvraient auparavant plus de la moitié du territoire.

Dans les années 1930, la région des grandes plaines américaines subissait le Dust Bowl et ses tempêtes de poussière. Mais un événement a tout changé à la fin des années 1950. Il s'agit du premier cliché de la planète bleue vue depuis l'espace : pour la première fois, le monde nous est apparu à la fois fragile et petit. D'autant plus fragile que nous venions juste d'expérimenter la puissance d'Hiroshima.

Ces toutes dernières années, nous commençons à prendre conscience de la finitude des ressources planétaires et des capacités de régulation de la biosphère. La finitude de la nature nous révèle notre propre finitude.

Source : mneaquitaine.wordpress.com


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Information recueillie par Tanka

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