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Cette actualité a été publiée le 17/07/2011 à 15h21 par Tanka.


LA MER VOMIT CES ALGUES QU'ELLE NE DIGÈRE PLUS

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La mer vomit ces algues qu'elle ne digère plus

 
Favorisées par la chaleur, les algues vertes prolifèrent. Cent neuf sites d'échouages ont été identifiés en Bretagne. Normandie et côte atlantique ne sont pas épargnées. Le chercheur Claude Lesné fait le point.
Entretien

Claude Lesné, 65 ans. Médecin, spécialiste des polluants aériens. A longtemps travaillé dans l'Unité de prévention des risques chimiques au CNRS. Rattaché au Département de Santé publique de l'Université de Rennes.

Depuis quand connaît-on les dangers de l'hydrogène sulfuré ?

Pour nous scientifiques, c'était tellement une vieille lune qu'à la limite on ne s'en occupait plus. Dès 1700, le chirurgien italien Bernardino Ramazzini en a décrit les effets dans un ouvrage considéré comme le premier manuel de médecine du travail. Il évoquait le cas de vidangeurs de fosses septiques devenant aveugles. Or, l'un des signes d'alerte chez les ramasseurs d'algues, ce sont des atteintes de la muqueuse oculaire.

Comment se forme ce gaz dont vous dites qu'il est un « toxique redoutable » ?

Il est produit naturellement lors de tous les processus de décomposition de matières organiques soufrées. C'est un gaz très courant dont l'odeur caractéristique est celle d'oeuf pourri.

Pourquoi est-il si menaçant ?

Plus lourd que l'air, il stagne près du sol et s'accumule dans les espaces confinés. Son inhalation provoque des intoxications aiguës qui sont mortelles à fortes concentrations. Le gaz arrive tout de suite dans le cerveau. Le centre de la respiration s'arrête immédiatement.

C'est ce qu'il s'est produit en 2009 lorsqu'un transporteur d'algues est décédé ?

Ce monsieur est bien mort à Binic d'une intoxication due aux algues. Depuis qu'on l'a dénoncé, personne ne s'est hasardé à nous apporter une autre explication. La plainte contre X déposée par la famille de Thierry Morfoisse, la victime, vient d'ailleurs d'être enregistrée au pôle Santé publique du Tribunal de grande instance de Paris.
 

 
Plusieurs dizaines de plaintes sont en cours d'instruction. Est-ce un défi juridique ?

J'ai été convoqué au Pôle pour témoigner. J'ai passé quatre heures dans le bureau du juge d'instruction. C'était un peu laborieux. Je ne suis pas optimiste du tout.

Quel est le bilan du groupe de travail que vous avez créé en 2009 ?

On l'a mis en place pour qu'il se passe quelque chose. La position des pouvoirs publics, à l'époque, se traduisait dans un communiqué à la teneur redoutable : « Les intoxications à l'hydrogène sulfuré ne sont mortelles qu'à doses létales ». Aujourd'hui, ils ont pris conscience du danger. Le public est informé. Les mesures réalisées à l'endroit où un cheval est mort excédaient des niveaux de 1 000 ppm (particules par million). 100 ppm, aux États-Unis, c'est le niveau où l'on dit que votre vie est en danger ! Pas besoin de doses énormes pour faire un infarctus. C'est mortel à partir de 700/800.

Le plan de réduction des nitrates est-il insuffisant ?

Il faut des réductions drastiques. Moi, ce qui me préoccupe c'est qu'il n'y a pas que les nitrates. Dans les effluents d'élevage, il y a plein de polluants. Les Bretons champions en production, champions en pollution. Les compléments alimentaires avec du zinc, par exemple. Ce zinc est importé de Chine et contient des taux énormes de cadmium. Que l'on retrouve à l'embouchure des cours d'eau où sont implantés des élevages de coquillages filtreurs qui concentrent les polluants. Et que nous mangeons !

Les éleveurs ont pourtant accepté de participer à une campagne d'analyse des nitrates ?

Je n'ai jamais voulu les stigmatiser. Ce ne sont pas eux qui sont en cause, c'est un système. L'agrobusiness quoi. Les éleveurs ne sont plus que des sous-traitants. À mes conférences, j'ai toujours un petit commando pour l'animation. Je leur rappelle que l'on n'a pas le droit de polluer depuis 1810, date de la loi sur les installations classées.

Quel peut être le pire scénario pour cet été ?

Les algues ont besoin de soleil et de nitrates. Il y en aura moins si la sécheresse persiste car elles n'auront plus de nitrates pour se nourrir. S'il pleut trop, un scénario catastrophe est envisageable.

Les touristes doivent-ils s'alarmer ?

Touristes ou pas, il reste périlleux de s'approcher des zones d'échouage, de ramassage et de stockage des algues en décomposition. Je déconseille formellement de traverser ces rouleaux d'algues. Et je suis horrifié lorsque je vois des enfants y jouer.
 

Un article de Pascale MONNIER, publié par Ouest-france
 

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Auteur : Pascale MONNIER

Source : www.ouest-france.fr