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Cette actualité a été publiée le 10/01/2010 à 16h10 par Tanka.


LA FIÈVRE DE L'OR RONGE DES PANS DE L'AMAZONIE

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La fièvre de l'or ronge des pans de l'Amazonie

Information recueillie par Tanka

Menace. Entre extractions légales et illégales, la forêt amazonienne subit de plein fouet la course effrénée à l'or. Une économie qui, au Pérou, concerne plus de 100.000 personnes.

En même temps que l'or bat des records sur les marchés des métaux, son extraction illégale ronge des pans entiers de l'Amazonie péruvienne, comme près de Huaypetue (sud-est), une zone menacée d'un « désastre écologique » selon l'Etat. Vue d'avion, la zone dite de « Delta Uno » dans la province de Madre de Dios, à 1.400 km à l'est de Lima, ressemble à un immense champ bombardé : une succession de cratères d'eau boueuse et de monticules de terre étalés sur des dizaines de kilomètres carrés, là où s'étendait avant la forêt tropicale.
Si rien n'est fait, il se prépare dans ce secteur « le plus grand désastre écologique jamais vu en Amazonie », estime le ministre de l'Environnement Antonio Brack, pour qui l'activité minière informelle « s'étend comme un cancer » dans le sud-est.

Au niveau national, elle occupe plus de 100.000 mineurs. Un quart d'entre eux se sont établis dans les forêts de Madre de Dios, certains depuis des décennies, agglutinés dans de sordides villages-dortoirs comme « Delta Uno », drainant leur lot de prostitution, risques sanitaires, travail infantile et exploitation. « Je sais qu'on me paie une misère, mais il n'y a pas d'autre choix », explique Paulino Chavez, un mineur qui dit recevoir 25 soles (6 euros) par longue journée de travail. Pas négligeable dans un pays où le salaire minimum équivaut à 18 soles/jour, d'autant que les sept enfants de Paulino, âgés de moins de 18 ans, travaillent avec lui.

La distinction entre secteur minier informel et légal est ténue. Sur plus de 1.500 documents de concession octroyés ces dernières années, et donc légaux, une vingtaine seulement possède les licences environnementales et l'étude d'impact requis, estime une source ministérielle. Sur le terrain à Delta Uno, « l'informalité » est manifeste, que ce soit dans la coupe des arbres à mesure que l'extraction avance, dans les flots de boue charriés du fleuve voisin et abandonnés en monticule ou dans le maniement puis le rejet du mercure dans la nature. « On en train de tuer la forêt, plus rien ne peut pousser ici », explique Paulino Chavez, conscient de l'impact de l'extraction d'or informelle, qui selon des chiffres officiels a avalé 20.000 hectares de forêt à Madre de Dios. « Mais plein de gens ici travaillent consciencieusement, et le gouvernement devrait plutôt aider, tenter de résoudre ce problème qui date de nombreuses années », plaide son collègue Marcelino Bombilla, qui sait que l'Etat veut mettre le holà à la fièvre aurifère de Madre de Dios.

L'octroi de nouvelles concessions y a été suspendu jusque fin 2010, le temps de réglementer le secteur. Les sceptiques, et parmi eux les ONG de défense de l'environnement, rappellent qu'au Pérou, 6e producteur d'or au monde, l'extraction illégale - un quart du total de la production d'or au Pérou - va depuis toujours de pair avec l'activité « formelle » : la frontière entre les deux est un flou savamment entretenu par l'industrie minière.

« Comment de pauvres mineurs peuvent-ils s'acheter des dragues et machines pour gratter le lit des rivières ? Comment peuvent-ils s'acheter de grandes quantités de mercure ? », demande Red Muqui, un réseau d'ONG. « On devrait enquêter sur les grandes entreprises minières, qui encouragent elles-mêmes cette extraction illégale ».

Source : lunion.presse.fr

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