La drôle de vie des précaires du nucléaire - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 30/08/2011 à 02h40 par Kannie.


LA DRÔLE DE VIE DES PRÉCAIRES DU NUCLÉAIRE

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La drôle de vie des précaires du nucléaire

 

"On sacrifie ces travailleurs"

De Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l'Inserm et auteure de L'Industrie nucléaire : soustraitance et servitude (2000) :

"Les travailleurs du nucléaire doivent respecter un seuil d'exposition fixé à 20 millisieverts sur douze mois consécutifs, or, pour le grand public, la limite autorisée est de 1 mSv. Donc, on sacrifie les travailleurs du nucléaire. On sait que les rayonnements ionisants sont facteurs de cancers et ont un effet sur la reproduction, on est dans un schéma digne de l'amiante, mais les travailleurs du nucléaire ne sont pas informés.

Ils sont convaincus que, s'ils ne dépassent pas les 20mSv, ils sont protégés contre le cancer. C'est faux. Ces seuils ne sont que des compromis socio-économiques entre le niveau de risque acceptable et le besoin de fonctionnement des centrales.

Il est donc indispensable d'aller vers une robotisation de la maintenance, pour qu'il y ait le moins possible d'humains dans les centrales."
 

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De Yann Thompson, envoyé spécial à Civaux (Vienne) :

Ils vont de centrale en centrale pour des opérations de maintenance. En dépit des risques de contamination...

"On nous appelle les gitans, les SDF, ou les voyageurs du nucléaire. Je préfère voyageurs, c'est plus littéraire." Depuis dix ans, Jérôme Schwartz cumule les étiquettes avec amusement. À bord de son camping-car, ce technicien de maintenance EDF a parcouru l'an dernier 110.000 km, gravitant d'une centrale à l'autre pour décharger le combustible d'une trentaine de réacteurs à travers la France. Le voilà cette semaine à Civaux, un village au bord de la Vienne.

Comme lui, ils seraient plus de 20.000 à parcourir les 19 centrales du pays à chaque arrêt de tranche. Certains sont salariés d'EDF, mais une très large majorité est employée par des entreprises sous-traitantes, souvent en CDD ou en intérim. À Civaux, où le premier réacteur vient d'être arrêté pour une inspection décennale, près de 2.000 prestataires extérieurs sont attendus jusqu'à la fin novembre, en renfort des 700 employés du centre.

Originaires de Moselle et fraîchement arrivés du site de Penly (Seine-Maritime), Grégory Becker, 25 ans, et Gaëtan Ferschneider, 23 ans, ont appris leur destination quelques heures plus tôt. "Résultat, nous avons tourné pendant deux heures hier soir à la recherche d'une chambre. Tout était déjà complet." Victimes du surpeuplement inhérent à chaque inspection décennale, ces deux échafaudeurs intérimaires ont donc dormi dans leur vieille Laguna. Et ce matin, ils plantent leur tente dans le camping municipal. Grégory en sourit. "On est jeunes, on prend ça comme des vacances."

"On ressemble à des cosmonautes"

Mais, au travail, la ferraille leur "casse le dos", et le risque de contamination est aussi lourd à porter. Parfois, lorsqu'ils travaillent en zone contrôlée, les deux amis doivent revêtir les fameuses tenues "Mururoa". "Des tenues roses gonflables reliées à un tuyau. On ressemble à des cosmonautes, avec ça."

 


 

Et à chaque sortie du bâtiment-réacteur, munis d'un dosimètre, ils franchissent plusieurs portiques pour mesurer leur niveau d'irradiation. "J'ai encore sonné il y a trois semaines, raconte Gaëtan. Ça veut dire qu'on a été contaminé, mais il suffit souvent d'une bonne douche avec un savon spécial pour que ça parte. Sinon, c'est l'hôpital."

Il reconnaît son inquiétude, "car on ne sait toujours pas si ça peut créer des maladies à long terme".

Derrière la pénibilité du travail, une motivation principale : l'argent. En plus de leur salaire brut (1.700 euros pour Grégory, 1.900 euros pour Gaëtan), ils reçoivent 65 euros d'indemnité par jour, censés financer essence, logement et nourriture. "On économise au maximum sur ces dépenses, histoire de se faire un peu de marge."

Une poignée d'enfants parcourent à vélo les allées du camping. Ils feront leur rentrée à l'école de Civaux le 5 septembre. "Nous avons déjà eu 6 inscriptions en maternelle et primaire du fait du chantier, confirme le maire, Hervé Jaspart, ce qui donnera probablement lieu à l'ouverture d'une nouvelle classe."

Dans le petit monde des routards du nucléaire, ces déplacements en famille restent une exception. "Il vaut mieux avoir une bonne épouse", insiste Jérôme Schwartz. Marié et père de famille de 32 ans, il reconnaît que les divorces sont fréquents dans le milieu.

Et le risque de contamination ? L'un salue "la rigueur d'EDF", l'autre se plaint de cadences de plus en plus soutenues. L'un vante "la sécurité des centrales françaises", l'autre est convaincu qu'"il arrivera quelque chose un jour ou l'autre".

Gilles Chapot, 57 ans, fait partie des plus enthousiastes et estime appartenir à "un milieu aisé". Jugeant que "la vie est un business", ce chef d'équipe a pimenté la sienne en se vendant au sous-traitant le plus offrant, pour une rémunération horaire qui avoisine le double du smic. Dans trois ans, il prendra sa retraite et gardera son camping-car, "pour rester nomade".
 

Un article de Yann Thompson, publié par leJDD

 

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Auteur : Yann Thompson

Source : www.lejdd.fr