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Cette actualité a été publiée le 25/05/2010 à 18h05 par Tanka.


LA DIFFICILE MUTATION DES PLANTEURS DE BANANE ANTILLAIS

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La difficile mutation des planteurs de banane antillais

L'avenir des planteurs de banane antillais risque pour longtemps encore d'être marqué par les ravages du chlordécone, ce pesticide utilisé pour éliminer le charançon. A l'initiative de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) une vingtaine d'experts internationaux se sont réunis, du 17 au 22 mai en Martinique, puis en Guadeloupe, pour "tenter de concevoir des solutions réalistes de dépollution des sols".

Or, il n'existe aujourd'hui d'autre alternative que de convertir à d'autres usages les sols contaminés par ce produit appliqué aux cultures à partir des années 1970 et jusqu'en 1993.

Cette reconversion se fait lentement et le lancement, il y a un peu plus d'un an, d'un plan "banane durable" doté de 8 millions d'euros, pour redorer l'image du secteur et encourager les producteurs à modifier leurs pratiques, n'a pas encore une portée très visible. L'enjeu est vital pour les deux îles : la culture de la banane assure plus de 8 000 emplois, soit 75 % du secteur agricole.

La lutte biologique contre les insectes ravageurs et les champignons est désormais mise en avant. "La banane antillaise utilise 7 kg de produits traitants par an et par hectare contre 60 kg pour nos concurrents sud-américain et africain. Notre objectif est de diviser ce chiffre par deux d'ici à 2013", affirme Pierre Monteux, directeur général de Banamart, l'un des deux groupements de producteurs de banane en Martinique.

Pour cela, les producteurs s'appuient sur l'Institut technique de la banane (Itban) qui valide l'utilisation de substances naturelles pour lutter contre les parasites. L'extrait d'arbre de thé est, par exemple, employé contre la cercosporiose, un champignon attaquant les feuilles de bananier, et l'écorce d'orange contre certaines cochenilles.

La pollution au chlordécone, qui s'est étendue aux autres cultures que la banane avec la diffusion du pesticide dans les sols et les cours d'eau, contraint aujourd'hui nombre d'agriculteurs à composer avec ce fléau. Bien qu'il n'y ait pas de cartographie détaillée des sols pollués, les spécialistes estiment que près de 25 % des terres sont touchées.

Installé en plein coeur de la campagne de Trinité, à environ 30 km à l'est de Fort-de-France, Serge Burnet est, depuis 2007, à la tête d'une exploitation de 74 hectares dédiée à l'horticulture. Auparavant, une bananeraie recouvrait sa propriété. L'horticulture est une des voies vers lesquelles le ministère de l'agriculture pousse les exploitants à se reconvertir.

"Depuis 2003, 4 500 analyses de sols ont été réalisées sur 4 000 hectares, alors que les surfaces agricoles plantées en légumes jugés sensibles à la contamination ne représentent qu'environ 800 hectares", explique Jean Iotti du service de la protection des végétaux, à Fort-de-France. C'est grâce à ces diagnostics et aux recommandations fixées selon des seuils de contamination que les agriculteurs basculent vers d'autres cultures.

A la Martinique, on assiste ainsi à la relance de la canne à sucre, dont seule la base de la tige est perméable au chlordécone. La production permet aujourd'hui d'alimenter neuf distilleries et une sucrerie. Pour certains agriculteurs, l'effort de reconversion a été possible grâce aux fonds européens ou au Plan de développement rural (PDR) de la Martinique.

A plus long terme, il est aussi prévu de reboiser certaines parcelles contaminées et, en même temps, d'empiéter sur la forêt pour permettre aux agriculteurs d'avoir de nouvelles terres saines.

Derrière toutes ces initiatives se cache un autre enjeu : protéger les terres agricoles de la convoitise de certains entrepreneurs. "L'objectif aujourd'hui est de faire face à la spéculation immobilière et aux projets non agricoles", indique Gilles Moutoussamy, de la chambre d'agriculture de Martinique.

Plusieurs projets de ferme photovoltaïque sont notamment à l'étude, ce qui représente, pour M. Moutoussamy, "une menace supplémentaire, lorsque l'on sait que les promoteurs peuvent proposer aux agriculteurs de 15 000 à 20 000 euros par an et par hectare pour installer leurs fermes".

Pour en savoir plus sur la situation planétaire

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Auteur : Hervé Brival

Source : www.lemonde.fr