La désertification touche 1,5 milliard de personnes - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 20/09/2011 à 22h13 par Fred.

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La désertification touche 1,5 milliard de personnes

 
Pour Luc Gnacadja, secrétaire de la convention sur la désertification de l'ONU, protéger les sols est un défi mondial.

Après le changement climatique en 2009, la biodiversité en 2010, la lutte contre la désertification est au menu des discussions de l'Assemblée générale des Nations unies. Une rencontre de haut niveau en présence des chefs d'Etat et de gouvernement devait se tenir, mardi 20 septembre, à New York.

La lutte contre la désertification, la dégradation des terres et les sécheresses - objet de la troisième convention issue du Sommet de la Terre à Rio en 1992 - reste cependant une cause oubliée par la communauté internationale. Comme si elle ne concernait l'avenir que de quelques pays pauvres du Sahel. Secrétaire exécutif de la convention depuis 2007, le Béninois Luc Gnacadja rappelle que 1,5 milliard de personnes vivent sur des terres dégradées et que la préservation des sols est un défi majeur pour réduire la faim dans le monde.

Dans la Corne de l'Afrique, plus de douze millions de personnes subissent les conséquences de la sécheresse, n'est-ce pas un signe supplémentaire de l'échec de la convention sur la désertification à convaincre la communauté internationale d'agir ?

Personne n'a tenu ses promesses. Les pays en développement confrontés à la désertification ont adopté des programmes nationaux mais aucun, à l'exception de quelques-uns, ne les a mis en oeuvre. Souvent faute de moyens parce que ce sont des pays pauvres qui ont dû assumer d'autres priorités.

Les Etats occidentaux qui avaient promis transferts de connaissances et soutien financier n'ont pas non plus honoré leurs engagements. Les pays membres de la convention - 193 à ce jour - n'ont toujours pas conscience que la lutte contre la dégradation des terres n'est pas seulement un défi de quelques Etats africains vulnérables.

Pourquoi est-ce un enjeu global ?

Les zones affectées par les phénomènes de sécheresse et d'aridité des sols ont doublé entre 1970 et 2000 et toutes les études indiquent que cette tendance va s'aggraver. Les zones arides abritent un tiers de la population mondiale et recouvrent 40 % des terres émergées.

La désertification concerne tout le processus de dégradation, le désert étant le stade ultime. Les zones humides sont aussi touchées par la perte de fertilité des sols. Au total, dans le monde, la désertification touche 1,5 milliard de personnes.

Concrètement, cela signifie que ces populations s'appauvrissent, ont de plus en plus de difficulté à se nourrir quand elles ne sont pas contraintes de quitter leurs terres et de migrer. Plus de 4 individus sur 10 considérés comme très pauvres selon les critères internationaux, vivent en milieu rural sur des terres dégradées.

Si nous voulons atteindre les objectifs du développement pour le millénaire, réduire la pauvreté et l'insécurité alimentaire de moitié, il faudra un programme spécifique pour aider ceux qui vivent dans ces régions.

L'Afrique demeure-t-elle la région la plus menacée ?

Oui, c'est la seule région du monde où la moitié des terres sont en péril. Deux tiers des terres arables pourraient disparaître d'ici à 2025, selon une récente évaluation de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

 


 

Quelles sont les causes ?

Elles sont différentes selon les régions. En Afrique, c'est le surpâturage avant des pratiques agricoles inappropriées ou la déforestation. En Asie, la déforestation est la cause première. Le changement climatique est un facteur d'aggravation supplémentaire.

Vous assurez que la conservation des sols même en milieu aride est tout à fait réalisable ?

Oui, nous avons les vaccins contre la désertification. Ils s'appellent gestion durable des terres, agroforesterie... Au Sahel, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont réussi à régénérer six millions d'hectares. L'Australie a mis en oeuvre un très bon programme de gestion des sécheresses. Ce n'est pas le désert qui avance, ce sont les hommes qui créent de nouveaux déserts et nous disposons des remèdes pour l'éviter dans la grande majorité des cas.

Qu'attendez-vous des Etats ?

Pour conduire les politiques publiques, il faut des objectifs. Je propose que la communauté internationale s'engage à ramener la dégradation des terres à zéro d'ici à 2030. J'aimerais que cela soit un des objectifs fixés lors de la conférence de Rio + 20 en juin prochain.

Avez-vous commencé à sonder les gouvernants ?

Je suis conscient que la gestion durable des terres n'est pas sur les écrans de la géopolitique mondiale. Nous allons devoir convaincre et pour cela je compte beaucoup sur le rapport en cours d'élaboration sur l'économie de la désertification. Cette étude financée par l'Union européenne et l'Allemagne va évaluer - comme pour le climat - l'inaction.

Nous ne disposons pour l'instant que d'études locales qu'il va falloir élargir. Au Niger par exemple, où le surpâturage est la cause première de la désertification, il faudrait investir 200 dollars - 147 euros - par hectare pour introduire de bonnes pratiques d'élevage. Mais si rien n'est fait, l'impact de la destruction des sols sur la production et les autres services écosystémiques, comme la disponibilité en eau, est estimé à 1 100 dollars par hectare.

Vous réclamez aussi la création d'une plate-forme scientifique indépendante comme il en existe pour le climat et la biodiversité, est-ce bien réaliste dans le contexte budgétaire actuel ?

Nous avons besoin d'une structure scientifique dont l'autorité soit incontestable. Il ne s'agit pas d'aligner nos moyens sur ceux des autres conventions, mais reconnaissez que nous avons de la marge ! Nous sommes 50 personnes à Bonn, soit près de dix fois moins que les équipes en charge de la convention sur le climat.

Or je le répète, il faut prendre conscience que les sols sont un bien public mondial. Les conséquences de la désertification et des sécheresses ne s'arrêtent pas aux frontières.

 

Un article de Laurence Caramel, publié par africa1.com

 

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Auteur : Laurence Caramel

Source : africa1.com

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