La Cordillère péruvienne, victime du réchauffement climatique - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 07/11/2009 à 15h50 par Tanka.


LA CORDILLÈRE PÉRUVIENNE, VICTIME DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

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La Cordillère péruvienne, victime du réchauffement climatique

Information recueillie par Tanka.

Le retrait du plus haut glacier tropical s'accélère. Au pied de la Cordillère Blanche, nous avons observé ce phénomène, écouté les craintes et les doutes des chercheurs.

Les glaciers de la "Cordillera Blanca", dans les Andes, seraient en danger. En 40 ans, la plus importante masse glaciaire tropicale a perdu pratiquement 30% de sa surface. "De 1976 à aujourd'hui, on a observé un retrait de 20 mètres par an, contre moins de 10 mètres par an entre 1948 et 1975", nous explique Jesús Gómez, glaciologue auprès de l'Autorité nationale de l'eau (Autoridad Nacional del Agua).

A première vue pourtant, la Cordillère blanche n'a rien perdu de sa superbe. A notre arrivée à Huaraz, au nord du Pérou, nous découvrons le deuxième attrait touristique du pays, après la Vallée Sacrée de Cuzco. Ses pics enneigés se succèdent sur 200 kilomètres, et les randonneurs et férus d'escalade se pressent sur ses cîmes.

C'est seulement à l'approche du glacier de Pasto Ruri, à 5000 mètres d'altitude, que nous prenons conscience des conséquences du changement climatique. Le glaciologue nous fait remarquer les évolutions, photos des années 80 à l'appui. Sur une dizaine de mètres la glace a cédé la place aux roches sombres riches en fer. Un petit lac s'est même formé.
Le glacier du Pasto Ruri en août 2005 Le Pasto Ruri en août 2005

"Cette lagune n'existait pas avant, elle s'est développée entre 2004 et 2007, du fait d'une forte fonte", décrit Jesús Gómez. Ce petit lac proglaciaire pourrait se transformer en véritable bombe à retardement si son volume d'eau stocké devenait important. Dans cette région à fort risque sismique, les autorités craignent de voir ce type de retenues d'eau se rompre lors d'un tremblement de terre et se déverser sur les villes de la vallée.
Des réserves d'eau importantes en saison sèche

Tous les glaciers péruviens ont un "bilan de masse négatif", ils perdent plus d'eau qu'ils n'en accumulent à l'échelle annuelle, nous apprend Thomas Condom, hydrologue français détaché à l'Institut de Recherche et du développement de Lima. Pour lui, pas de doute, le climat observé depuis 30 ans est bien le principal responsable de ce retrait. L'augmentation observée de la température a sa part de responsabilité: la station de Recuay, à 3.400m, a relevé une moyenne annuelle de moins de 11°C en 1970 contre 13°C en 1994. Le scientifique nuance toutefois: "Il faut aussi prendre en compte le niveau des précipitations. Les niveaux de températures ne sont pas les seuls à jouer sur l'existence et le volume d'une masse glaciaire."
Le glacier du Pasto Ruri en août 2007

L'hydrologue s'inquiète avant tout des conséquences que pourrait avoir une disparition des glaciers sur les communautés qui vivent en contrebas. D'après ses calculs, dans le Rio Santa, l'une des deux rivières alimentées par la chaîne andine, 10% du volume d'eau provient de la glace perdue sur les 30 dernières années. Un pourcentage faible en comparaison des eaux de pluies, mais qui s'avère beaucoup plus important en saison sèche.
Un gouvernement inefficace

Jesús Gómez estime que le président Alan Garcia ne prend pas la mesure du problème et se contente de multiplier les effets d'annonce. "Il y a de grandes campagnes pour dire que le gouvernement a planté des millions d'arbres, mais il n'y a pas de suivi", critique-t-il. Le directeur d'AgroRural, un programme de développement productif du ministère de l'agriculture péruvien, réplique: "Nous ne pouvons freiner la fonte des glaciers mais nous agissons contre le réchauffement climatique avec nos campagnes de reforestation."

Mais là n'est pas le problème numéro un selon Jesús Gómez. Sur la route de Lima, menant à la Cordillère, le glaciologue marque un arrêt pour nous montrer des résidus miniers au bord du Rio Santa. La mine est aujourd'hui fermée, mais en temps de pluie des particules de fer, plomb et zinc se déversent directement dans la rivière. "Il faudrait que le gouvernement fasse de la dépollution des cours d'eau une priorité", souligne-t-il.

Dans une région où l'eau est disputée entre communautés paysannes et entreprises privées, le réchauffement climatique n'est pas forcément le premier ennemi à combattre. Les Péruviens doivent d'abord s'organiser pour partager au mieux cette ressource.

Pour en savoir plus sur la situation planétaire