La Commission européenne et le lobby pharmaceutique - L'atelier

Retour : Accueil

Cette actualité a été publiée le 09/10/2009 à 22h11 par Jacques.


LA COMMISSION EUROPÉENNE ET LE LOBBY PHARMACEUTIQUE

  • Google+
  • FaceBook
  • Twitter
  • Linked in
  • Tumblr
  • Google+  FaceBook   Twitter
  • LinkedIn  Tumblr
SOMMAIRE de Demain l'Homme - Accès aux derniers articles quotidiens du module principal WikiSurTerre
La Commission européenne et le lobby pharmaceutique

Information sélectionnée par Jacques

Alors là, c'est le comble !

En décembre 2008, la Commission européenne a publié des propositions de Directive et de Règlement, actuellement en discussion, concernant la « pharmacovigilance », c'est à dire l'observation et le contrôle des médicaments mis sur le marché. Cette surveillance est fondamentale pour la protection des consommateurs, surtout lorsque l'on connaît la politique commerciale de l'industrie pharmaceutique consistant à produire en masse des nouveaux médicaments à l'innovation voir même à l'efficience discutables afin de nourrir un marché devenu gigantesque. Ainsi, plus de 200 000 médicaments différents sont disponibles à la vente quand l'OMS n'en dénombre que 242 de « fondamentaux ».

Cette politique de production intensive conduit d'ailleurs régulièrement à de graves problèmes de santé publique dus notamment à des effets indésirables de médicaments.

Face à cette situation, c'est donc avec la plus grande inquiétude que l'on découvre la volonté de la Commission européenne, sous prétexte d'économiser les deniers publics, de sous-traiter la pharmacovigilance (jusqu'à présent assurée en France par 31 centres régionaux publics situés dans des structures hospitalières) aux firmes pharmaceutiques elles-mêmes, c'est à dire aux acteurs qui ont le plus d'intérêt à une généralisation laxiste des autorisations de mise sur le marché (AMM).

Dans l'optique du projet de la Commission, non seulement les firmes auront la charge de l'évaluation des médicaments avant leur mise sur le marché mais également après celle-ci (tous les 6 mois pour un médicament nouveau, puis à terme tous les 5 ans).

Or comment imaginer qu'une société privée, devant rendre des comptes stricts à ses actionnaires, tire la sonnette d'alarme au moindre doute sur un médicament dans lequel elle a investit des millions d'euros en recherche et en marketing ?

En confiant aux firmes ce contrôle postérieur à la commercialisation, la Commission commet un véritable « encouragement au crime » tant il est évident que ces dernières chercheront toujours à dissimuler le plus longtemps possible d'éventuels résultats défavorables des essais cliniques, afin de prolonger au maximum les ventes de leurs produits. Ce « temps gagné » peut se traduire par des bénéfices colossaux sauvegardés par les entreprises mais aussi, parfois, par des centaines voir des milliers de morts.

Ainsi on ne peut qu'être stupéfait de constater qu'au lieu de renforcer le réseau existant de centres de pharmacovigilance indépendants et soucieux de l'intérêt général, la Commission propose de le court-circuiter, enterrant notamment le principe d'obligation de financement public de la pharmacovigilance institué en 2004 afin d'éviter les conflits d'intérêt.

Parallèlement, la Commission organise également la dilution des informations de pharmacovilgilance, stockées dans une « méga-base » informatique, ainsi que leur opacité sous prétexte de « confidentialité commerciale ».

Avec cette dérive libérale, c'est toute la santé publique qui risque d'être soumise à des intérêts purement économiques et marchands. A l'heure où l'on reparle de possibles grandes pandémies, cette mise sous tutelle laisse planer les plus grands doutes sur le souci du bien commun et de la santé publique qui motivera les décisions prises en matière de traitements médicamenteux et de campagnes de vaccination.

Xavier Eman