La cité potagère, fantasme ou réalité ? - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 10/11/2011 à 14h49 par Kannie.


LA CITÉ POTAGÈRE, FANTASME OU RÉALITÉ ?

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La cité potagère, fantasme ou réalité ?

 

Des fermes en centre vile.... Sortir l'agriculture des campagnes, produire des fruits et des légumes dans des tours. L'idée a germé dans l'esprit d'un urbaniste américain, Dickson Despommier, professeur de santé publique et environnementale à l'Université de Colombia, qui imagine en 2005 une ferme verticale.

La même année, deux architectes français, Augustin Rosenstielh et Pierre Sartoux, de l'agence SOA, lancent leur projet de Tour Vivante et réfléchissent à une architecture de l'agriculture urbaine.

Aujourd'hui, ils imaginent différents modes d'implantation de fermes verticales. Par exemple, une bananeraie aux Champs-Elysées, dans un tissu haussmannien. On a hâte d'y être !

Des fermes en centre-ville... À peine ébauché, notre projet de Tour Vivante, imaginé en 2005 a tout de suite attiré l'attention, s'offrant rapidement la Une aux infos, dans les magazines, sur le Net.

Sortir l'agriculture des campagnes, produire des fruits et légumes dans des tours : le bouleversement est de taille, à l'image des fantasmes et des cauchemars qu'il alimente, rêves de ville verte et d'autonomie alimentaire ou visions apocalyptiques d'une alimentation poussée en laboratoire pour rassasier une démographie dévorante.

Mais passées la (longue) liste des bienfaits d'un maraîchage urbain et celle, moins évidente, de ses limites, il n'existe toujours aucune ferme verticale, aucune référence hormis le prototype monstre de Dickson Despommier [spécialiste des parasites végétaux à l'université de Columbia, à New York] et, quelques images futuristes de projets définis ex nihilo.

Reste donc à s'interroger sur la problématique de l'architecte, à savoir la capacité d'intégration de la ferme dans la ville.

Car la ferme verticale propose bien une solution d'agriculture urbaine intensive. Son enjeu dépasse les pratiques individuelles ou collectives des jardins potagers qui, lorsqu'on leur trouve un tant soit peu de place, font l'unanimité.

Ainsi les recherches que nous menons depuis 2005 ne proposent pas le scénario idéal d'une nouvelle ville -à l'image du Plan Voisin de Le Corbusier-, elles ont pour objet d'interroger, à travers l'étude des cas, les limites de compatibilité entre les besoins techniques de l'agriculture intensive, et le patrimoine culturel de nos cités.

L'AGRICULTURE MARAÎCHÈRE : UN DEMI-SIECLE DE MUTATION

L'agriculture maraîchère est en pleine mutation. Les modes de production agricoles évoluent de jour en jour, le nombre des producteurs et la diversité des produits s'amenuisent, les métiers et les relations entre producteurs et consommateurs se standardisent.

Aux alentours des grandes villes -à commencer par l'Île-de-France-, les exploitants maraîchers, qui ne peuvent pas toujours faire face aux chaînes de distribution, sont saturés par la demande.

Côté consommateurs, les pistes semblent brouillées, entre un désir grandissant mais souvent très théorique de « retour à la nature » et une méconnaissance générale des modes de production agricoles.

Au cours du XXe siècle, les « ceintures vertes », ces anneaux concentriques d'abord maraîchers puis dédiés aux produits laitiers, au bétail et enfin aux céréales, et qui alimentaient les grandes villes selon une logique de primeur et d'échanges, ont été amadouées par l'étalement urbain. Leur logique est désormais supplantée par le développement des transports frigorifiques, et par l'internationalisation des marchés alimentaires portés par des structures industrielles d'approvisionnement.

Ces dernières obligent les producteurs, s'ils veulent exister sur le marché, à produire des quantités considérables et à répondre à des critères finalement peu qualitatifs (logistiques, visuels, de calibrage...)

Pour répondre à la demande et aux critères sélectifs des grandes enseignes commerciales, un nouveau type de production maraîchère voit le jour, la ferme hors-sol. Les plants y sont cultivés toute l'année, sans interruption, dans des bacs de terre ou de substrat alimentés d'engrais.

Or, cette technique est, sinon occultée, en tout cas ignorée du grand public : elle contrarie même grandement la tendance actuelle, celle d'un désir de produits « naturels » et de travail « à l'ancienne », illustré notamment par le succès du bio. Difficile en effet d'être séduit, comme dans le cas du clonage ou des OGM, par la disparition de la terre nourricière.

Reste que 95 % de la production française de tomate fraîche et une part croissante des fruits et légumes est réalisée en ferme hors-sol. Et si ce mode de culture représente d'abord une avancée considérable en terme de productivité -ceci souvent au détriment de la qualité-, rien ne prouve qu'il ne puisse un jour reproduire les innombrables apports de la terre naturelle.

Malgré tout, plus efficace, plus rentable, ce système semble logiquement adapté pour répondre à la demande croissante. Va-t-il pour autant se généraliser à l'ensemble de l'agriculture maraîchère, comme c'est le cas pour la tomate, ou se voir proscrit au nom d'une éthique de l'agriculture ? Quoi qu'il en soit, tant qu'elle est adoptée, cette technique ne doit pas être occultée.

PHILOSOPHIE DU CHANGEMENT

Au fur et à mesure de la croissance urbaine et de l'emprise de la ville sur le territoire agricole se pose la question d'une pratique maraîchère urbaine, et l'invention d'une architecture qui lui donnerait le jour.

Comment l'architecte peut-il s'emparer d'un sujet aussi vaste que l'agriculture maraîchère et le conduire à l'état de projet contextuel plutôt qu'à un simple système? Comment oeuvrer en relevant simultanément le défi d'une invention technique soumise aux lois de la nature et celui d'une insertion urbaine contribuant à enrichir la cité sans la dénaturer ?

Introduire l'agriculture en ville est une entreprise qui semble ardue, tant les échelles en jeu sont importantes. En aucun cas il ne peut être question de remplacer une agriculture à la campagne par une agriculture en ville, mais bien de repenser la pratique urbaine et péri-urbaine existante.

L'implantation des fermes en ville se traduit sous forme d'échelles très différentes et introduit de fait une diversité qui n'existait quasiment pas jusqu'alors dans les zones péri-urbaines et à la campagne.
Les recherches que nous menons montrent dans quelles proportions cette forme d'agriculture peut compléter la production paysanne et, peut-être, contribuer à l'amélioration de sa qualité.

HAUTE QUALITE

Si la démarche HQE (Haute Qualité Environnementale) propose à travers 14 cibles des grilles d'optimisation environnementale, il faudra ici y ajouter les cibles HQH (Haute Qualité Humaine).

 
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Pour lire la suite de cet article, publié par lemonde.fr, cliquer ICI
 

Le site étrange qui dérange même les anges !

 

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Auteur : Augustin Rosenstiehl, Architecte DPLG, agence SOA et Pierre Sartoux, Architecte DPLG, agence SOA

Source : www.planete-plus-intelligente.lemonde.fr