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Cette actualité a été publiée le 28/01/2011 à 21h43 par Tanka.


LA CHINE AU BORD DU DÉSASTRE ÉCOLOGIQUE

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La Chine au bord du désastre écologique

Lorsque Jonathan Watts était enfant, on lui disait que «si tous les Chinois sautaient à pieds joints au même moment, la terre sortirait de son axe et personne n'y survivrait».

Trente ans plus tard: pris d'une quinte de toux et d'une crise d'éternuement après avoir couru quelques minutes dans le smog grisâtre de Pékin, Jonathan Watts se dit que ce grand saut a déjà commencé. Il venait d'arpenter la Chine sur plus de 160.000 kilomètres, du Tibet aux déserts de la Mongolie-Intérieure – et à chaque nouveau lieu visité, il faisait la même découverte: l'Etat chinois avait mis sur pied un vaste programme de destruction écologique.

Un programme qui a empoisonné les eaux de nombreuses rivières, au point de les rendre toxiques au simple contact de la peau; un programme qui a démultiplié les taux de cancer dans plusieurs régions; un programme qui a transformé en désert des terres autrefois fertiles, d'une superficie presque deux fois plus vaste que la Grande-Bretagne – et qui a peut-être provoqué le pire tremblement de terre de l'histoire.

Dans un ouvrage extraordinaire (When a Billion Chinese Jump: How China Will Save Mankind – or Destroy It), Watts nous met en garde: «les problèmes de notre planète ne sont pas nés en Chine, mais c'est en Chine qu'ils approchent du point de non retour.»

Les communistes ultra-capitalistes sont aujourd'hui les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre au monde (et ce même si le Chinois moyen ne génère qu'1/7ème des émissions de l'Américain moyen). Tous les pays du monde sont prisonniers de la même serre; la destruction environnementale de la Chine nous touche tous, où que nous soyons. Et leur histoire deviendra la nôtre.

Nombre d'ouvrages prometteurs consacrés à la Chine tombent dans le piège de la généralisation – une erreur à ne pas commettre lorsqu'on traite d'un pays gigantesque et contradictoire.

Watts opte pour une solution plus simple. Il nous emmène en voyage. En sa qualité de correspondant spécialiste de l'environnement pour The Guardian, il a passé cinq ans à essayer de décrypter le désastre écologique chinois – et il nous en fait le récit en gros plan, à hauteur d'homme.

Cimetière de cartes mères

Le voici donc dans la province de Guangdong, où échouent les cartes mères usagées du monde entier. Des enfants décortiquent les vieux ordinateurs, détachant le moindre composant réutilisable, comme s'ils étaient devenus une sorte d'intestin de la planète. Mais ils souffrent d'empoisonnement au plomb, qui provoque des lésions cérébrales, des cancers, et des insuffisances rénales. Même lorsque ces enfants ont la chance de pouvoir aller à l'école, il leur faut porter des masques pour se prémunir des effets nocifs de cette montagne de détritus informatiques.

Watts va à la rencontre des militants environnementaux qui tentent de prévenir ces empoisonnements, et les voit se faire traîner en prison, terrifiés. (Pour vous faire une idée, imaginez qu'Al Gore ait été envoyé en prison pour avoir demandé une enquête sur Love Canal, et qu'il soit encore à l'isolement aujourd'hui.)

Watts embarque ensuite sur un bateau avec une équipe internationale de scientifiques pour sauver le dernier dauphin du Yangtze – un animal qui nageait dans les rivières de Chine il y a dix millions d'années, avant l'apparition des premiers hommes, et qu'on pouvait encore apercevoir il y a quelque temps. Mais peu à peu, Watts se rend compte qu'il est décidemment trop tard. Ils sont tous morts. Voici ce qu'il écrit:

«L'homme a anéanti son premier dauphin. (...) Constater la fin d'une espèce, après vingt millions d'années, fut un choc terrifiant. Ce n'était pas une simple information. C'était même plus qu'un fait historique. C'était un évènement digne de figurer sur une échelle des temps géologiques.»

Ne reste plus qu'à observer. Observer la planète se réchauffer, et les déserts de Chine s'étendre en superficie et en profondeur, année après année. Observer les glaciers de l'Himalaya (source des plus grandes rivières d'Asie) fondre et mourir; ils pourraient diminuer de deux tiers d'ici 2050.

Pas de jugement moral

Watt sait bien que ce récit n'est pas sans ambiguïté. Cette destruction n'est pas le fait de la perversité. Elle n'est que l'effet secondaire d'une impulsion vertueuse. Le peuple chinois est bien décidé à passer de la pauvreté à l'opulence.

Il y quarante ans, la Chine mourait de faim. Aujourd'hui, sa croissance est l'une des plus élevées au monde – et elle est devenue le banquier de l'Amérique. Voilà ce que certains Chinois se disent: si les dégâts environnementaux sont le prix à payer pour ce développement éclair, est-ce vraiment si terrible? Après tout, les Européens et les Américains ont bien détruit leurs propres environnements, rasé leurs forêts, saccagé leur habitat pendant leur révolution industrielle – et lorsque ils ont estimé être suffisamment riches, ils ont tout reconstruit. Certes, tout ceci a un coût, mais mieux vaut cela qu'une pauvreté éternelle.

Comment osent-ils nous faire la morale? La majeure partie de nos émissions de gaz à effet de serre vient des usines de manufacture et d'élimination des déchets qu'ils ont délocalisées chez nous; et ils refusent de faire la moindre concession sur leurs propres émissions!

Ces arguments ne manquent pas de pertinence. Vos émissions (et les miennes) dépassent de beaucoup celles du Chinois moyen. A chaque fois qu'un traité environnemental international a été couronné de succès, le plus gros pollueur avait ouvert les négociations en consentant à des réductions d'émissions. Et pourtant, nous nous refusons à le faire; loin d'inciter la Chine à devenir plus écologique, nos gouvernements vont obtenir l'effet inverse. L'administration Obama a porté plaine contre la Chine devant l'Organisation mondiale du commerce, estimant que les subventions allouées aux parcs éoliens représentent une «concurrence déloyale».

Lorsque l'on fume trois paquets de cigarettes par jour et que l'on est atteint d'un cancer du poumon, on peut s'abstenir de faire la morale à un jeune fumeur – surtout lorsqu'on essaie de lui voler ses patchs anti-tabac.

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Auteur : Johann Hari

Source : www.slate.fr