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Cette actualité a été publiée le 31/10/2011 à 12h51 par Tanka.


LA CATASTROPHE DE SCHWEIZERHALLE, IL Y A 25 ANS...

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La catastrophe de Schweizerhalle, il y a 25 ans...

 
Titre original :
La catastrophe de Schweizerhalle, il y a 25 ans : « Un mal pour un bien »

 
Le Rhin, que l'on croyait mort après l'incendie, en 1986, d'un dépôt de pesticides de Sandoz, revit. Grâce aux mesures imposées par les États riverains. Mais la production chimique délocalisée exerce ses ravages en Asie.

« Tchernobâle ». « Vous voulez dire Tchernobyl ? » Non, « Tchernobâle ». Une catastrophe chimi- que qui a eu lieu six mois après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le 1 er novembre 1986. Au sud de Bâle, dans la zone industrielle de Schweizerhalle, un incendie avait dévasté un hall de stockage de pesticides de Sandoz. Explosions en pleine nuit, odeurs âcres de fumées : 1 300 tonnes de produits chimiques ont brûlé.

Les eaux d'extinction du sinistre, contaminées par les pesticides, se sont écoulées dans le Rhin, devenu soudain tout rouge. Sur 500 km, de Bâle à Coblence, les flots toxiques ont tué poissons, anguilles et micro-organismes. Le captage d'eau potable à partir du Rhin a été interrompu jusqu'aux Pays-Bas, par mesure de précaution. « Le Rhin est mort », avaient alors clamé les manifestants contre l'industrie chimique.

Vingt-cinq ans plus tard, le Rhin revit. Le saumon et l'anguille, espèces emblématiques du fleuve, et une soixantaine d'espèces de poissons, ont réapparu. Non parce que la nature a pris « naturellement » le dessus, mais parce que les politiques ont imposé des mesures fortes aux industriels.

« Cette catastrophe a été un mal pour un bien, commente Philippe Knibiely, directeur de l'association Petite Camargue. Elle a déclenché une prise de conscience. »

« L'onde de choc a secoué les responsables politiques qui ont reconnu que l'incendie n'était pas le problème en soi, mais l'état du Rhin qu'il s'imposait à présent de dépolluer radicalement », souligne Ulrich Schweitzer, alors chef de la délégation suisse à la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR).

Cette commission avait été créée en 1950, à Bâle, par les États riverains du fleuve qui déjà considéraient que « le Rhin pollué était un problème commun ». C'était alors un cloaque de toutes les couleurs où les usines chimiques, les abattoirs, les laiteries déversaient tous leurs effluents... Sans parler des fortes concentrations de sel rejeté par les Mines de potasse.

Dans les mois qui ont suivi la catastrophe de Schweizerhalle, les États riverains ont adopté le Programme d'action Rhin. Objectif principal : réduire de moitié, en dix ans, les quantités rejetées de 34 des substances chimiques les plus dangereuses.

Les industriels et les collectivités locales ont fait construire des stations d'épuration. Les usines ont réalisé des bassins de rétention. Des lois sur la sécurité du stockage et du transport de matières dangereuses ont été votées, les services de contrôle renforcés... Et les États ont mis en place une coopération transfrontalière pour la sécurité industrielle et la surveillance du Rhin : « Les progrès en matière de communication sont notables, souligne Michel Herr, directeur de l'Aprona, observatoire de la nappe phréatique d'Alsace. Le Caring, Centre d'alerte rhénane et d'informations nautiques de Gambsheim, fait référence au plan international. »

Bilan du Programme d'action Rhin : « La qualité de l'eau s'est sensiblement améliorée, la faune du Rhin s'est rétablie, les accidents impliquant des substances dangereuses pour les eaux ont sensiblement diminué », se félicite la CIPR.

Mais entre-temps, nombre d'unités de production ont été délocalisées en Asie. Pour profiter des bas coûts salariaux et des faibles exigences environnementales : « Entre 1983 et 1990, les installations nécessaires à l'épuration des eaux, au stockage des déchets et au traitement de l'air étaient estimées à 800 millions de francs suisses, explique Peter Donath, alors responsable des techniques de l'environnement chez Ciba-Geigy, dans un entretien publié sur le site internet www.martinforter.ch.

En Suisse, 15 à 20 % des coûts de fabrication étaient imputables au respect de l'environnement. En Chine, 5 %. La globalisation incontrôlée a amené les acheteurs des firmes chimiques à ne tenir compte que des prix ; les conditions de travail, de sécurité et d'environnement leur importaient peu. Les pratiques de l'industrie chimique dans les années 1950 à 70 étaient ici désastreuses. Mais ce que j'ai vu en Inde et en Chine entre 1993 et 2004 est inimaginable. »

Un mal pour un bien ici, en Europe. Sur le dos des pays émergents : les produits chimiques qu'ils fabriquent sont destinés à l'industrie, à l'agriculture et au consommateur... européens.

* * *

Le site n'a pas été assaini

L'usine Sandoz de Schweizerhalle a été fermée en 1988. La firme a indemnisé les pays riverains et s'est engagée auprès des autorités suisses à assainir le site. « Des engagements non tenus, dénonce Martin Forter, spécialiste bâlois des décharges chimiques. Il s'écoule chaque année dans la nappe phréatique 3 à 5 kg de produits toxiques issus des déchets de l'incendie enfouis sur le site, alors que la limite autorisée est de 0,5 kg. »

L'office de l'environnement de Bâle-campagne a annoncé, le 21 octobre dernier, qu'il n'était pas nécessaire d'assainir le site « chargé de quelques centaines de kilos d'Oxadixyl » et que Clariant, actuel propriétaire du site, devait simplement élaborer un concept de surveillance d'ici février 2012.

« À 200 m de là se trouvent les puits qui alimentent en eau potable 200 000 personnes, souligne Martin Forter. Le politique s'est incliné face à l'industrie. Un très mauvais signal : les successeurs de Sandoz peuvent se permettre d'ignorer la santé de la population... »

 

Un article de Élisabeth Schulthess, publié par L'Alsace
 

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Auteur : Élisabeth Schulthess

Source : www.lalsace.fr