L'océan est un trésor d'ADN : alerte aux biopirates ! - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 23/10/2010 à 17h36 par Fred.


L'OCÉAN EST UN TRÉSOR D'ADN : ALERTE AUX BIOPIRATES !

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L'océan est un trésor d'ADN : alerte aux biopirates !


Deux chercheurs espagnols, Jesús Maria Arrieta et Carlos Duarte de l'Institut Méditerranéen d'Etudes Avancées de Majorque (IMEDEA) [1],

en collaboration avec Sophie Arnaud-Haond de l'Ifremer,

ont récemment tiré la sonnette d'alarme sur une pratique de plus en plus courante et qui tend, selon eux, vers la biopiraterie :

le dépôt de brevets pour des gènes marins.

L'argumentaire de leurs revendications a été publié le mois dernier dans PNAS [2].

Les chercheurs partent d'un constat :

le nombre d'espèces marines présentant des gènes brevetés pour des applications médicales et biotechnologiques augmente de 12% par an, soit une croissance dix fois plus rapide que celle de la description des espèces elles-mêmes.

Carlos Duarte et ses collègues revendiquent donc un nouveau cadre légal pour réguler l'utilisation et la conservation de la biodiversité dans les eaux internationales.

Car le problème ne se pose pas vraiment dans les eaux territoriales, qui sont régulées par la Convention sur la Diversité Biologique, mais au-delà, là où aucune loi n'existe à l'heure actuelle :

les eaux internationales qui représentent 65% de la surface du globe.

A titre d'exemple, il n'est pas utile de mentionner le lieu de provenance du gène, ni même l'organisme dont il a été tiré.

Pas étonnant, donc, que les offices des brevets de part le Monde admettent avoir déjà enregistré plus de 4 900 gènes marins avec des applications médicales ou biotechnologiques [3].

Surtout que le jeu en vaut la chandelle : pour quelques 1 500 euros, il est possible de breveter un gène et sa fonction.

Or les bénéfices peuvent atteindre des sommes faramineuses.

C'est le cas par exemple d'un gène tiré d'une bactérie marine qui est utilisé pour fabriquer du biocombustible à partir de maïs : il rapporte chaque année 150 millions de dollars aux propriétaires du brevet !

En tout, on estime que les brevets de gènes marins rapportent, chaque année, deux milliards d'euros à leurs détenteurs.

" Le nombre d'espèces présentant des gènes brevetés n'est pas alarmant en soit ", explique Jesús Maria Arrieta.

En revanche, " la possibilité que cette information génétique d'organismes sauvages finisse par être une propriété privée, à travers un processus de brevets pauvrement régulé, génère de l'inquiétude.

Une fois la ressource découverte, son exploitation peut poser des problèmes si elle nécessite la collecte massive d'organismes par exemple".

Les scientifiques proposent alors que les ressources génétiques de l'océan soient régulées comme les ressources minérales du fond marin, c'est-à-dire à travers un organisme des Nations Unies qui oblige les exploitants à partager les bénéfices avec la communauté internationale.

Quand on connaît, par exemple, les conséquences du " vol ", par un chercheur américain, d'un gène d'une archéobactérie sous-marine séquencé par l'Ifremer [4], il ne reste plus qu'à espérer que les revendications des trois scientifiques auront eu un impact lors du dernier Sommet sur la Biodiversité des Nations Unies qui s'est tenue à Nagoya ce mois-ci.

Il y a urgence selon les chercheurs.

 

Pour en savoir plus sur la situation planétaire

 

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Auteur : Anne-Laure Fize, Chargée de mission

Source : www.bulletins-electroniques.com