L'écosystème le plus profond des océans en déclin - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 08/02/2011 à 20h48 par Fred.


L'ÉCOSYSTÈME LE PLUS PROFOND DES OCÉANS EN DÉCLIN

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L'écosystème le plus profond des océans en déclin


Titre original : L'écosystème hydrothermal le plus profond des océans est en déclin

La revue « Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom » publie un article sur les résultats des recherches effectuées par Marie-Claire Fabri, chercheur au centre Ifremer de La Seyne-sur-mer et spécialiste des écosystèmes profonds, suite à la campagne Serpentine.

Menée en 2007 à bord du navire océanographique Pourquoi pas ?, cette campagne avait permis pour la première fois de plonger sur le site hydrothermal le plus profond actuellement connu, Ashadze, situé à 4080 m de profondeur sur la ride médioAtlantique (N12°58).

Mais, surprise en le découvrant, les scientifiques constatent que l'écosystème qui vit dans cet environnement est en déclin...

L'augmentation brutale du flux de gaz dans l'une des cheminées hydrothermales du site en serait à l'origine.

Première plongée au coeur d'Ashadze : émerveillement et surprise !

La première plongée sur le site Ashadze a été réalisée grâce au robot téléopéré Victor 6000 de l'Ifremer.

Equipé d'un sondeur bathymétrique pour cartographier le relief et d'un appareil photo numérique pour réaliser une couverture photographique de l'ensemble du site, les scientifiques l'ont d'abord utilisé afin de localiser précisément le site hydrothermal Ashadze, notamment en identifiant une zone plus sombre correspondant à un panache d'émission de fluide.

Lorsque Victor 6000 a ensuite été envoyé sur le site pour sa mission d'exploration, il était doté d'une une caméra couleur et d'équipements nécessaires aux prélèvements.

Marie-Claire Fabri nous raconte l'étonnement des scientifiques lorsqu'ils découvrirent le site :

« Le site était différent de tous ceux que nous avions vus jusqu'alors. Il était constitué d'une partie centrale très active, une très haute cheminée et trois fumeurs noirs, avec autour un ensemble de petites cheminées hydrothermales recouvertes d'une couche oxydée orangée.

Au premier coup d'oeil, aucune faune n'était visible dans la partie centrale et des anémones étaient installées sur toutes les cheminées oxydées.

C'était magnifique, cela faisait penser à un jardin de fleurs blanches. En allant voir de plus près, nous avons aussi trouvé des vers en tube, des gastéropodes, des galathées, des ophiures, des poissons et quelques petites crevettes.

Mais à notre grande surprise, même après avoir exploré tout le site, nous n'avons pas trouvé les gros amas de crevettes aveugles, ni les massifs de moules que nous observons habituellement sur tous les sites de la ride médio-Atlantique. »

Un écosystème en déclin

Un écosystème est normalement constitué d'un ensemble d'espèces liées par des relations trophiques entre les producteurs, les consommateurs et les décomposeurs.

Sur le site Ashadze, l'absence de moules et de crevettes, qui sont les organismes hydrothermaux vivant en symbiose avec les premiers producteurs (bactéries), est étonnante.

C'est comme s'il manquait un maillon de la chaîne alimentaire ! Les anémones et les galathées, très présentes sur le site Ashadze, sont des suspensivores et des charognards attirés par les déchets produits par les organismes chimiosynthétiques.

Généralement, ces espèces sont disposées à la périphérie des sites hydrothermaux actifs, elles ne pénètrent à l'intérieur qu'une fois le site éteint pour rechercher de la nourriture.

Ce sont les « décomposeurs ». Ashadze présente donc les caractéristiques d'un écosystème en déclin car le début de la chaîne alimentaire fait défaut.

« C'était comme si il n'y avait pas assez d'énergie pour nourrir l'écosystème, alors que le débit du fluide était très intense dans la partie centrale du site, trop intense en fait » explique Marie-Claire Fabri.

Un autre indice a aiguillé les scientifiques sur l'hypothèse du déclin de cet écosystème.

Une coquille toute fraîche d'une espèce de gastéropode vivant habituellement sur les moules a été retrouvée, détachée et encore fraîche, profondément enfouie dans l'épaisseur de particules qui entourait la grande cheminée.

Après la campagne, en analysant les prélèvements réalisés (analyses isotopiques, taxinomiques et cartographiques), les scientifiques imaginent un nouveau scénario :

un événement catastrophique tel qu'une brusque augmentation du débit de fluide serait à l'origine de la formation de la grande cheminée.

Marie-Claire Fabri, qui défend cette hypothèse dans l'article, poursuit « la grande cheminée aurait généré l'épaisse couche de particules au centre qui aurait enseveli et étouffé l'ensemble de la faune chimiosynthétique présente à cet endroit, attirant ainsi les charognards »

La répartition des espèces sur les sites hydrotermaux : un sujet complexe

Les sites hydrothermaux, souvent appelés "oasis de vie" ou "arches de Noé", se situent le long des dorsales océaniques, tels des îlots, là où les fluides sous pression, chauffés par le magma, sont expulsés à travers le manteau terrestre.

Les écosystèmes hydrothermaux sont éphémères et répartis de façon clairsemée.

Ils se développent durant quelques années à quelques décennies autour d'une sortie de fluide hydrothermal.

Lorsque la sortie de fluide s'arrête (de façon progressive en général), l'écosystème passe par une phase de déclin avant de disparaître.

La vie sur les sources hydrothermales ne repose pas sur la photosynthèse comme en surface, mais sur la production bactérienne.

Celle-ci prospère grâce à l'apport continu, via les fluides hydrothermaux, de composés chimiques comme le méthane et le sulfure d'hydrogène.

Les espèces capables de vivre dans ces écosystèmes sont peu nombreuses, les scientifiques en ont recensé environ 600 jusqu'à présent et en découvrent de nouvelles sur chaque nouveau site.

Sur Ashadze, la nouvelle espèce la plus "visible" est le ver en tube qui recouvre toutes les cheminées oxydées.

Alors que les sites hydrothermaux sont espacés de plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres, deux sites peuvent abriter des communautés semblables et partager les mêmes espèces.

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Auteur : IFREMER

Source : www.notre-planete.info