L'amarante, la mauvaise graine qui défie Monsanto 2/2 - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 13/12/2010 à 17h08 par Mich.


L'AMARANTE, LA MAUVAISE GRAINE QUI DÉFIE MONSANTO 2/2

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L'amarante, la mauvaise graine qui défie Monsanto 2/2

Suite des extraits du post précédent

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Alors, cet été, une armée de journaliers a désherbé à la houe les champs de coton dans tout le sud-est des Etats-Unis, du jamais-vu depuis les années 1960.

" Le champ est propre pendant deux ou trois semaines, puis elles reviennent " , constate, amer, Chad Russel. Chaque femelle contient 250 000 graines. " Je crains que ça ne soit de pire en pire, souffle Bill Wilkie. Je ne sais pas où on va. "

" Parfois, je pense à mon père, se désole Sid Fogg. S'il voyait toutes ces mauvaises herbes, il me dirait, mon fils, qu'est-ce que tu fais ?

" Surtout, tout cela revient très cher. En moyenne, 30 dollars supplémentaires par demi-hectare pour produire du soja, 70 pour du coton. Les rendements sont en baisse de 20 % à 30 %. " Cette affaire coûte des millions, affirme Ken Smith. Certains pourraient ne pas tenir l'année prochaine. "

Colby McChesney, 26 ans, n'a " pas l'intention de changer de métier " . " Je laisse complètement tomber le Roundup Ready, lance ce jeune homme, tout en parcourant en trombe ses 1 500 hectares. Certains s'accrochent à l'espoir que ça va aller mieux, moi je pense que, si on veut réparer le système, il faut tout changer.

Sinon, on risque de perdre le contrôle. " L'année prochaine, il sèmera du coton et du soja LibertyLink, un OGM de Bayer. Il fonctionne avec un herbicide différent, relativement efficace sur Amaranthus palmeri . Le jeune agriculteur essaiera aussi des semences conventionnelles " pour voir " .

Beaucoup d'agriculteurs y pensent, à contrecoeur, comme une régression. Sid Fogg a tenté l'expérience sur quelques parcelles. Comme aucun semencier ne vend plus de variétés conventionnelles, c'est l'université de l'Arkansas qui lui a founi des graines.

" Je ne vois pas pourquoi je continuerais à payer les semences Monsanto trois fois le prix des conventionnelles, alors que je vais dans les deux cas dépenser de l'argent en herbicides " , explique-t-il.

Le problème, c'est qu'il n'y aura pas assez de graines LibertyLink et conventionnelles pour tout le monde l'année prochaine. Chuck Yates, le marchand de produits agricoles de Marianna, estime que 75 % de la demande seulement sera honorée.

Monsanto reconnaît que le problème est " sérieux " . " Nous pensions au départ que l'émergence de résistances serait difficile, affirme Rick Cole, chargé du dossier. Nous devons maintenant reconnaître que d'autres produits doivent être utilisés avec le Roundup pour les maîtriser. " L'entreprise se retrouve contrainte de faire la promotion d'herbicides vendus par des concurrents.

Elle rembourse même 12 dollars par demi-hectare aux producteurs de coton qui y ont recours. Mais, selon elle, le Roundup " a toujours de la valeur ". " Il reste efficace sur 300 mauvaises herbes, les agriculteurs ont peut-être tendance à l'oublier, poursuit Rick Cole. Et les rendements des variétés Roundup Ready resteront compétitifs. "

Monsanto prépare déjà le coup d'après. Le semencier annonce pour 2014 un soja résistant au dicamba et au glyphosate. Et, deux ans plus tard, un coton résistant à trois herbicides différents. Ses concurrents sont également sur les rangs. " Celui qui arrivera le premier gagnera beaucoup d'argent ! " , s'amuse Rusty Carter.

Les anti-OGM dénoncent les promesses non tenues de Monsanto, qui a longtemps vanté les économies de pesticides réalisées avec les variétés Roundup Ready.

" C'était vrai au début, mais pas sur le long terme " , confirme Colby McChesney. Mais, malgré leurs déconvenues, les agriculteurs de l'Arkansas ne sont pas devenus hostiles aux plantes transgéniques.

Colby McChesney ne comprend rien au débat qui agite l'Europe : " Ça fait dix ans que je croque des graines de soja et je suis en parfaite santé. " Aucun ne regrette non plus d'avoir adopté ces semences. " Sur le coup, c'était vraiment une bonne affaire , résume Bill Wilkie. Maintenant il faut qu'on nous trouve autre chose. "

En veulent-ils à Monsanto ? Pas uniquement. " Tout cela est d'abord de notre faute, on n'a pas réfléchi, et on a utilisé trop longtemps un seul produit " , affirme Sid Fogg. " C'était comme une drogue " , renchérit Bill Wilkie.

D'autres sont plus accusateurs. " Si ces semences avaient été promues correctement, on n'en serait pas là , souligne Joe Whittenton, un gros producteur de coton. Moi, j'ai toujours continué à utiliser d'autres herbicides par crainte des résistances. Les gens de Monsanto venaient chez moi et me disaient : "Laisse tomber, tu n'as pas besoin de tout ça !" Ils n'ont pas regardé assez loin dans le futur. "

Source le Monde/Lien absent

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Auteur : Gaëlle Dupont ROBERT KING/POLARIS Marianna /Le Monde