L'Afrique fait monter les enchères avant le sommet de Copenhague - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 07/09/2009 à 18h01 par Tanka.


L'AFRIQUE FAIT MONTER LES ENCHÈRES AVANT LE SOMMET DE COPENHAGUE

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L'Afrique fait monter les enchères avant le sommet de Copenhague

Information recueillie par Tanka

L'Afrique fera entendre sa voix lors de la Conférence sur le climat de Copenhague, en décembre, qui doit décider de la stratégie mondiale contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) : "Si cela est nécessaire, nous sommes préparés à quitter des négociations qui seront un nouveau viol de notre continent", a déclaré Meles Zenawi, le premier ministre de l'Ethiopie. Ce dernier intervenait à l'occasion de la rencontre à Addis-Abeba (Ethiopie), le 3 septembre, entre les pays africains et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans le cadre du Forum pour le partenariat avec l'Afrique. "Nous utiliserons notre nombre pour saper la légitimité de tout accord qui ne remplit pas un minimum de conditions", a-t-il ajouté.

M. Zenawi a aussi affirmé que l'Afrique serait représentée par une seule équipe à Copenhague. Le communiqué de la réunion d'Addis-Abeba enregistre ainsi "la nomination" de M. Zenawi "comme coordinateur de la position africaine commune pour les négociations" de décembre.

Cette radicalisation des pays africains intervient au moment où plusieurs études confirment que les pays pauvres seront les premières victimes du changement climatique, alors même que, faibles émetteurs de GES, ils en sont les moins responsables.

Une étude publiée le 2 septembre par Maplecroft, un cabinet britannique d'expertise des risques globaux, montre que les pays les plus exposés à un "risque extrême" du fait du réchauffement global, sont la Somalie, Haïti, l'Afghanistan et la Sierra Leone. Des vingt-huit pays exposés à un "risque extrême", vingt-deux sont situés en Afrique subsaharienne.

A Manille, le 2 septembre, la Banque asiatique de développement a de son côté donné les résultats d'une enquête concluant que la fonte des glaciers de l'Himalaya du fait du réchauffement menace la sécurité alimentaire et la disponibilité en eau des 1,6 milliard d'habitants d'Asie du Sud. La moitié des personnes en situation de "pauvreté absolue " dans le monde vivent dans cette région.

A New York, le 1er septembre, Rob Vos, directeur du département des affaires économiques et sociales de l'ONU, a jugé que "si l'on ne réduit pas les émissions de GES de façon significative, les dommages causés à l'économie des pays pauvres seront dix fois supérieurs à ceux enregistrés dans les pays développés". M. Vos commentait le rapport publié par son département. Selon les conclusions, il faudrait investir chaque année dans l'atténuation du changement climatique et l'adaptation à ses effets, de l'ordre de 1 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, soit plus de 500 milliards de dollars.

Ces constats conduisent les pays les plus pauvres, notamment africains, à demander une contribution forte des pays industrialisés. La question du financement de l'adaptation au changement climatique revient donc au premier plan des négociations climatiques. C'est sur elle qu'avait achoppé la conférence de Poznan, en décembre 2008.

La position du continent africain n'est cependant pas aussi unitaire qu'il y paraît, même si les plus radicaux sont en position de force : le Soudan préside jusqu'à la fin de l'année le G 77 (qui rassemble les pays du Sud dans les discussions à l'ONU), l'Algérie préside le groupe Afrique au sein du G 77, la Libye préside l'Union africaine. Mais les pays du Sahel, plusieurs Etats anglophones, comme le Kenya, ceux du bassin du Congo sont sur une position plus accommodante.

Du côté européen, on craint que la radicalisation de l'Afrique grippe complètement les discussions de Copenhague, déjà mal engagées. "Certains des pays les plus pauvres sont persuadés que les pays riches veulent l'accord à tout prix, dit Brice Lalonde, ambassadeur français pour la négociation climatique. Mais si vous dites aux pays riches, "vous n'avez qu'à payer et transférer vos techniques gratuitement sans savoir comment on va dépenser l'argent", il est sûr qu'il n'y aura pas d'accord." La discussion ne devrait pas se ramener à celle du montant du chèque : "D'accord pour financer, dit M. Lalonde, mais des actions dont on pense qu'elles seront utiles, efficaces aussi bien sur le plan économique qu'écologique. "

Les Européens espèrent arriver à former une sorte de groupe d'intérêt avec les pays pauvres les plus intéressés par une coopération concrète (notamment sur la protection des forêts tropicales) et avec les Etats insulaires regroupés au sein de l'AOSIS (Alliance des petits Etats insulaires). Ils soulignent aussi le fait que tous les membres du G77 ne sont pas dans la même situation : en particulier, la Chine, dont les émissions de gaz à effet de serre ont dépassé celles des Etats-Unis. La discussion avec les plus pauvres devrait donc être disjointe de celle avec les grands émergents. La position africaine pour Copenhague devrait être calée lors d'une réunion à Addis-Abeba fin octobre.

Hervé Kempf