L'abondance de terres rares en Afrique : mauvaise ou bonne nouvelle ? - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 15/08/2011 à 14h38 par Kannie.


L'ABONDANCE DE TERRES RARES EN AFRIQUE : MAUVAISE OU BONNE NOUVELLE ?

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L'abondance de terres rares en Afrique : mauvaise ou bonne nouvelle ?

 

La recherche de terres rares accessibles et à coût abordable est et sera de plus en plus d'actualité. Quelques points de repère :

- Les terres rares sont une famille de dix-sept métaux indispensables aux applications de haute technologie et de développement énergétique sont regroupés sous la dénomination « terres rares »,

- L'exploitation de ces métaux, lucrative et en plein essor, est actuellement monopolisée par la Chine qui satisfait à elle seule 97% de la demande mondiale ; forte de ce monopole, la Chine peut fixer arbitrairement le prix de ces minerais en choisissant de diminuer ses exportations. Ainsi, en seulement un an, les prix du Cérium (1 611%), du Lanthane (1 227%) et du Samarium (1 256%) ont grimpé de plus de 1000% !

- Les continents où la recherche et l'exploitation des terres rares en plein boom sont, en dehors de la Chine, l'Amérique du nord et l'Australie.

Mais les dernières nouvelles d'Afrique montrent que, là aussi, la nouvelle «ruée vers les terres rares» démarre et s'accélère. L'Afrique du Sud a déjà franchi la ligne de départ, avec deux mines à fort potentiel qui devraient commencer la production à grande échelle en 2015. On parle de découvertes de potentiel en terres rares dans d'autres parties de l'Afrique.

En Tanzanie par exemple, une compagnie canadienne, spécialisée dans la recherche et l'exploitation minière, a déjà investi 4 millions de dollars pour évaluer les réserves en terres rares.

Les premiers résultats révèlent un site particulièrement rentable avec un gisement très important aussi bien en superficie exploitable qu'en profondeur ou qu'en teneur du minerai en terres rares. Quatre éléments sont même présents en quantité exceptionnelle : le Néodyme et le Praséodyme (très utilisés pour réaliser des aimants permanents de forte puissance sur les éoliennes et les voitures électriques) ainsi que le Cérium (pots catalytiques) et le Lanthane (batteries). L'exploitation de ce gisement pourrait débuter d'ici deux à trois ans.

Les gouvernements Africains et leurs partenaires au développement doivent-ils plonger sur cette nouvelle opportunité économique ou devraient-ils réfléchir et commencer par mettre en place des sauvegardes sociales et environnementales pour leurs populations et leur milieu naturel avant d'entrer dans une phase gérée de partenariats sur l'exploitation rationnelle des terres rares ?

Il y a peu de raisons pour que l'exploitation des terres rares se fasse spontanément d'une manière acceptable simplement parce qu'elle se passe en Afrique. Nous ne croyons pas à cette génération spontanée.

Sur la base de nos observations (voir en particulier l'excellent ouvrage « La Chinafrique »), le risque est fort pour que, sous la triple pression d'une demande forte des investisseurs étrangers, de perspectives de rentes (le nom poli de la corruption) et d'une faible capacité des agences environnementales, l'exploitation des terres rares se fasse selon un modèle « Far West ». Quelles en seraient les implications ?

En Chine, on a constaté que l'exploitation des terres rares s'accompagnait couramment de fortes dégradations des sols, d'une pollution de l'air due aux poussières toxiques, ainsi que du rejet dans le Fleuve Jaune de boues acides obtenues après traitement pour la purification du minerai.

Par exemple, à Baotou (qui produit 80% de la production Chinoise), 10 millions de tonnes d'eaux usées sont produites par an. Ces pollutions, dont certaines graves, ne sont pas substantiellement différentes de celles occasionnées par l'exploitation des sables minéralisés (ilménite, par exemple), mais l'exploitation des terres rares semble de plus être associée à une pollution radioactive, les mines contenant souvent de l'uranium ou du thorium.

Enfin, cette production sale sur le plan écologique et social est également tellement lucrative qu'elle attire des intérêts criminels ; on estimait, en 2008, que 20.000 tonnes, soit le tiers environ des exportations chinoises étaient le fait de gangs aux méthodes expéditives.

Comment éviter ces désastres sociaux et environnementaux ? On peut penser à une approche projet par projet sous la forme d'évaluations environnementales et sociales de projet. Dans le meilleur des cas, cela se produira sous la pression des banques et agences de développement (Banque mondiale, Banque africaine de développement, aides bilatérales officielles) ou de la soixantaine de banques commerciales ayant maintenant adhéré aux « principes Equateur ».

Mais le contrôle des dégâts potentiels ne se fera que de manière réactive, tardive et sans doute onéreuse, grevant ainsi le prix de revient du produit de manière conséquente. Au pire, d'ailleurs, ces sauvegardes ne se mettront pas en place et, avec un prix de revient intact et compétitif, l'Afrique appauvrira encore plus ses habitants et détruira encore plus avant son environnement naturel.

Nous pensons que, tout comme il existe des bons et des mauvais barrages, il est possible d'envisager une bonne et une mauvaise exploitation des terres rares.

Nous recommandons donc une vision stratégique du développement des terres rares, à une échelle nationale ou, mieux encore, à un niveau sous-régional. Ainsi, si les potentiels Tanzanien, Malawi et Namibien se confirment, on a encore, au stade actuel, le choix entre solution nationale et la solution du recours au SADC (la communauté de développement de l'Afrique australe), voire la synergie entre les deux.

Que permettrait cette approche plus lente, mais plus intelligente et plus progressive ? Un inventaire géo-référencé des potentialités, une caractérisation de ces potentialités par rapport aux fragilités et vulnérabilités environnementales et sociales, une transparence intégrale des options et une bonne connaissance des données de base permettant, par la suite, un suivi-évaluation rigoureux et fécond.

Mais cette approche intelligente permettrait peut-être aussi de saisir des opportunités comme l'extraction de certaines terres rares à partir des déchets de l'exploitation d'autres minerais (procédé mis au point par l'Université de Leeds en Grande-Bretagne).

L'Afrique bénéficie grâce à la richesse de son sous-sol d'une rente incroyable mais qui n'est pas sans comporter des effets et risques pervers. Elle peut choisir d'ajouter à ses atouts la carte des terres rares ; souhaitons qu'elle ait la sagesse de le faire de manière stratégique et raisonnée plutôt que, une nouvelle fois, de faire scandale en laissant filer des investissements appauvrissants pour les populations locales et destructeurs de l'environnement naturel.
 

Un article publié par cyberoustal

 
Note de Kannie : dégradations écologiques, certes, mais pourquoi toujours taire la courte espérance de vie des hommes qui y travaillent ?

 

Le site étrange qui dérange même les anges !

 

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Auteur : Maxime Guymard, Elève-Ingénieur Supélec, et Jean-Roger Mercier, Docteur Ingénieur, ancien responsable des évaluations environnementales à la Banque mondiale

Source : www.cyberoustal.eu

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