Joël de Rosnay: «Le monde de la recherche ne me fait pas peur» - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 11/06/2010 à 22h54 par Tanka.


JOËL DE ROSNAY: «LE MONDE DE LA RECHERCHE NE ME FAIT PAS PEUR»

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Joël de Rosnay: «Le monde de la recherche ne me fait pas peur»

Docteur ès Sciences,Joël de Rosnay est président exécutif de Biotics International et conseiller de la présidente de la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette dont il a été le directeur de la Prospective et de l'Evaluation jusqu'en juillet 2002.

Quelle vie décrivez-vous dans votre dernier ouvrage « Et l'homme créa la vie » ?

D'abord une vie artificielle avec des organismes vivants qui n'existent pas dans la nature. Il s'agit d'une vie qui pourrait être plutôt une vie telle qu'elle est. L'objectif est de fabriquer des organismes capables eux-mêmes de produire des médicaments, de l'énergie à très bas coût comme des biocarburants.

Comment ?

On introduit de l'ADN synthétique, c'est-à-dire une sorte de logiciel qui est fabriqué par une machine et on l'introduit dans des bactéries vidées. Elles sont reprogrammées et se mettent à se reproduire. C'est là où on en est aujourd'hui. Certains déclarent avoir créé la vie mais ce n'est pas vrai. Ils ont fait du copier-coller mais ils n'ont pas créé la vie.

A travers votre livre, vous lancez un appel à une recherche scientifique plus responsable ?

Oui c'est un appel. Après le génie génétique, le clonage, les OGM, les cellules embryonnaires, une nouvelle discipline est en train de naître. Et donc elle est inquiétante et prometteuse à la fois car personne ne comprend comment on peut arriver à fabriquer des organismes artificiels sur ordinateur. Mon rôle de prospectiviste est d'attirer l'attention du grand public et bien sûr des décideurs sur la réglementation qu'il faudrait mettre en oeuvre et les risques à la fois physiques, chimiques, biologiques et aussi éthiques.

L'éthique, c'est le pare-feu pour éviter tout dérapage ?

Oui, on l'a vu déjà avec la bioéthique comme celle instauré en France pour par exemple traiter de la reproduction assistée ou la question des mères porteuses. Il faut que les citoyens se sentent concernés et responsables. Et pour cela, il faut qu'ils comprennent.

Vous avez rédigé votre premier ouvrage en 1966 « Les origines de la vie ». Qu'est ce qui vous fait le plus peur dans le monde de la recherche aujourd'hui ?

Le monde de la recherche ne me fait pas peur. J'ai comme tout le monde des inquiétudes en voyant des disciplines qui se développent très rapidement. Ce qu'il faut suivre de très près, c'est la convergence entre la biologie de synthèse et les cellules embryonnaires.

C'est-à-dire ?

Aujourd'hui, on sait fabriquer des cellules pluripotentielles, c'est-à-dire capables de donner toutes les cellules du corps : neurones, cellules osseuses, cellules de foie ou de rein. On sait les cultiver in vitro. Pour les fabriquer, on peut prendre des cellules déjà développées de la peau par exemple et les faire régresser en cellules embryonnaires. L'objectif étant de fabriquer du tissu vivant pour le greffer à des personnes. Mais le grand objectif du futur c'est de fabriquer ces tissus de l'intérieur des organes abîmés pour les rendre sains. Donc ça, c'est positif. Mais ce qui m'inquiète, c'est qu'à partir d'une cellule embryonnaire, on peut par biologie de synthèse, créer un programme synthétique et l'introduire dans cette cellule qui va donner naissance à un organisme pluricellulaire comme un être humain mais avec des propriétés différentes de celles que la nature lui avait données au départ par l'évolution biologique traditionnelle.

Dans vos ouvrages, vous évoquez peu la place du spirituel alors que vous traitez des sujets fondamentaux comme la prolongation de la vie humaine. Pourquoi ?

Pour vous répondre, je vais utiliser le pari de Pascal. Le philosophe disait : je parie que Dieu existe. De deux choses l'une : soit il n'existe pas mais j'ai passé ma vie à appliquer des préceptes de la religion et j'ai été bon avec les autres et finalement je meurs heureux. Soit il existe et dans ce cas-là, je serai récompensé de tout ce que j'ai fait de bien dans ma vie. Moi je vise une existence de 120 ans. Je fais le pari de Pascal pour la vie. Et tous les matins, je me réveille en me disant : qu'est-ce que je vais pouvoir faire pour les autres ? Si je meurs dans trois jours, je meurs avec mes projets mais heureux d'y avoir pensé. Si je continue de vivre encore plusieurs décennies, je réaliserai mes projets en espérant aider l'humanité à s'améliorer.

Pour en savoir plus sur la situation planétaire

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Auteur : Vincent Rocken

Source : www.leprogres.fr