Jean-Marie Pelt : « En France, on a pris beaucoup de retard » - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 12/12/2010 à 18h00 par Tanka.


JEAN-MARIE PELT : « EN FRANCE, ON A PRIS BEAUCOUP DE RETARD »

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Jean-Marie Pelt : « En France, on a pris beaucoup de retard »

Botaniste réputé, il observe que l'état des milieux se détériore.

Botaniste et écologiste, auteur de nombreux ouvrages (1), fondateur à Metz de l'Institut européen d'écologie, Jean-Marie Pelt est un défenseur résolu des politiques de préservation de l'environnement. Il porte un regard nuancé sur l'approche française en la matière.

« Sud Ouest ». Quels sont les enjeux de Natura 2000 ?

Jean-Marie Pelt : Je vais vous répondre par une anecdote. En 1951, quand j'ai commencé mes études de pharmacie, j'ai dû préparer un herbier qui comportait le nom français des plantes récoltées, leur nom latin, la date de la cueillette et l'endroit. J'ai procédé à ce travail dans mon village. Si j'y retournais aujourd'hui pour le refaire, je n'y parviendrais pas. Ces plantes ont disparu. En l'espace de soixante ans, les herbicides ont fait leur boulot.

Autre exemple : si vous aviez planté un impressionniste devant un champ de blé il y a cent ans, il vous aurait peint une toile piquée du rouge des coquelicots et du bleu des bleuets. Que vous peindrait-il maintenant ?

L'érosion de la biodiversité végétale est majeure. Elle est d'autant plus grave qu'elle contrôle l'état de la biodiversité animale.

Si les abeilles se portent si mal, c'est aussi parce qu'elles n'ont plus rien pour se nourrir. C'est là l'enjeu des politiques de conservation de la nature, et ce n'est pas une vérité suffisamment répétée à mon avis.

L'outil est-il efficace ?

La philosophie de Natura 2000 est la bonne, à savoir la préservation de toute cette petite biodiversité qui ne se voit pas. Il sera toujours facile de mettre en scène le drame de l'ours polaire ou celui de l'ours brun. Pour celui de nos herbes des champs, c'est une autre affaire ! Et Natura 2000 nous contraint à aller au-delà du discours, à passer à l'acte, ce qui est bien le plus difficile...

Ceci étant, la France ne s'est pas singularisée par son excellence sur ce chapitre. Nous avons pris beaucoup de retard et nous avons été assez modestes sur les surfaces proposées. Au point de nous retrouver dans le collimateur de l'Europe.

Quels sont les blocages franco-français en matière de préservation de la nature ?

Notre rapport à la chasse est unique au monde. Ce droit acquis dans la foulée de la Révolution française a pris une importance capitale dans notre société. Si vous voulez toucher à un orteil du statut de la chasse, on vous coupe la tête et les membres. Je vous garantis que, vu des pays voisins - j'habite près des frontières luxembourgeoise et allemande -, c'est assez stupéfiant. Il n'est pas question de persécuter les chasseurs. Mais force est de constater que ce paramètre a rendu l'avancée des dossiers, Natura 2000 ou autres, plus compliquée.

Il y a quelques années, quand Allain Bougrain-Dubourg (NDLR : le président de la Ligue pour la protection des oiseaux) se rendait dans le Médoc, on était tout de même confronté à une situation que l'on ne voit nulle part ailleurs...

Pour le reste, la France n'a pas la sensibilité anglo-saxonne dans son rapport à la nature. Nous avons une culture cartésienne, très technicienne, marquée par le modèle des grandes écoles d'ingénieurs. La nature y est très peu présente. Dieu merci, nous faisons partie de l'Union européenne et nous sommes tirés par le haut par les pays du Nord.

Le réseau Natura 2000 se met en place. Les mentalités sont-elles en train de changer ?

Oui. Des collectivités locales comme des entreprises s'y mettent. Il n'y a pas lieu de désespérer. Mais il faut être robuste et vigilant. Le Grenelle de l'environnement est menacé, non pas de mort mais de dilution. Quand j'entends parler de remise en cause du plan Écophyto 2018 (NDLR : l'objectif de diminution de moitié de l'usage des pesticides à l'horizon 2018), je répète qu'il y a urgence.

Il est absolument fondamental de réintroduire l'écologie dans le débat politique. Elle a quasiment disparu depuis le choc en retour du sommet de Copenhague sur le climat, il y a un an. Nous avons vécu à cette occasion le gonflement maximal du soufflé au fromage de l'écologie. Tous les médias frémissaient d'un échec qui aurait remis en cause la survie de l'humanité pour les cinq minutes suivantes. Et ensuite, plouf ! Plus rien. On parle à peine du sommet de Cancún. J'ai très peur que l'écologie soit absente de la prochaine élection présidentielle.

(1) Vient de sortir « Les Voies du bonheur », avec des photographies de Sebastiao Salgado, Éd. de La Martinière.

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Auteur : Jean-Denis Renard

Source : www.sudouest.fr