Interview de Jean Marie PELT 1/2 - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 07/12/2010 à 08h27 par Tanka.


INTERVIEW DE JEAN MARIE PELT 1/2

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Interview de Jean Marie PELT  1/2

Fondateur de l'Institut européen d'écologie, Jean-marié Pelt est une grande figure de la cause environnementale, II s'inquiète du recul des consciences, noyées dans le grand divertissement médiatique.

NEXUS: Vous êtes une personnalité très sollicitée par les médias sur les questions environnementales (OGM, pesticides, biodiversité, etc.), mais regardez-vous pour autant la télévision?

Jean-Marie Pelt: Le bruit qui émane du tube cathodique me fatigue. Ce brouhaha est de plus en plus assourdissant. Récemment, je m'apprêtais à regarder Thalassa, émission jusqu'alors de grande qualité. Mais depuis la nouvelle formule, catastrophe: à Thalassa, désormais, on cause ! Le débat permanent à la télé passe avant la beauté des images. Je m'interroge sur cette parole médiatique qui n'en est pas une. Presse, télé, radios nous proposent un formidable bavardage qui nous divertit, nous détourne de la réflexion intérieure.

On célèbre en héros n'importe quelle personne pour n'importe quelle action. Il faut accepter cette triste réalité où tout se vaut. Cela s'appelle la décadence. De mon côté, j'ai décidé de parler franc et juste. Parler peu, pour donner du poids aux mots. Je privilégie une parole compassionnelle, chaleureuse, qui rencontre vraiment l'autre.

Peut-on parler d'une faillite des médias?

Si on estime que les médias doivent avoir un rôle d'accoucheur, en posant les bonnes questions, ils manquent à leur devoir. On nous sert un immense divertissement, composé de petits jeux pour amuser la galerie, de distractions qui nous étourdissent. Que de bruit autour des « petites phrases » ! On ne va pas au fond des choses.

La mode des « buzz » est horripilante. C'est la mousse sur la bière, sauf que dans le verre, la bière a disparu! Le métier de journaliste a perdu de sa noblesse, de sa capacité d'analyse. Il aurait besoin d'être plus alternatif pour susciter des prises de position politiques, basées sur des convictions. Avec "l'infotainment », le citoyen se retrouve comme au cinéma, à la manière du cinéma permanent d'antan. Ça n'arrête pas une seconde ! En même temps, on passe vite d'un sujet à l'autre, on zappe.

Regardez la furie autour de Copenhague... Une fois l'événement passé, les médias ont quasiment cessé de parler d'environnement. J'ai bien peur que les gens se lassent de ce journalisme de l'instantané.

Beaucoup ont déjà pris du recul et éteint le poste. Le renflouage des banques, sans véritable contrepartie, a été une magnifique arnaque. « Si nous n'avions pas donné de l'argent aux banques, c'est tout le système qui se serait effondré », nous dit-on. Et alors ? Cela n'aurait sans doute pas été le drame annoncé, sauf pour les gros actionnaires... On aurait pu reconstruire. Malheureusement, l'argument a fonctionné auprès des journalistes, des politiques et en définitive des populations, qui ont peur de lâcher la proie pour l'ombre.

Depuis 1971, date de la création de l'Institut européen d'écologie, comment analysez-vous l'évolution de la conscience écologique?

On a assisté à un frémissement depuis cinq ans, notamment autour de Nicolas Hulot ou du Grenelle de l'environne¬ment. Copenhague a constitué un point d'orgue où les médias ont malheureusement perdu les pédales.

Depuis, je perçois un recul de la conscience écologique. Fait symptomatique, « l'environnement, ça commence à bien faire », selon notre président. J'ai bien peur que ce sujet crucial passe à la trappe lors de la prochaine échéance présidentielle de 2012.

Que manque-t-il aux hommes pour réaliser une évolution de conscience?

La spiritualité, qui pourrait faire émerger une vraie fraternité. Or actuellement, on n'est en zone aride... La jeunesse vit dans une camisole technologique. Elle est hermétiquement sourde à la question religieuse, et reste enfermée dans ses écouteurs et ses TIC. Complètement dénutrie, elle n'a même pas conscience qu'une autre dimension existe... Ce n'est pas que la jeunesse manque d'inspiration, c'est plutôt qu'on ne lui a jamais parlé d'une alternative sur le plan spirituel. C'est aussi la raison pour laquelle je suis inquiet.

Peut-on parler d'un complot contre l'humanité?

Je ne sais pas s'il faut parler de complot, mais il est évident qu'il existe des intérêts qui visent à endormir doucement l'humanité... Les gens sont amenés à vivre isolés les uns des autres, et à cultiver la valeur de l'argent. Le monde entier fonctionne selon le rêve américain. Ce rêve est tout sauf un rêve de solidarité, c'est le culte de l'accumulation des dollars.

Ce n'est pas le mérite et la liberté d'entreprendre qui sont valorisés, c'est le « moi, d'abord » et le «je suis meilleur que l'autre ». Cette logique de compétitivité aboutit à l'oubli total d'une autre valeur, la justice sociale, expression de moins en moins évoquée.

La suite de l'interview se trouve dans le post suivant.

SOS-planete





Auteur : Propos recueillis par Pryska Ducoeurjoly pour NEXUS

Source : www.terresacree.org

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