Insecticide chlordécone : rôle reconnu dans l'apparition du cancer de la prostate - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 24/06/2010 à 21h35 par Tanka.


INSECTICIDE CHLORDÉCONE : RÔLE RECONNU DANS L'APPARITION DU CANCER DE LA PROSTATE

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Insecticide chlordécone : rôle reconnu dans l'apparition du cancer de la prostate

Durant vingt ans, de 1973 à 1993, un insecticide organochloré, appelé chlordécone, fut utilisé massivement dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique pour lutter contre le charançon de la banane. Entraînant une contamination massive et durable des sols, des eaux de rivière et des sédiments, il fut interdit en métropole dès 1990 mais bénéficia d'une dérogation en Guadeloupe et en Martinique, avant d'y être également prohibé en1993.

Classé comme « cancérogène possible pour l'homme » par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), le chlordécone dispose d'un profil toxicologique clairement défini, même si toutes les incertitudes le concernant n'ont pu être totalement levées. Est ainsi attestée sa toxicité neurologique et reproductive. Possédant des propriétés hormonales, et notamment oestrogènes, il est effectivement reconnu comme étant un perturbateur endocrinien.

Mais, à l'heure où ces interdictions furent décrétées, jugées bien trop tardives par nombre de contestataires, la pollution de l'environnement était d'ores et déjà installée, suscitant des doutes croissants quant à l'exposition chronique des populations environnantes. Aujourd'hui, la Martinique et la Guadeloupe sont toujours sous le joug de cette pollution persistante. Sur ces deux îles, où vivent environ 800 000 personnes, on évalue la superficie des terres potentiellement contaminées entre 20 000 et 30 000 hectares.

Il s'agit essentiellement de bananeraies dont certaines ont été rendues à la culture vivrière.

De la découverte de la contamination des milieux par le chlordécone, naquit une vive polémique, encore en vigueur aujourd'hui.

Outre une inquiétude légitime de la part des populations, une incompréhension et une suspicion générales s'instaurèrent concernant les conditions discutables dans lesquelles cette substance fut autorisée, « le retard pris dans la révélation de la contamination, les modifications successives des règles de gestion des aliments contaminés, ainsi que les difficultés de mesurage qui ne permettent pas de dire clairement ce qui est sain et ce qui est contaminé ».

En effet, comme le souligne l'InVS (1), la situation actuelle s'avère particulièrement préoccupante en raison de la pollution chronique de la chaîne alimentaire, « mettant en cause tout particulièrement, mais pas exclusivement, le chlordécone ».

De fait, si par le passé les voies respiratoire et cutanée représentaient des modes de contamination non négligeables, l'exposition alimentaire (eau et aliments) constitue désormais la principale source d'exposition au chlordécone. D'après le MRDGF (2), « 13000 individus absorbent chaque jour, en mangeant des légumes qu'ils cultivent, une quantité de chlordécone dépassant la valeur toxicologique de référence: 0,5µg/kg/j ».

En 2007, le Pr. D. Belpomme réalisait un « Rapport d'expertise et d'audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique », dans lequel il présentait les pesticides organochlorés dont le chlordécone comme une cause majeure des cancers de la prostate observés dans les Antilles Françaises. A l'époque, ce rapport fut vivement décrié et dénigré.

Toutefois, une nouvelle étude est récemment venue appuyer le discours tenu par le rapport Belpomme. Dénommée « Karuprostate » (3), cette étude épidémiologique évalua, entre 2004 et 2007, l'exposition au chlordécone chez plus de 600 hommes atteints d'un cancer de la prostate ainsi que chez plus de 600 hommes sains. Publiés le 21 juin dernier dans le Journal of Clinical Oncology, les résultats révèlent que le chlordécone est responsable d'un accroissement significatif du risque de cancer de la prostate, lequel représente 50 % de l'ensemble des cancers dépistés en Guadeloupe et à la Martinique.

Comme suspecté, ce constat tiendrait bien plus à la consommation de produits alimentaires contaminés qu'à la manipulation de la molécule par les ouvriers agricoles.

Pour en savoir plus sur la situation planétaire

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Auteur : Cécile Cassier

Source : www.echo-nature.com