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Cette actualité a été publiée le 25/03/2011 à 21h28 par Tanka.


HUBERT REEVES : "IL FAUT ENGAGER UNE MUTATION ÉNERGÉTIQUE MONDIALE"

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Hubert Reeves : "il faut engager une mutation énergétique mondiale"

 
L'astrophysicien Hubert Reeves, 78 ans, a longtemps été favorable à l'énergie nucléaire.

Puis, de nombreuses raisons l'ont fait changer d'avis. Devenu en 2001 président de la ligue Roc pour la préservation de la faune sauvage, fondée par Théodore Monod, il explique à La Vie pourquoi le nucléaire est, à son avis, une énergie trop dangereuse pour être confiée à des humains. Et surtout pourquoi un débat sur «une mutation énergétique» à l'échelle de la planète est devenu indispensable.

Que vous inspirent les événements qui se déroulent actuellement au Japon ?

C'est la prise de conscience du rôle des erreurs humaines dans le contexte nucléaire. On peut développer les systèmes de sécurité les plus efficaces contre les erreurs techniques, on n'est jamais à l'abri des erreurs humaines. Les principaux accidents nucléaires – Three Miles Islands (1979), Tchernobyl (1986) – ont été provoqués par des erreurs humaines.

Le nucléaire exige une sécurité sans faille. C'est une technologie «pour les anges», mais trop dangereuse pour les faillibles humains si facilement négligents quand la routine s'installe, quand la surveillance se «fonctionnarise».

À cela s'ajoute, et c'est ce que les événements de Fukushima nous rappellent, l'appât du gain financier sous forme d'économies. Comment expliquer que des ingénieurs, parmi les meilleurs de la planète, se soient contentés d'un mur de sécurité de moins de sept mètres de hauteur contre les tsunamis, dans une des régions les plus exposées aux risques sismiques de la planète ? Avait-on oublié les vagues de plus de vingt mètres des tsunamis précédents ? Rappelons que le terme tsunami est un mot japonais.

Comme pour n'importe quel projet de ce type, la question de la sécurité a sans doute été discutée au moment de l'évaluation des devis pour la construction des centrales. On l'évalue en termes de probabilité d'un accident. Il n'existe pas de risque zéro. Mais en pratique, comment prend-on la décision ? C'est là qu'intervient le conflit entre la sécurité et le profit. Ici on a favorisé le profit.

On a joué et on a perdu, en livrant des dizaines de millions de personnes aux aléas des mouvements géologiques et des vents.

De telles erreurs sont possibles et de tels malheurs arrivent dans bien d'autres contextes. La différence, c'est que ces accidents n'ont pas nécessairement une incidence planétaire. Ils ne mettent pas en danger la vie de milliers de personnes. Ce conflit entre la sécurité et le profit est pour moi une des raisons pour laquelle je pense que le nucléaire est une activité trop dangereuse pour être confiée aux « humains trop humains » (pour reprendre l'expression de Nietzsche). On ne laisse pas les enfants jouer avec les allumettes.

Vous racontez dans votre livre Mal de Terre (2003 ) que vous étiez d'abord favorable à l'énergie nucléaire, mais que vous avez changé d'avis. Pourquoi ?

Le nucléaire, ce n'est pas le diable en soi, mais c'est une technologie qui doit être sans faille. Regardez ce qui est arrivé à la Nasa : toute la technologie dont elle disposait ainsi que son expérience n'ont pas pu empêcher l'explosion d'une de leurs fusées. Sauf qu'avec l'énergie nucléaire, les dommages peuvent se compter en milliers de morts.

Regrettez-vous d'avoir accepté, en 2007, que le nucléaire ne figure pas au menu du Grenelle de l'Environnement ?

Non, car c'était un choix stratégique de la ligue Roc et des autres associations environnementales. À vouloir aborder tous les sujets lors de ce Grenelle, nous n'aurions rien obtenu. Maintenant, avec les événements du Japon, il faut en débattre, comme cela avait été promis, et savoir tirer les leçons de Fukushima.

Ainsi, quand le président Sarkozy affirme que pour chaque euro dépensé pour le nucléaire, il faut mettre un euro pour les énergies renouvelables, j'ai envie de lui répondre : non, c'est 100 euros qu'il faut investir pour le solaire et l'éolien.
 

 
Vous souhaitez un débat planétaire sur les avantages et les risques de chaque source d'énergie...

Nous doublons notre quantité d'énergie consommée tous les vingt-cinq ans. Si nous continuons au même rythme, il n'y aura aucune solution possible pour les 7 milliards d'hommes que nous sommes, et bientôt les 10 milliards. Avant toute chose, il faut donc revenir à une attitude plus frugale, sobre, éviter le gaspillage. Ensuite il faut choisir une énergie propre à l'échelle de temps de l'humanité (qui existe déjà depuis plus de deux cent mille ans !). Et donc engager une véritable mutation énergétique, en prenant en compte deux critères essentiels.

Le premier critère, c'est la durabilité. Pour ne pas renouveler l'erreur du pétrole, sur lequel on a tout misé alors qu'il ne dépassera pas le XXIe siècle. Les réserves pour le nucléaire sécurisé (celui des centrales actuelles), ne dureront guère plus longtemps. Quant aux surgénérateurs, encore loin d'être sécurisés, on parle au mieux de cinq mille ans. Et la fusion de l'hydrogène a une rentabilité encore trop hypothétique pour l'inclure dans une politique énergétique réaliste et responsable.

Le second critère, c'est le côté fonctionnel et sécuritaire en évaluant à chaque fois le capital bénéfice/risque. Le nucléaire peut être mis à l'abri des erreurs techniques mais pas des erreurs humaines.

Pour ces deux raisons cumulées, je ne vois pas d'autres solutions que de miser sur l'ensemble des énergies renouvelables, en particulier le solaire, durable encore pour cinq milliards d'années. Il faut éviter l'attitude irresponsable du «après moi le déluge».

Les énergies renouvelables ont aussi leur talon d'Achille...

On est encore loin de l'efficacité requise pour les besoins de l'humanité. Mais, raison de plus pour investir massivement dans la recherche et le développement de l'énergie solaire. Car le soleil nous envoie 10.000 fois ce que nous consommons comme énergie chaque jour. En parallèle, rappelons que l'exploitation des gaz de schiste et des sables bitumineux va à l'encontre de la diminution impérative des gaz à effet de serre responsables du réchauffement planétaire, qui est au coeur de nos inquiétudes contemporaines.

 

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Auteur : Olivier Nouaillas

Source : www.lavie.fr