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Cette actualité a été publiée le 01/01/2011 à 15h13 par Tanka.


FRUITS ET LÉGUMES CUITS AU MENU DE NEANDERTAL

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Fruits et légumes cuits au menu de Neandertal

A chaque découverte des gratteurs de fossiles, l'homme de Neandertal, notre lointain cousin disparu voilà 30 000 ans, se rapproche un peu plus de nous. Etude après étude, ses oripeaux de rustre mal dégrossi, grand dévoreur de viande aux manières primitives, tombent en lambeaux. Laissant apparaître un homme différent mais, sur bien des plans, pas moins "civilisé" que Sapiens. Auquel, on le sait depuis peu, il a du reste transmis par croisements une petite partie de son patrimoine génétique.

Le travail d'une équipe de paléoanthropologues de Washington et de Panama, publié dans les comptes rendus de l'Académie des sciences américaine (PNAS) du 27 décembre, apporte une nouvelle pierre à cette réhabilitation. Il montre que Neandertal, tout comme l'homme moderne, se nourrissait aussi de plantes et de fruits. Mieux encore, qu'il les cuisait. Et que ces pratiques impliquaient une grande faculté d'adaptation.

Notre parent archaïque a longtemps été réputé avoir une alimentation presque exclusivement carnée, que lui fournissait la chasse des grands mammifères. Il ne goûtait guère, pensait-on, le petit gibier (plus difficile à capturer), les poissons et les coquillages, ni, surtout, les végétaux. Ce régime peu diversifié est l'une des explications parfois avancées pour expliquer pourquoi, après avoir peuplé l'Europe et une partie de l'Asie pendant près de 300 000 ans, il s'est lentement effacé devant l'homme moderne - c'est-à-dire nous -, capable de tirer davantage de calories de son environnement.

Des indices de l'utilisation de végétaux avaient déjà été repérés sur plusieurs sites néandertaliens. Sans que leur présence dans les sédiments puisse être formellement associée à leur consommation.

Cette fois, les chercheurs ont trouvé des témoins irréfutables : sept dents (trois molaires, deux prémolaires, une canine et une incisive) appartenant à trois squelettes retrouvés dans deux dépôts de restes néandertaliens bien connus. Le premier en Irak, dans la grotte de Shanidar, sur les contreforts des monts Zagros. Le second en Belgique, dans la grotte de Spy, dans la province de Namur. Deux sites dont les ossements sont respectivement datés de 46 000 et 36 000 ans.

Ces dents sont couvertes de tartre (ou calcul) et, décrivent les auteurs, ces dépôts calcifiés sont de très efficaces pièges à particules alimentaires microscopiques, parfaitement conservées. De minuscules fragments de ces plaques dentaires ont été prélevés, passés dans une microcentrifugeuse et examinés au microscope. Résultat : ils recèlent des grains d'amidon et des phytolithes (concrétions de cellules végétales) provenant de différentes plantes, graines et fruits. On y trouve notamment des résidus de dattes, de légumineuses, de graminées (dont des variétés proches de l'orge actuel et du sorgho), ainsi que de rhizomes (partie souterraine de la tige) de nénuphars.

"On savait déjà, par les analyses biochimiques, que les néandertaliens - comme d'ailleurs les premiers Sapiens - se nourrissaient principalement de viande, mais pas uniquement. Aucun individu n'a une alimentation à 100 % carnée", commente Marylène Patou-Mathis, archéozoologue au Muséum national d'histoire naturelle de Paris et spécialiste de l'alimentation préhistorique. Mais c'est la première fois qu'est apportée une preuve directe que les végétaux figuraient aussi au régime de ces omnivores.

Ce n'est pas tout. L'inspection dentaire montre que beaucoup de ces résidus ont subi des transformations dues à une cuisson. Les végétaux, pensent les auteurs, devaient être bouillis dans l'eau plutôt que grillés sur les braises.

Pour Marylène Patou-Mathis, il ne s'agit pas d'une surprise : "Neandertal maîtrisait le feu et les ossements animaux retrouvés dans de nombreux foyers attestent qu'il savait cuire la viande", rappelle-t-elle. La démonstration est faite qu'il procédait de même pour l'accompagnement de légumes.

Ces conclusions sont d'autant plus marquantes qu'elles proviennent de deux sites géographiquement très éloignés, aux contextes environnementaux et climatiques différents. Et de deux groupes de néandertaliens bien distincts, l'un proche-oriental, l'autre occidental. Elles appellent bien sûr une certaine prudence, trois individus et sept dents ne constituant pas un échantillon représentatif de toute une population.

Pour les auteurs, il est clair néanmoins que Neandertal faisait preuve de "sophistication" dans son régime et "consacrait du temps et de l'énergie à préparer des aliments à base de végétaux, pour les rendre plus comestibles et améliorer leurs qualités nutritionnelles".

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Auteur : Pierre Le Hir

Source : www.lemonde.fr