Dette écologique : qui va payer l'addition ? - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 17/11/2011 à 00h50 par Kannie.


DETTE ÉCOLOGIQUE : QUI VA PAYER L'ADDITION ?

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Dette écologique : qui va payer l'addition ?

 

Alors que la dette financière des Etats fait la une de l'actualité, une autre dette, plus discrète mais malgré tout importante, se cherche une place dans les grands enjeux internationaux : il s'agit de la dette écologique, concept selon lequel l'industrialisation des pays développés, et les dommages environnementaux qu'elle a entraînés, les rendrait redevables vis-à-vis des pays en voie de développement.

Une dette qui pourrait donc accroître encore davantage la dépendance financière du Nord vers le Sud.

Eloi Laurent, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et professeur à Sciences Po, soulève les enjeux de cette notion, à deux semaines de l'ouverture du sommet de Durban sur le climat, et alors que la région Ile-de-France y a consacré un colloque, lundi, avec Sciences Po et l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Quelle définition donnez-vous à la dette écologique ?

Eloi Laurent : Il y a de nombreuses définitions possibles, il faut donc choisir. Une définition générique repose sur le constat de l'inégale répartition des coûts économiques et humains des crises écologiques entre des pays qui n'y ont pas également contribué. L'idée centrale est ici que ces coûts sont, dans le processus de développement économique, déplacés de pays riches qui ne veulent pas en assumer la responsabilité vers des pays pauvres qui ne peuvent pas en assumer les conséquences.

Toutefois, la notion de dette écologique, mobilisée dans les forums internationaux depuis une trentaine d'années, souffre d'avoir été conçue au départ comme une contre-mesure à la dette financière des pays latino-américains : certes, ont plaidé ces pays dans les années 1980, nous vous devons des dollars mais vous, pays riches, vous nous devez le trou de la couche d'ozone.

Qui est vraiment le créancier de l'autre ? C'est le péché originel de la notion de dette écologique, ce qui l'a d'emblée plombé et qui la rend aujourd'hui encore plus fragile, compte tenu du grand renversement de l'endettement mondial auquel nous assistons.

Que représente-t-elle précisément pour les pays développés ?

Eloi Laurent : Au sens strict, elle représente la reconnaissance d'une responsabilité à l'égard de pays plus pauvres. Quand nous portons secours à Haïti parce que ce pays dispose de capacités institutionnelles très faibles face aux catastrophes qu'il doit fréquemment affronter, nous nous acquittons d'une forme de dette écologique.

De façon plus précise, mais aussi beaucoup plus douteuse, on peut envisager cette responsabilité de manière rétrospective, par exemple en matière de changement climatique ; on parle alors de "responsabilité historique".

Mais la notion, qui implique l'idée de réparation, devient très délicate à manier. La Convention des Nations unies sur les changements climatiques ne reconnaît d'ailleurs pas cette "responsabilité historique" des pays riches, mais évoque une "responsabilité commune mais différenciée".

C'est à mes yeux le véritable sens de la dette écologique : non pas la reconnaissance d'une faute des uns envers les autres, mais celle d'une erreur collective dans notre stratégie de développement, d'une co-responsabilité différenciée et d'une solidarité commune à laquelle chaque pays est appelé à être associé selon ses besoins et ses capacités. A cette lumière, la responsabilité des Etats-Unis depuis dix ans dans le blocage des négociations climatiques est écrasante.

Comment définir la dette écologique dans le temps alors qu'il s'agit d'un concept mouvant, appelé à évoluer ?

Eloi Laurent : On voit très bien à quel point la Chine change la donne, dans le temps et l'espace : elle a émis quatre fois moins de gaz à effet de serre que les Etats-Unis depuis la révolution industrielle si on prend comme référence le début des années 2000, mais d'ici à 2050, si elle poursuit sur sa trajectoire, elle en aura émis autant.

Dans le même temps, une équipe de Stanford a montré que les flux de dioxyde de carbone de la Chine vers les Etats-Unis atteignent près de 350 millions de tonnes, du fait des importations américaines en énergie, biens et services, soit à peu près autant que les émissions liées à la production en France. Comment calcule-t-on alors la dette écologique des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine ?

Ce qui ne veut pas dire que les principes qui fondent le concept de dette écologique doivent être abandonnés : les enjeux de justice sont au coeur de tous les débats écologiques et il y a des inégalités environnementales considérables entre les nations et au sein des nations, il faut les mesurer pour les combattre. Mais on ne le fera qu'en se tenant éloigné de tout discours simpliste, car la justice, en particulier entre les nations, est un art incroyablement difficile.

Quelle somme cette dette représente-t-elle donc, et comment la calculer ?

Eloi Laurent : Dans un article paru en 2008 dans la revue PNAS, qui est à ce jour l'exercice le plus complet sur la notion de dette écologique, Thara Srinivasan et ses co-auteurs se sont efforcés d'évaluer sur la période 1961-2000 la répartition des coûts environnementaux en distinguant trois types de pays selon leur niveau de développement.

Le calcul, forcément discutable, montre que les pays pauvres supportent la même part "brute" des coûts environnementaux globaux que les pays riches (20 %) tandis que les pays à revenus intermédiaires supportent 60 % des coûts.

Mais une fois ces coûts pondérés par leur poids réel compte tenu du niveau de développement des pays qui les assument (ce que l'on pourrait appeler le "coût net"), la répartition devient : 45 % pour les pays pauvres, 52 % pour les pays intermédiaires et seulement 3 % pour les pays riches. Qui plus est, plus de la moitié de ces coûts environnementaux pour les pays pauvres proviennent de l'activité des autres catégories de pays.

On peut également prendre la perspective inverse, celle de l'inégale répartition des bénéfices environnementaux dans le monde. Une étude de 2009 a ainsi montré qu'un Européen consomme 43 kg de ressources naturelles par jour, un Américain 88 kg et un Australien 100 kg contre 34 kg pour un Sud-Américain, 14 kg pour un Asiatique et 10 kg pour un Africain.

 
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Pour lire la suite de cet article de Audrey Garric, publié par lemonde.fr, cliquer ICI

 

Eloi Laurent est l'auteur de Social-écologie (Flammarion, 2011) et a dirigé Economie du développement soutenable, en libre accès.

 

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Auteur : Audrey Garric

Source : ecologie.blog.lemonde.fr