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Cette actualité a été publiée le 26/10/2010 à 13h57 par Tanka.


DES INDUSTRIELS EUROPÉENS MANOEUVRENT CONTRE LA LOI SUR LE CLIMAT

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Des industriels européens manoeuvrent contre la loi sur le climat

Le climat a aussi ses révélations fracassantes façon WikiLeaks. Hier, le Climate Action Network Europe a publié un rapport révélant que des fleurons de l'industrie européenne, dont les Français Lafarge et GDF-Suez, finançaient des sénateurs américains niant les dangers du changement climatique.

Selon ce document, les plus gros pollueurs européens ont ainsi versé 306 000 dollars en 2010 à des élus climato-sceptiques ou opposés à la loi Cap and Trade sur le climat aux Etats-Unis. Sébastien Blavier, responsable du pôle international du Réseau Action Climat France, explique la manière dont l'enquête a été menée.

A partir de quelles sources avez-vous réalisé ce rapport ?

Sébastien Blavier : Nous nous sommes basés sur les chiffres publiés en octobre par la commission fédérale électorale américaine, à l'occasion des élections de mi-mandat du 2 novembre, et rendus visibles par le site Internet OpenSecrets.

Ils détaillent les sommes reçues par chaque sénateur et le nom du donateur, conformément à la politique de transparence américaine sur le financement des élus. Ces financements sont limités, pour chaque sénateur, à 5 000 dollars par élection et 15 000 dollars dans l'année pour la même entreprise.

Nous avons ensuite réalisé une liste d'une quarantaine de sénateurs avérés climato-sceptiques ou opposés à la loi américaine sur le climat, à partir de leurs prises de parole publiques et des études d'ONG américaines.

Nous avons alors observé que ces sénateurs ont reçu, en 2010, 306 000 dollars (220 000 euros) de la part des industriels européens, soit 80 % des financements de ces entreprises à la campagne de mi-mandat américaine. Le plus généreux donateur est Bayer avec 108 100 dollars, suivi par BASF avec 61 500 dollars. Lafarge et GDF-Suez ont, eux, versé respectivement 34 500 et 21 000 dollars.

Comment établir un lien avéré entre le financement de ces sénateurs et leur positionnement climato-sceptique ?

Sébastien Blavier : Il était impossible pour ces entreprises les plus polluantes d'Europe - EON, BP, BASF, Bayer, Solvay, Arcelor-Mittal, Lafarge et GDF-Suez - d'ignorer le positionnement de ces sénateurs lorsqu'elles ont subventionné leur campagne. Et il est certain qu'elles les ont choisis notamment parce qu'ils sont opposés à toute évolution en matière climatique aux Etats-Unis.

Ces entreprises européennes refusent le passage de 20 à 30 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020. Les arguments qu'elles y opposent sont ceux d'une prétendue concurrence par rapport aux autres pays non soumis à ces objectifs et l'idée qu'il ne faut rien faire avant toute action des Etats-Unis.

Ces industriels ne se contentent donc pas de manoeuvrer contre un engagement plus ambitieux de l'Europe en la matière : elles bloquent aussi les ambitions des Etats-Unis.

Cette action de lobbying s'explique en partie par les profits que les industriels européens réalisent grâce au laxisme du marché européen de quotas d'émissions. L'ONG Sandbag a ainsi évalué que, grâce au surplus de quotas dont elles ont bénéficié en raison d'objectifs de réduction des émissions insuffisants - et une production inférieure à celle prévue avec la crise -, les entreprises devraient réaliser 18 milliards d'euros de gains entre 2008 et 2012, dont 330 millions d'euros pour le cimentier Lafarge.

Comment s'opposer à un tel lobbying, aux Etats-Unis mais aussi en Europe ?

Sébastien Blavier : Nous demandons à ces entreprises, et en particulier à GDF-Suez et Lafarge, de s'engager publiquement à ne plus financer des opposants aux politiques climatiques, afin de montrer qu'elles développent une réelle responsabilité sociale d'entreprise. L'Etat français devrait aussi demander aux entreprises dans lesquelles il bénéficie de minorités de blocage, comme EDF, de cesser ce genre de subventions. Enfin, il serait bon de disposer de tels chiffres en matière de financement des campagnes politiques en Europe.

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Auteur : ecologie.blog.lemonde.fr

Source : ecologie.blog.lemonde.fr