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Cette actualité a été publiée le 01/01/2011 à 15h01 par Tanka.


DES BOUES ROUGES AU LARGE DES CALANQUES

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Des boues rouges au large des Calanques

Enquête - Pataquès en Méditerranée. En cause : une usine d'alumine qui déverse des millions de tonnes de rejets en mer près de Cassis. Des scientifiques qui assurent que l'impact sur l'environnement est faible. Et des questions sans réponses.

Depuis 1893, les trottoirs et les maisons de Gardanne dans les Bouches-du-Rhône sont recouverts d'une couche de poussière ocre. La faute à l'usine d'alumine qui trône en plein centre-ville.

La gigantesque carcasse métallique fait partie du paysage pour les 20 000 habitants de la ville mais après la récente catastrophe industrielle en Hongrie, les craintes autour des boues rouges ont resurgi. Car Gardanne est la seule usine en France à produire ce type de résidus industriels et toxiques.

Mais « le stockage se fait sous une forme beaucoup moins liquide qu'en Hongrie », a aussitôt rassuré le cabinet de la secrétaire d'Etat à l'Ecologie d'alors, Chantal Jouanno. Surtout, l'essentiel des résidus n'est pas stocké à terre, mais rejeté en mer ! Un pipeline de 55 km de long les conduit en effet dans une fosse de 2 400 mètres de profondeur au large de Cassis, dans une zone Natura 2000 au coeur du futur parc national des Calanques. Une situation qui ne fait pas que des heureux.

Cette solution, adoptée dans les années 1960 alors que l'espace manquait à Gardanne, a un énorme avantage : elle coûte 15 fois moins cher qu'un stockage au sol. Un argument de poids dans une ville où l'usine est le premier employeur, avec actuellement 700 salariés dont 200 en sous-traitance.

Si elle ne pèse pas lourd dans les 9 millions de tonnes produites par an par le groupe Rio Tinto, propriétaire de l'établissement, c'est le n°1 européen pour les alumines techniques, très demandées dans l'industrie de pointe. Extraite de la bauxite, l'alumine permet de fabriquer de l'aluminium mais aussi des écrans plasma, des plaques à induction et même de la lessive.

L'usine affiche un chiffre d'affaires de 250 millions d'euros annuels mais aussi 240 000 tonnes de résidus rejetés en pleine mer en 2008.

Records français pour l'arsenic, le zinc, le nickel...

A Cassis, les maires successifs et les riverains sont amers. « Le canyon sous-marin a été sacrifié », déplore Yves Lancelot, océanographe à la retraite et président du collectif associatif « La Ciotat Coeur de Parc ». Il s'inquiète aussi de la dispersion des métaux lourds rejetés. En 2004, l'usine était en effet championne d'Europe de la pollution des eaux au plomb et au chrome.

Elle truste régulièrement les records français pour l'arsenic, le zinc, le nickel, le cuivre et le titane. Les boues sont retrouvées jusqu'à 60 kilomètres face à la conduite et l'on ignore jusqu'où le courant les emporte.

« Ce que voit l'animal ou le végétal, ce n'est pas un tonnage par an. Il faut raisonner en termes de concentration dans et autour du rejet » et d'espèces chimiques sous lesquelles ces métaux sont présents, nuance Jean-Charles Massabuau, écotoxicologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de Bordeaux. Mais la suite est plus prudente : « L'erreur est peut-être de croire que parce qu'il y a un grand fond, on rejette dans l'infini. Et il n'est pas évident que cela soit fixé pour l'éternité ». Car une fois au fond, les boues sont susceptibles de subir des modifications chimiques.

D'autres voix en Australie et en Irlande

En Australie, pays riche en bauxite, le CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation), le CNRS local, évoque une « libération potentielle de métaux toxiques » et des « effets à court et long terme inconnus sur les écosystèmes en général et la chaîne alimentaire en particulier ». Un avis partagé par Fouad Abousamra, chargé de la pollution de la Méditerranée au Programme des Nations unies pour l'environnement. Côté industriels, la compagnie irlandaise Aughinish Alumina a, elle, écarté cette solution en citant des études concluant à la toxicité des boues pour le milieu marin.

Pourtant, à Marseille, Rio Tinto et les services de l'Etat sont catégoriques : il n'y a aucun « effet toxique sur la faune » ni « risque sanitaire » concernant la chaîne alimentaire, assure Laurent Roy, à la tête de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement. Avec à l'appui les travaux d'un comité scientifique de suivi créé en 1995 et composé de six chercheurs « reconnus et indépendants », insiste-t-il. Celui-ci reconnaît en revanche que « les animaux sont absents » dans l'axe du canyon, recouvert en permanence par l'écoulement du tuyau.

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Auteur : terra-economica.info

Source : www.terra-economica.info