Dans l'île de La Réunion, une "mouche bleue" provoque la colère des apiculteurs - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 21/09/2009 à 15h25 par Tanka.


DANS L'ÎLE DE LA RÉUNION, UNE "MOUCHE BLEUE" PROVOQUE LA COLÈRE DES APICULTEURS

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Dans l'île de La Réunion, une "mouche bleue" provoque la colère des apiculteurs

Information recueillie par Tanka.

A Sainte-Anne, dans l'est de La Réunion, Jean-François Acquier montre d'un geste impuissant un litchi en pleine floraison : des nuées d'insectes bleu métallique - des tenthrèdes (Cibdela janthina) - s'agitent parmi ses fleurs. Quasiment aucune abeille n'est en vue. Pour le président de l'Association de développement de l'apiculture (ADA) locale, il ne fait pas de doute que la "mouche bleue", comme on l'appelle ici, va causer une chute importante de rendement à la prochaine miellée. Le même phénomène que pour la précédente, en avril : celle de baies roses (faux poivrier), où le syndicat apicole a estimé la perte à plus de 70 %.

Plus tôt, en début d'année, c'est le miel de forêt qui a eu, le premier, à pâtir de la tenthrède. Mais là, rien d'étonnant : la vigne marronne (Rubus alceifolius), qui fournit une partie de son nectar, est précisément l'ennemi que la tenthrède est chargée de combattre. Apparue dans l'île au XIXe siècle, cette ronce est devenue une redoutable espèce envahissante, proliférant dans les forêts, où elle empêche la régénération des plantes indigènes. Les limites des traitements mécaniques et les dangers des pesticides ont incité le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) à privilégier la lutte biologique. Soutenu par la région, un projet de recherche a été lancé en 1997. Les scientifiques ont cherché un agent de lutte dans le Sud-Est asiatique, d'où est originaire la vigne marronne. Ils ont fini par sélectionner Cibdela janthina, car l'insecte ne s'en prend qu'à cette plante.

"SIMPLE PLEIN D'ESSENCE"

Après de longs essais en laboratoire, puis d'ultimes tests sous serre avec des insectes provenant de Sumatra, la préfecture, sur avis du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN), autorisait les premiers lâchers en milieu naturel. Ils ont eu lieu en 2008 sur deux sites de l'est. Entre-temps, la région, au vu des réserves formulées par un organisme sollicité pour une contre-expertise, se retirait du financement du projet. Les effets de la tenthrède sur la vigne marronne se sont révélés plus rapides que prévu ; ils s'observent déjà sur une grande partie de la région est. Au point que, faute d'une restauration écologique menée dans la foulée, les zones débarrassées de la ronce voient s'installer d'autres pestes végétales.

Les interactions entre tenthrèdes et abeilles font débat entre scientifiques et apiculteurs. Y a-t-il, comme l'affirment ces derniers, concurrence sur la ressource mellifère ? Aucunement, rétorque Jacques Rochat, vice-président du CSRPN : "La tenthrède prélève un simple plein d'essence là où l'abeille remplit un véritable camion-citerne." De plus, si les tenthrèdes commencent par avancer en un "front" dense en certains endroits, leur population se raréfie ensuite avec la disparition de la vigne marronne, assure l'entomologiste.

La pollinisation se trouve-t-elle perturbée, comme le soupçonnent les apiculteurs ? Non, répond Bernard Reynaud, du Cirad : "Aux endroits où il y a le plus de tenthrèdes, on observe déjà la pollinisation", constate-t-il. Son unité de recherche étudie actuellement plusieurs vergers de litchis, et suivra la production de miel. De son côté, l'Office national des forêts cherche une ressource à proposer comme alternative au raisin marron.

Très remontés, d'autant qu'ils ont déjà pâti de la lutte insecticide lors de l'épidémie de chikungunya en 2006, les apiculteurs viennent de déposer une requête au tribunal administratif. Ils réclament notamment des expertises indépendantes. "On a joué aux apprentis sorciers", fulmine Benoît Giraudet, président du syndicat, tandis que M. Acquier s'inquiète : "On n'a pas encore vu le vrai visage de la tenthrède."

Hervé Schulz (Saint-Denis de La Réunion, correspondant)