Crise du lait : et si la modernité, c'était l'élevage familial? (AVSF) - L'atelier

Retour : Accueil

Cette actualité a été publiée le 07/10/2009 à 21h56 par Jacques.


CRISE DU LAIT : ET SI LA MODERNITÉ, C'ÉTAIT L'ÉLEVAGE FAMILIAL? (AVSF)

  • Google+
  • FaceBook
  • Twitter
  • Linked in
  • Tumblr
  • Google+  FaceBook   Twitter
  • LinkedIn  Tumblr
SOMMAIRE de Demain l'Homme - Accès aux derniers articles quotidiens du module principal WikiSurTerre
Crise du lait : et si la modernité, c'était l'élevage familial? (AVSF)

Réflexion sélectionnée par Jacques

Alors que les producteurs européens demandent plus de régulation sur le marché du lait, l'Union européenne semble rester sourde à leurs demandes. Les petits éleveurs ouest africains, avec qui Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) travaille depuis 30 ans, connaissent cette situation depuis longtemps : ils peinent à vivre de leur activité, lourdement pénalisés par des importations à bas prix de poudre de lait en provenance des pays riches.

Les situations des éleveurs européens et africains sont loin d'être identiques, mais chacun lutte toujours plus âprement pour recevoir une rémunération décente pour son travail et la vente de ses produits. Pourquoi ? Les marchés européens et africains sont de plus en plus ouverts à une concurrence internationale qui met directement en compétition les producteurs laitiers du monde entier.

Or, un élevage familial, en Europe comme en Afrique, ne peut résister à la concurrence des élevages industriels des pays exportateurs, infiniment plus productifs, qui déversent leur production à bas prix sur les marchés internationaux.

La production laitière familiale, moins compétitive par actif, est par contre créatrice d'emplois et contribue au développement local des territoires et à la sécurité alimentaire des familles des régions productrices. Rappelons que sur les 1,02 milliard de gens qui souffrent de malnutrition dans le monde, 70% vivent en zone rurale sur de petites exploitations et tirent leur subsistance de l'agriculture.

Un éleveur laitier de Casamance (Sénégal) peut ainsi retirer plus de 100€ par mois de sa vente de lait, ce qui lui permet de constituer suffisamment de réserves en céréales pour sa famille. Enfin, la production familiale est plus respectueuse de l'environnement, moins gourmande en énergie et moins polluante qu'un modèle de production dit « moderne » (production industrielle, transformation en poudre de lait, transport international...).

Deux modèles de productions pour deux visions du monde : quels engagements politiques ?

En Europe, le démantèlement annoncé de la PAC en 2013 semble sonner le glas de la politique des quotas laitiers. Quel avenir y'a-t-il pour les exploitations laitières familiales sans quotas, alors que leur nombre a déjà été divisé par trois depuis 1984 (année de mise en place des quotas) ?

En Afrique, malgré la crise alimentaire qui menace toujours, les gouvernements privilégient les consommateurs urbains (suppression des taxes à l'importation de lait en poudre, suppression de la TVA sur le lait en poudre) au détriment d'un renforcement durable des filières locales, qui permettrait pourtant de sécuriser dans la durée leur approvisionnement en lait. La facture d'importation laitière du Sénégal dépasse désormais les 60 milliards de CFA, soit 92 millions d'Euros.

Les crises alimentaire et climatique que nous traversons doivent nous amener à nous interroger beaucoup plus fortement sur les moyens de diminuer notre dépendance vis-à-vis des importations, des énergies fossiles et d'encourager des modèles de production agricole plus durables.

L'histoire européenne et les 30 ans d'expériences d'AVSF démontrent que les élevages familiaux ont le potentiel pour répondre à la demande, pour peu qu'ils bénéficient d'un contexte favorable, en termes de structuration professionnelle (coopératives, interprofessions...) et de mécanismes de régulation.

Cela suppose une volonté politique forte, en Europe et en Afrique, de défendre un modèle de production respectueux de l'homme et de son environnement. Au-delà des discours, il faut désormais passer aux actes.