Copenhague, ton univers impitoyable - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 12/01/2010 à 09h11 par Tanka.


COPENHAGUE, TON UNIVERS IMPITOYABLE

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Copenhague, ton univers impitoyable

Information recueillie par Tanka

"Honnêtement, à qui pouvons nous faire confiance?" demande doucement l'homme face à la camera. A Copenhague, Selwin Hart, le négociateur de la Barbade défendait son «droit à la survie». Si la température grimpe au delà de 1,5°C son île risque de disparaître. Si? L'accord a minima dont a accouché le sommet sur le climat semble bien avoir scellé son sort, comme celui de toutes les petites îles.

Bienvenue dans un univers où à la fin «ce sont les gros qui mangent», comme le dit crûment Laurence Tubiana, membre de la délégation française. Il y a du sang et des larmes retenues dans Copenhague: chronique d'un accord inachevé, le documentaire de Jean-Philippe Amar qui s'est attaché à suivre neuf mois la négociatrice, fondatrice de l'Iddri (Institut des relations internationales et du développement durable) et mandatée par le Ministère des affaires étrangères, dans les sessions de Bonn et Bangkok... jusqu'à l'accouchement, décevant, de Copenhague. Sa mission? Aider le Maltais Michael Zammit Cutajar, déjà ancien rédacteur du protocole de Kyoto, à tisser patiemment un texte ambitieux -comme le voulait l'Europe- mais acceptable par tous.

Coup bas, intrigues, retournement de situation, pressions, discussions parallèles et nuits blanches jalonnent le feuilleton des négociations. La Chine révèlera-t-elle jusqu'où elle est prête à aller, condition sine qua non pour que les Américains ajustent leurs propositions? La présidente danoise des négociations réussira-t-elle son coup de force: imposer deux jours avant l'arrivée des chefs d'Etat un autre texte, très (trop?) favorable aux pays développés? Le négociateur soudanais, porte-parole du G77, sautant sur le prétexte, réussira t-il à faire capoter le sommet? Le Gabonais acceptera-t-il de revenir à la table des négociations, quoiqu'ulcéré, comme tous ses homologues des pays en développement, de n'avoir pas été consulté sur certains points? Les épisodes et rebondissements s'enchaînent, dans ce film coécrit par notre collaboratrice Elena Sender, grand reporter à Sciences et Avenir, avec Alexandre Soullier, qui l'a également produit.

A bien y regarder, dès la deuxième saison, la fin était écrite, révélant en filigrane la réalité des rapports de force. Dès Bangkok, en effet, les Américains prennent la main, marginalisant habilement les Européens, pourtant les seuls à mettre des objectifs chiffrés sur la table et à réclamer des fonds pour les pays les plus démunis. Inacceptable selon Laurence Tubiana, qui n'a plus qu'une idée, mettre la main sur le négociateur américain et le faire s'expliquer. Le tête-à-tête tendu qui s'ensuit avec Jonathan Pershing, le négociateur américain, en dit long sur les enjeux de politique intérieure, qui dominent finalement l'enjeu planétaire et environnemental.

Toutefois, les pays riches ne sont pas les seuls à défendre leurs intérêts nationaux, montre le documentaire. Ainsi Tosi Mpanu Mpanu, le négociateur de la République Démocratique du Congo, veut que son pays garde la souveraineté nationale sur ses forêts, qui jouent un rôle majeur dans l'absorption des gaz à effet de serre. Ne doivent-elles pourtant pas être considérées comme un bien mondial? «Je ne sais pas. Le pétrole d'Arabie saoudite appartient-il au monde entier?» fait mine de se demander cette fine mouche. Pourquoi son pays devrait-il renoncer à cette manne? Il peut être globalement satisfait: l'importance de préserver ce puits de carbone grâce à des subsides internationaux est finalement couchée dans l'accord final de Copenhague.

Les chefs d'Etat reprennent la main. Le «verrouillage d'Obama» impressionne les observateurs. Au total 28 Etats, émetteurs de 90% des gaz à effet de serre, accouchent d'un texte expurgé de tout objectif chiffré et de toutes contraintes. Pour autant, le travail préalable des négociateurs européens a-t-il été vain? Si ce camp volontariste n'avait pas exercé de multiples pressions, tracé des lignes rouges, donné un puissant écho aux besoins des pays les plus démunis alors le résultat de Copenhague aurait pu être beaucoup plus cynique et désastreux.

Source : tempsreel.nouvelobs.com

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