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Cette actualité a été publiée le 22/12/2009 à 17h41 par Tanka.


COPENHAGUE OU LA STRATÉGIE DU LIÈVRE...

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Copenhague ou la stratégie du lièvre...

Information recueillie par Tanka

Emettre moins de CO2 ne suffira pas si on ne s'y met pas tôt. Démonstration.

Le flop de Copenhague serait moins grave si la course contre le changement climatique pouvait être gagnée avec la stratégie du lièvre de la fable. Partir tard mais courir vite. L'ennui, expliquent climatologues et économistes spécialistes du sujet, c'est que seule la stratégie de la tortue, partir sans attendre, se révèle efficace contre la caractéristique commune au système climatique et à nos systèmes techniques : l'inertie.

Côté climat, cette inertie relève de la physique de base. Le moteur du changement, l'injection massive de gaz à effet de serre, ne fonctionne pas comme un accélérateur de voiture qu'il suffirait de cesser d'actionner pour réduire sa vitesse. Le principal des gaz émis, c'est le CO2. Or, sa «durée de vie» - le temps nécessaire à ce que la moitié du gaz injecté quitte l'atmosphère - est d'environ un siècle. L'effet climatique des émissions actuelles de CO2 persistera donc au moins un siècle.

Cette inertie du système climatique ne se limite pas au fonctionnement de son moteur, mais s'étend à ses réactions. Ainsi l'élévation du niveau marin par dilatation thermique, ou la réaction des calottes polaires à l'élévation de température se poursuivront plusieurs décennies après l'arrêt des émissions, et même après les stabilisations de la teneur atmosphérique en gaz à effet de serre et de la température de l'air.

Dizaines d'années. Hervé Le Treut, directeur du Laboratoire de météorologie dynamique (CNRS, Paris-VI, ENS, Polytechnique) résume ce problème ainsi : «Que le système climatique réponde avec lenteur ne doit pas être un prétexte pour retarder les mesures de réduction des gaz à effet de serre : cela réduit au contraire le temps qui reste pour agir.» (1)

Côté système technique, l'inertie n'est pas moins grande. La durée de vie des centrales électriques, des systèmes de transport et de chauffage, des usines de ciment ou des aciéries se compte en dizaines d'années. Tant que le signal prix (du marché ou par la taxation) et la réglementation ne défavoriseront pas de manière forte les technologies utilisant le carbone fossile relativement à des technologies non émettrices de gaz carbonique, le choix des investisseurs sera guidé par ce qui est le plus rentable dans l'immédiat, et le plus simple techniquement. Donc, charbon, gaz, pétrole. C'est le coeur de l'argumentation des économistes comme Jean-Charles Hourcade (Centre international de recherche sur l'environnement et le développement) ou Olivier Godard (Ecole Polytechnique) qui contestent à la fois l'approche cap and trade (plafonds d'émissions et marché de droits) et les discours d'économistes libéraux trop confiants dans les innovations technologiques futures.

Bon sens. La supériorité de la stratégie de la tortue est illustrée par un graphique du rapport «Copenhagen diagnosis». Il montre trois trajectoires d'émissions parvenant au même objectif - un maximum de 750 milliards de tonnes de carbone entre 2010 et 2050 - ce qui donne une chance raisonnable de ne pas dépasser les 2°C supplémentaires. La date du début de la réduction des émissions passe de 2011 à 2015 puis 2020. Le premier chemin permet d'utiliser encore du carbone fossile en 2050 et de ne diminuer nos émissions que de 3,7% par an. Le troisième suppose un arrêt complet des émissions en 2040, malgré une diminution de 9% par an.

Le bon sens populaire rejoint les climatologues et les économistes qui s'investissent depuis 1988 dans le travail du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) : c'est en s'y mettant vite que l'on peut espérer atténuer le changement climatique futur, et viser le moindre effort. En retardant les décisions, Copenhague fait le choix du lièvre. On sait comment finit la fable.

Par SYLVESTRE HUET - Libération

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