Conférence Erasme « Il faut donner au progrès scientifique un projet politique » - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 07/03/2010 à 11h42 par Tanka.


CONFÉRENCE ERASME « IL FAUT DONNER AU PROGRÈS SCIENTIFIQUE UN PROJET POLITIQUE »

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Conférence Erasme « Il faut donner au progrès scientifique un projet politique »

Invité, mercredi 10 mars, de la conférence Erasme, Axel Kahn est président de l'Université Paris-Descartes, médecin et généticien. Ancien président de la commission du génie biomoléculaire, il s'est régulièrement prononcé sur tous les sujets d'éthique.

Selon vous, le progrès est un idéal en crise. Pourquoi ?

Le Progrès avec un grand P est l'idée, née au XVII e siècle, selon laquelle les progrès de la connaissance et de la raison humaine entraîneront de manière nécessaire un progrès de la prospérité et des conditions d'épanouissement de l'homme. « L'espèce humaine marche d'un pas ferme et sûr dans la route de la vérité, de la vertu et du bonheur », disait Condorcet. Victor Hugo a ensuite défendu cette idée au nom de laquelle se sont faites les révolutions libérales du XIX e siècle, avant que le socialisme ne juge que le progressisme permettrait l'émergence d'un homme nouveau.

Puis on a vu que le progrès des sciences et des techniques a permis deux guerres mondiales, le Zyklon B utilisé à Auschwitz, la bombe nucléaire larguée sur Hiroshima. Aujourd'hui, les citoyens sont persuadés que le progrès est nécessaire, mais qu'il est responsable de la pollution, voire de la crise sociale et économique, puisque la mécanisation et l'informatisation font pression sur l'emploi. Il n'entraîne pas inéluctablement l'épanouissement de l'homme.

Ce doute n'est il pas une bonne nouvelle ?

Le doute en lui-même est sain, car le progrès des techniques ne garantit pas à coup sûr l'amélioration du bonheur humain. En France, une majorité de citoyens considère que les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne sont pas un progrès pour l'homme, que le réchauffement climatique est une conséquence de l'activité humaine. La société a perdu sa foi dans le progrès, et le nombre d'étudiants qui s'orientent vers les sciences exactes a baissé de 30 % en une dizaine d'années. Cependant, nous avons besoin de la science et des techniques. Ces dernières permettent de dégager des moyens pour l'amélioration du sort de l'humanité.

De fait, les OGM ne constituent aujourd'hui qu'un progrès pour les fabricants de pesticides comme Bayer ou Monsanto, qui vendent essentiellement des plantes résistantes à ces produits...

Comme tout produit, les OGM ne sont pas faits d'abord pour faire plaisir à la population, mais pour entraîner un retour sur investissement. Cependant, la transgénèse végétale peut en principe être une méthode intéressante pour obtenir des variétés qui répondent aux besoins des populations.

Il faut pour cela que des mécanismes solidaires permettent d'échapper à la pure logique de rentabilité maximale. Il est de même évident que pour des raisons commerciales, les marchands de médicaments font plus pour lutter contre l'obésité que contre la dénutrition.

Si nous voulons qu'il en soit différemment, il faut donner au progrès scientifique et technique un projet politique. Mais notre civilisation a cessé de fixer un objectif à ses actions.

Via l'autonomie des universités ou les pôles de compétitivité, tout est fait pour mettre la recherche au service de la croissance économique...

Ce n'est pas ma vision. Évidemment, si la recherche débouche sur des techniques et savoirs qui peuvent être facteurs de progrès économique, on ne doit pas se l'interdire. Mais c'est loin d'être là la seule justification des universités, seul lieu de civilisation qui perdure dans notre monde, où les opinions et les savoirs se confrontent les uns aux autres, aboutissant à des énoncés nouveaux.

La notion selon laquelle recherche et enseignement supérieur seraient les simples soutiers des technosciences est fausse. Bien entendu, certains politiques ont des visions plus libérales. Sans langue de bois, Nicolas Sarkozy voulait un modèle à l'américaine, modèle dont la crise a démontré les défauts. Mais cela ne condamne pas l'autonomie des universités, qui est pour moi la possibilité pour une communauté pluridisciplinaire de choisir son projet dans la collégialité et de le mettre en oeuvre de manière autonome.

«Le citoyen est légitime dans ses choix démocratiques, pas pour déterminer ce qui est probablement vrai ou faux dans la science»

Ne croyez-vous pas que la crise du progrès vient aussi du manque de débat démocratique sur les grandes orientations politico-scientifiques: nanotechnologies, nucléaire, OGM... ?

Non. Je suis d'accord qu'on ne doit pas remplacer la démocratie par la technocratie, et il faut un grand débat lorsqu'on se lance dans une politique énergétique de l'ordre de celle du nucléaire en France.

Par Simon Barthélémy - Source : lepays.fr


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Information recueillie par Tanka

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