Comment Monsanto transforme miraculeusement son soja OGM en soja « responsable » - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 13/07/2011 à 23h00 par Tanka.


COMMENT MONSANTO TRANSFORME MIRACULEUSEMENT SON SOJA OGM EN SOJA « RESPONSABLE »

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Comment Monsanto transforme miraculeusement son soja OGM en soja « responsable »

 
La production de soja « responsable » arrive sur le marché européen. Responsable ? Parce que certifié par la Table Ronde sur le Soja Responsable, lancée par le WWF. Une certification qui fournit aux entreprises une belle façade verte. Ou comment Monsanto, Glencore, Nestlé ou Carrefour, grâce à ce label, deviennent d'ardents défenseurs du développement durable, et pourraient toucher des « crédits carbone » pour une culture qui contribue à la déforestation, véritable désastre écologique et social en Amérique latine.

Monsanto n'a pas dû se faire prier. Quelle aubaine, pour le principal fournisseur de soja OGM en Amérique latine et dans le monde, de s'asseoir à la Table Ronde sur le Soja Responsable ! Désormais, le géant américain des OGM, à l'instar de Cargill, BP, ou Shell, participe à la culture d'un soja estampillé « responsable », dont les premières récoltes sont arrivées sur le marché européen en juin 2011 [1]. Glencore, modèle de l'entreprise « irresponsable », participe aussi à ce projet, tout comme Carrefour, Unilever ou Nestlé. Principaux usages du soja produit ? L'alimentation des animaux et les agrocarburants.

« Nous aidons les agriculteurs à cultiver leurs champs de façon soutenable [...] tout en réduisant aussi l'impact de l'agriculture sur notre environnement », affirme Monsanto sur le site de la table ronde. Peu importe que son soja Roundup Ready ait des effets désastreux sur l'environnement, la santé et les communautés locales où il est cultivé. Il sera labellisé « responsable ». Et risque, grâce à ce label, de gagner de nouvelles parts de marché.

« Pour les industries des OGM, il est très commode de s'asseoir autour de cette table ronde », explique Nina Holland, du Corporate Europe Observatory (CEO), un organisme qui observe le lobbying des entreprises auprès de l'Union européenne. « Cela vous apporte beaucoup de bénéfices sans que vous n'ayez à changer quelque chose. » Faire évoluer les pratiques, c'était pourtant l'objectif initial de la Table Ronde sur le Soja Responsable (RTRS), qui fixe quelques critères, comme « minimiser la pollution » ou « ne pas étendre les champs sur les forêts ».

Un désastre écologique et social

Lancée en 2006 par le WWF et COOP, une chaîne de supermarchés suisses, la RTRS vise à rassembler tous les acteurs de la culture du soja en Amérique latine. Pour 2.500 euros, des producteurs, des semenciers, des industriels, des financeurs, et, normalement, des membres de la société civile, siègent autour d'une même table pour « promouvoir la production d'un soja responsable, à travers la collaboration, le dialogue et le consensus ». « Tenter de les convaincre, et avec eux les autorités politiques des régions cultivées, de limiter les dégâts, d'adopter des critères de production "plus responsables", plus "propres", plus "développement durable" », écrit Jean-Stéphane Devisse, responsable des programmes du WWF France.

Une belle idée. Car la monoculture du soja en Amérique latine est un désastre. Environnemental, sanitaire, social. 90% des cultures de soja, en Amérique du Nord et en Argentine, sont OGM. Au Brésil, au Paraguay, en Uruguay et en Bolivie, les OGM sont aussi largement utilisés. Et 95% du soja OGM est du Roundup Ready, conçu pour tolérer l'herbicide à base de glyphosate. Le Roundup est aspergé par avion ou par « mosquitos » (d'énormes tracteurs) sur les cultures... et sur les communautés qui vivent au bord des champs.

D'autres pesticides sont également utilisés : le 2,4-D, l'atrazine et le paraquat (interdit dans l'Union européenne). Conséquences ? Les malformations des enfants à la naissance se multiplient, les taux de cancer explosent (ils ont été multipliés par trois entre 2000 et 2009 dans la ville de La Leonesa, en Argentine, où les cultures environnantes sont abondamment pulvérisées). La déforestation augmente, pour libérer de nouveaux espaces aux exploitations de soja. Et les animaux et insectes envahissent les champs des petits agriculteurs qui vivent à côté, les forçant à quitter leur exploitation et à rejoindre les bidonvilles des grandes métropoles sud-américaines.

Un nouveau label

En Argentine, le soja représente désormais plus de la moitié de la surface cultivée. Et les mauvaises herbes deviennent de plus en plus résistantes au Roundup, entraînant une baisse de la productivité. « Les industries des OGM comme Monsanto cherchent désormais à créer un soja résistant à d'autres herbicides comme le Dicamba, explique Nina Holland. Tout cela pour continuer le même système de production. »

Vidéo de présentation des enjeux de la RTRS

La Table ronde sur le Soja Responsable n'est pas la première initiative en matière de certification. Depuis 1998, IMCOPA, la plus grande entreprise de concassage de graines de soja au monde a fait le pari de la certification du soja non-OGM. « En relativement peu de temps, grâce à cette certification, IMCOPA a multiplié sa production par douze, se souvient Jochen Koester, le fondateur de TraceConsult, une agence de consulting et d'information qui s'intéresse au soja non OGM.

Depuis plusieurs années maintenant, environ 10% du total de la production brésilienne de soja ont été certifiés par ce label. » Ce label non-OGM rencontre ainsi une forte demande des consommateurs. En 2005, WWF lance les critères de Bâle qui doivent servir à « certifier une production de soja soutenable, n'impliquant ni la destruction de la forêt, ni l'expropriation de la terre des petits paysans... et surtout sans OGM », raconte Jochen Koester.

IMCOPA annonce qu'il souhaite certifier sa production selon ces critères. ProTerra, un nouveau label, qui incorpore les critères de Bâle, est créé en 2006 par Cert-ID, une entreprise de certification.

Des critères inappropriés

Pourquoi alors, un an plus tard, lancer une Table ronde sur le Soja Responsable ? « Les plus gros acteurs ne participaient pas à l'initiative de Bâle, résume Nina Holland. Pour rassembler tout le monde, le WWF a donc créé une nouvelle table ronde, avec des critères plus faibles, et tout à fait ouverts au soja Roundup Ready. » Bref, tout est fait pour séduire Monsanto.

La nouvelle table ronde ne pose aucun critère : les OGM sont permis, pas besoin de plans de réduction des herbicides ni de système de protection empêchant l'expropriation des terres ou la déforestation.
 

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Un article de Simon Gouin, publié par Bastamag

Note de Tanka : Pour en savoir un peu plus sur Monsanto, cliquer ici

 
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Auteur : Simon Gouin

Source : www.bastamag.net

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