Comment la structure rituelle du JT formate nos esprits - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 28/12/2011 à 21h39 par Jacques.


COMMENT LA STRUCTURE RITUELLE DU JT FORMATE NOS ESPRITS

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Si le téléspectateur est de plus en plus attentif au traitement d'informations particulières par les journaux télévisés, il s'interroge rarement sur la structure même de cette émission. Or, pour Pierre Mellet, la forme est ici le fond : conçu comme un rite, le déroulement du journal télévisé est une pédagogie en soi, une propagande à part entière qui nous enseigne la soumission au monde que l'on nous montre et que l'on nous apprend, mais que l'on souhaite nous empêcher de comprendre et de penser.

Le journal télévisé est le coeur de l'information contemporaine. Principale source d'information d'une grande partie des Français, il n'était pourtant, à ses débuts, en 1949 en France, que le sous-produit de ce que n'avaient pas voulu diffuser au cinéma la Gaumont et les Actualités Françaises. Défilé d'images sur lesquels était posé un commentaire, le « présentateur » ne s'est installé dans son fauteuil qu'en 1954, quand le journal a été fixé à 20h.

Depuis lors, la mise en scène n'a fait qu'aller en s'accroissant, et l'information en a été écartée —si jamais elle était présente au départ— pour faire de ce théâtre non plus un journal, mais un spectacle ritualisé, une cérémonie liturgique. Le « 20h » n'a pas pour fonction d'informer, au sens de dégager une tentative de compréhension du monde, mais bien de divertir les téléspectateurs, tout en leur rappelant toujours ce qu'ils doivent savoir.

L'analyse qui suit se base sur les deux principaux journaux télévisés de 20h français, celui de TF1 et celui de France 2, mais peut, à bien des égards, trouver des correspondances avec les journaux télévisés d'autres pays, principalement en « Occident ».
Le contexte

Fixé à 20h, le journal télévisé est devenu, comme la messe à son époque, le rendez-vous où se retrouve (chacun chez soi) toute la société. C'est un lieu de socialisation essentiel, paradoxalement. Chacun découvre chaque soir le monde dans lequel il vit, et peut dès lors en faire le récit autour de lui, en discuter les thèmes du moment avec l'assurance de leur importance, puisqu'ils ont été montré au « jt ».

Tout est mis en place comme dans un rituel religieux : l'horaire fixe, la durée (une quarantaine de minutes), le présentateur-prêtre inamovible, ou presque, qui entre ainsi d'autant mieux dans le quotidien de chacun, le ton emprunté, sérieux, distant, presque objectif, mais jamais véritablement neutre, les images choisies, la hiérarchie de l'information.

Comme dans tout rituel, le même revient en permanence, et s'agrège autour d'un semblant d'évolution quotidienne. Les mêmes heures annoncent les mêmes histoires, racontées par les mêmes reportages, lancées et commentées par les mêmes mots, mettant en scène les mêmes personnages, illustrées par les mêmes images. C'est une boucle sans fin et sans fond.

En ouverture, le générique lance une musique abstraite où s'entend le mélange du temps qui passe, la précipitation des événements, et une façon d'intemporel nécessaire à toute cérémonie mystique. Sur la musique, un globe précède l'apparition du présentateur, ou un travelling vers ce dernier le fait passer de l'ombre à la lumière. Tout se passe comme si le monde allait nous être révélé.

Le présentateur y tient rôle de passeur et d'authentifiant. Personnage principale et transcendantal, il se trouve au coeur du dispositif de crédibilité du 20h. C'est par lui que l'information arrive, par lui qu'elle est légitimée, rendue importante et donnée comme « vraie ». Par lui également que le téléspectateur peut être rassuré : si le monde va mal et semble totalement inintelligible, il y a encore quelqu'un qui « sait » et qui peut nous l'expliquer.

(Dans d'autre cas, c'est un duo qui présente le journal télévisé. La relation avec le téléspectateur est du coup beaucoup moins professorale et paternaliste, mais plus de l'ordre de la conversation, et peut sembler plus frivole. Bien évidemment, on ne trouvera jamais deux présentateur, ou deux présentatrices, mais toujours un duo hétérosexuel. C'est qu'il s'agit de ne pas choquer la représentation de la famille bourgeoise chrétienne. Ce type de mise en scène étant rare en France, nous ne développerons pas ce point plus avant).
Crédibilité et information

« Madame, Monsieur, bonsoir, voici les titres de l'actualité de ce lundi 6 août », nous dit le présentateur au début de chaque journal. Il ne s'agit donc pas d'un sommaire, d'un tri de la rédaction dans l'information du jour, mais bien des « titres de l'actualité », c'est-à-dire précisément de ce qu'il faut savoir du monde du jour.

Il n'y a rien à comprendre, le « journalisme » ne s'applique désormais plus qu'a nous apprendre le monde. Le présentateur ne donne pas de clé, il ne déchiffre rien, il dit ce qui est. Ce n'est pas une « vision » de l'actualité qui nous est présentée, mais bien l'Actualité.

Ce qui importe, dès lors, pour lui, c'est « d'avoir l'air ». Sa crédibilité n'est pas basé sur sa qualité de journaliste, mais sur son charisme, sur l'empathie qu'il sait créer, sa manière d'être rassurant, et sur son apparence d'homme honnête et intelligent.

David Pujadas peut bien annoncer le retrait d'Alain Juppé de la vie politique, et Patrick Poivre d'Arvor montrer une fausse interview de Fidel Castro, ils sont tout de même maintenus à leur poste avec l'appui de leur direction, et n'en perdent pas pour autant leur statut de « journaliste » et leur crédibilité auprès du public. Tout se passe comme si l'information délivrée n'avait finalement pas d'importance.

Elle n'est là que pour justifier le rituel, comme la lecture des Évangiles à la messe, mais elle n'en est en aucun cas la raison centrale, le coeur, qui se trouve toujours ailleurs, dans le rappel constant des mots d'ordres moraux, politiques et économiques de l'époque. « Voici le Bien, voici le Mal », nous dit le présentateur.

La hiérarchie de l'information est donc inexistante. Alors que l'un des premiers travail effectués dans tout « journal » est de dégager les sujets qui semblent les plus essentiels pour tenter d'en ressortir un déroulé (propre à chaque rédaction) de l'information en ordre décroissant, de l'important vers l'insignifiant, ici, point.

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Un article de Pierre Mellet, publié par Voltairenet

 

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Auteur : Pierre Mellet

Source : www.voltairenet.org