Chlordécone aux Antilles : Bilan d'un scandale sanitaire - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 12/02/2011 à 15h13 par Tanka.


CHLORDÉCONE AUX ANTILLES : BILAN D'UN SCANDALE SANITAIRE

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Chlordécone aux Antilles : Bilan d'un scandale sanitaire

Pesticide largement utilisé dans les bananeraies aux Antilles, le chlordécone a été interdit en 1993. Divers plans d'action gouvernementaux ont tenté d'évaluer l'étendue des dégâts et les dangers associés afin de les limiter. Face à cette crise, l'Institut de veille sanitaire publie un bilan des risques associés à la rémanence de ce poison et reconnaît un lien avec la survenue de cancers.

En 2007, c'est le Pr. Belpomme qui lançait l'alerte, parlant de "désastre sanitaire" ! Face à la pollution au chlordécone, un plan d'action interministériel est mis en oeuvre pour la période 2008-20101 et reconduit pour la période 2011-2013. Ces mesures ont permis de définir divers objectifs : caractériser l'étendue des dégâts, connaître les dangers, évaluer les risques et maîtriser les impacts... Retour sur les principales conclusions du bilan réalisé par l'Invs et sur les actions à mener.

Une pollution au chlordécone durable et étendue

Un pesticide interdit en 1993 continue de faire des ravages dans les Antilles françaises. Le chlordécone ne bénéficient de mesures sanitaires qu'en 1999, année durant laquelle des analyses révèlent l'ampleur des dégâts.

La contamination de l'eau est rapidement mise à jour, des fermetures des captages les plus pollués et des limitations de l'usage de l'eau dans les communes les plus polluées sont décidées. "C'est la première fois que l'impact sur la santé humaine est publiquement évoqué par une autorité française" précise Didier Torny de l'Institut national de la recherche agronomique à Ivry-sur-Seine.

Mais les contaminations concernent aussi les sols. A partir de 2003, des mesures sont prises pour limiter la distribution et la vente de certaines denrées alimentaires cultivées sur des sols pollués. Les études RESO2 montrent que la fréquence globale de contamination des aliments est de 11,1 % ! Les aliments les plus fréquemment touchés sont les légumes racines (18,4 %), les cucurbitacées (11,3%) et les produits de la mer et d'eau douce (respectivement entre 13,5 et 27,1 %). Logiquement, l'impact sur les populations devient un sujet de préoccupation majeure.

Chlordécone : les populations les plus exposées

La consommation d'eau et d'aliments pollués a logiquement des conséquences sur la santé humaine. Pour l'évaluer, différentes études ont été menées depuis 1999 pour estimer l'exposition au chlordécone des populations de Guadeloupe et Martinique3. Les résultats témoignent de la présence de chlordécone à des concentrations de l'ordre du microgramme par litre dans le sang des populations étudiées.

Certaines personnes plus particulièrement exposées sont identifiées. Il s'agit d'anciens travailleurs agricoles de la banane, de consommateurs de produits de la mer et de consommateurs de légumes racines en zone contaminée.

Selon les chercheurs, la contamination se fait principalement via l'alimentation. D'où la nécessité de limiter la consommation des aliments les plus contaminés. Une mesure évidente mais qui se révèle moins simple à mettre en oeuvre...

Limiter les sources de contamination

S'il est possible d'effectuer des analyses et de retirer certains lots contaminés dans les circuits "classiques" (grande et petite distribution notamment), cela devient très complexe pour les aliments achetés en circuits courts (autoproduction, dons, achats sur le bord des routes ou directement auprès du producteur). Et les données disponibles confirment ce problèmes : les personnes qui se fournissent via ces circuits sont le plus susceptibles de montrer des dépassements importants par rapport aux valeurs toxicologiques de référence (VTR).

Par ailleurs, les facteurs de risque de contamination sont identifiés. Selon le dernier Bulletin Epidémiologique hebdomadaire (BEH)4, les plus fortes contaminations concernent :

• Les personnes résidant toutes dans les zones contaminées ;
• Les enfants plus à risque d'exposition élevée que les adultes ;
• La consommation de légumes racines (dachine, patate douce) plus de deux fois par semaine et l'approvisionnement en circuit court pour ces légumes sont des facteurs de risque d'exposition élevée ;
• La consommation plus de deux fois par semaine et l'approvisionnement en circuit court pour le poisson constituent également des facteurs de risque.

Améliorer l'information des populations

Connaissant les facteurs de risque, des programmes de prévention sont initiés. Le programme Jafa (pour Jardins Familiaux) mis en place à partir de 2008 en Martinique et en Guadeloupe vise à "diminuer les apports en chlordécone liés à l'alimentation afin de ramener les niveaux d'exposition potentielle en deçà de la VTR". (...) peut-on lire dans le BEH. Communication de proximité, diagnostic de contamination des jardins créoles, programmes d'éducation axés sur la réduction de l'exposition et la qualité de l'alimentation sont les trois axes prioritaires. Par ailleurs, un volet recherche a été décliné en Martinique concernant les modes de préparation des légumes.

Au-delà de ce programme spécifique, le vaste plan chlordécone 2008-2010 a été mis en place. Ses objectifs sont nombreux, tant au niveau environnemental ou scientifique qu'au niveau sanitaire.

Le chlordécone lié au myélome et au cancer de la prostate

Reconnu comme cancérogène probable pour l'homme, le chlordécone est lié à de nombreuses tumeurs chez l'animal. Ses effets sur l'homme font l'objet de nombreux travaux, en particulier dans les Antilles françaises, décrites du fait de son exposition importante comme "un laboratoire à petite échelle"... Mais de précédentes études témoignent de ces effets délétères, notamment celle concernant les employés d'une usine produisant du chlordécone à Hopewell (Etats-Unis). Chez ces personnes exposées, des troubles cliniques apparaissaient au-delà d'une concentration sanguine de 1 000 g par litre de sang.

Les études menées aux Antilles montrent une augmentation significative du nombre de myélomes multiples selon le lieu de vie des habitants : l'incidence de ce cancer est plus élevée chez les personnes vivant dans les zones contaminées aux pesticides organochlorés. "Pour toutes les autres localisations cancéreuses étudiées, aucune distribution spatiale particulière n'a été mise en évidence" notent Alain Blateau et ses collègues6, soulignant néanmoins que cela "ne permet en aucun cas de conclure à l'absence de lien".

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Auteur : Yamina Saïdj

Source : environnement.doctissimo.fr