Charente: Jacquerie contre les phytos - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 18/02/2011 à 21h59 par Jacques.


CHARENTE: JACQUERIE CONTRE LES PHYTOS

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"Nous avons décidé de parler parce que, dans cette affaire, il y a aussi des dommages collatéraux." Le ton est ferme. La colère contenue.

Dans le décor de vieilles pierres de sa maison charentaise, dans le vignoble du cognac le plus prestigieux, ce père a décidé de briser le silence.

D'évoquer la douleur qui ronge sa famille. Le cancer de son fils, 40 ans, deux enfants, viticulteur, découvert «un jour qu'il pissait du sang». «Le radiologue à Cognac m'a dit: "ton fils a la maladie du viticulteur!"» Cancer de la vessie de stade 4, le plus élevé, avec métastases. «La prostate n'a rien, mais la tumeur s'est mise autour.»

Six chimios, un curetage de la vessie, des allers et venues entre les cliniques de Bordeaux et Angoulême pour des chances de survie réservées. «La dernière chimio l'a beaucoup fatigué», dit sa mère. Il ne travaille plus.

«L'exploitation est en danger. Il ne pourra plus travailler comme il le souhaitait.» Le petit manège des indélicats n'a pas attendu. «Il a des terres en fermage. Deux propriétaires le harcèlent pour récupérer les vignes. Y'en a une qui est venue chez lui sans frapper. Il a toujours tout payé.»

Convaincu que son fils a été contaminé par «une molécule dérivée du benzène présente dans les phytos», son père a commencé la constitution de reconnaissance de maladie professionnelle.

«On a retrouvé tous les bons de commande de produits utilisés depuis 1991.» Seule réserve: plus jeune, son fils a lutté contre une leucémie. «Mais il était guéri.» «Cela a pu avoir une incidence», dit l'urologue qui l'a vu.

En mai 2008, il y avait eu une première alerte. «Il a eu une insuffisance respiratoire devant nous. Je l'ai mis dans la voiture et emmené à Bordeaux.» À l'époque, les examens sanguins n'avaient rien décelé de l'actuelle maladie.

Le père du malade a rencontré Paul François, contaminé en 2004 par le Lasso de Monsanto. «Il va nous épauler.»

L'agriculteur de Bernac, près de Ruffec, dont l'affaire connaît un écho médiatique national, lance une association pour les victimes des phytos. Une entrée en résistance, suite logique de l'appel de Ruffec de janvier 2010 avec Yannick Chenet, viticulteur de Saujon, décédé le 15 janvier dernier. «On était une trentaine.

Une partie reconnue victime de maladies professionnelles, une autre dans l'attente, une autre qui se demande si elle doit engager des démarches.»

Dans cette dernière catégorie, l'épouse d'un viticulteur céréalier près d'Angoulême. «Il est décédé rapidement, indique Paul François. Il souffrait de la même pathologie que Yannick Chenet. Depuis, sa veuve se bat pour une reconnaissance de maladie professionnelle.»

Marie-Dominique Robin en soutien

Le lancement officiel de l'association est prévu le 19 mars à La Canopée à Ruffec. La veille, à Salles-de-Villefagnan, Marie-Monique Robin, réalisatrice du «Monde selon Monsanto», présentera son nouveau film «Notre poison quotidien», diffusé le 15 mars sur Arte, dédié à Yannick Chenet et qui s'ouvre sur l'appel de Ruffec.

«Il faut que les médecins parlent», insiste le père du jeune viticulteur atteint d'un cancer.

Un urologue charentais a accepté, anonymement, de témoigner. Ce qu'il voit? «Fréquemment, des viticulteurs non fumeurs atteints d'un cancer de la vessie», explique-t-il.

Au stade des recherches épidémiologiques actuelles, il souligne «de fortes suspicions sur les phytos à base d'arsenic».

«Ces cancers ont de multiples manifestations: ça peut aller des simples polypes à l'ablation de la vessie.» Documents à l'appui, il évoque «des cancers professionnels de la vessie sous-estimés en France».

Pour lui, la demande de reconnaissance de maladie professionnelle «n'est pas assez active». «C'est long, c'est difficile, car on demande beaucoup d'éléments. Mais il faut le faire car ce qui est en jeu, c'est l'effet de seuil. Comme avec les maladies orphelines. Plus il y a de cas, plus on se fait entendre.»

«Une goutte d'eau dans une piscine»

«Les produits phytos sont dangereux, c'est clair. Mais il y a des conditions d'utilisation à respecter.» Dans le débat entre pro et anti-produits phytosanitaires, Daniel Sauvaitre, producteur de pommes à Reignac, se range avec les premiers. «Je cherche le chemin des crêtes.»

Il déplore un débat pollué par des a priori. «Je suis souvent désarmé par l'approche qu'on a du sujet. Il y a un regard sectaire. On n'est pas beaucoup aidé. Personne ne défend les phytosanitaires.»

La contamination des fruits par les phytos? «En aucun cas. Le consommateur n'est pas concerné. La propreté des fruits et légumes est incontestable», affirme le producteur qui fait valoir une LMR (limite maximale de résidus) très mince. «C'est l'équivalent d'une goutte d'eau dans une piscine de 25 mètres.»

Sans emboîter le pas aux producteurs bios, Daniel Sauvaitre explique travailler à la limitation de certains insecticides. «Je ne traite plus l'araignée rouge depuis plus de dix ans. Au niveau insecticide, on est à des niveaux très faibles, proches du bio.»

À la chambre d'agriculture de la Charente, la réduction des phytos est une priorité. Moins 50% en dix ans: voilà pour le slogan. Dans les faits, la concrétisation du plan éco-phyto voté au niveau national il y a deux ans est floue. «On ne sait pas encore à quel niveau cela s'applique», explique Patricia Gaudry, chef du service production végétale à la chambre d'agriculture.

Des viticulteurs opposent déjà des «traitements obligatoires comme la flavescence dorée». «Est-ce qu'on tient compte de ces traitements obligatoires? Ce plan suscite pas mal de questions», reprend Patricia Gaudry. La candidature de la chambre d'agriculture à la «constitution d'un réseau de fermes de référence» vient d'être acceptée.

Patricia Gaudry s'attelle à sa mise en oeuvre. «L'idée, c'est d'avoir une plate-forme expérimentale où recenser les politiques alternatives, la réduction d'intrants et les conséquences sur les rendements.» Onze fermes ont été retenues dans des registres de cultures différents.

Dès la prochaine campagne de traitement, au printemps, les agriculteurs du réseau devront avoir la main moins lourde.

 

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Auteur : Thierry Châtellier

Source : www.charentelibre.fr