Ces « mauvaises herbes » qui font de la résistance - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 23/04/2011 à 15h18 par Fred.


CES « MAUVAISES HERBES » QUI FONT DE LA RÉSISTANCE

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Ces « mauvaises herbes » qui font de la résistance

 
Je publie ici un article paru dans le numéro de mars de Biocontact (disponible dans les magasins bio), avec l'autorisation de son auteur, Michel Metz.

L'amarante sème la panique aux USA.

En 1996 Monsanto met sur le marché des plantes Génétiquement Modifiées (OGM) capables de résister à son célèbre herbicide RoundUp (1)Sur le continent américain et notamment aux USA, les agriculteurs les adoptent rapidement parce qu'elles peuvent être désherbées après même qu'elles aient poussé, et donc rester « propres » jusqu'à la récolte.

Ainsi en 2010 aux USA, 93/% du soja, 78 du coton, 70% du maïs étaient constitués de variétés résistantes au RoundUp. Ce « succès » manifeste s'est accompagné évidemment d'une utilisation massive de cet herbicide, d'autant plus que les « mauvaises herbes » ainsi abondamment arrosées, ont développé elles-mêmes leurs propres résistances.

Aujourd'hui, rien ne va plus, car si ce phénomène de résistance préexistait à l'introduction des cultures GM, l'usage intensif du RoundUp qui en a résulté les a rendues très envahissantes aux Etats Unis mais aussi au Canada, au Brésil, en Argentine, en Australie, en Chine...

De nombreux articles agricoles et scientifiques leurs sont consacrés. Aux USA, elles ont même fait irruption dans les tribunaux dans le cadre d'une audience qui s'est tenue en juillet 2010 (2) destinée à évaluer la politique de régulation des biotechnologies du Département de l'Agriculture Américain (l'équivalent de notre ministère de l'agriculture).

Mais ce qui inquiète le plus c'est la vitesse de progression de ces plantes résistantes, une sorte d'emballement : en moins de 3 ans aux USA, le nombre de sites infestés signalés passe de 3200 à 14000 et les surfaces concernées passent de 1 million à 5 millions d'hectares (pour une surface totale de cultures GM de 65 millions d'hectares) ! Une vingtaine de mauvaises herbes sont en cause mais la palme revient... à l'amarante de Palmer qui peut dépasser les 2 mètres.

Bien entendu des agriculteurs se sont inquiétés de la situation avant d'en arriver à cet état critique. En 2005, commençant à rencontrer des problèmes l'agriculteur Troy Roush, l'un des témoins présents à l'audience, contacte Monsanto en s'appuyant sur les nombreuses discussions qui remplissent les pages de la presse agricole.

Malgré les preuves déjà bien documentées sur l'existence de ces résistances, Monsanto nie et conseille d'augmenter les doses ! Aujourd'hui, non seulement Monsanto ne nie plus mais il commence même à subventionner des agriculteurs pour acheter d'autres types d'herbicides chez les concurrents. L'amarante géante ferait-elle vaciller le géant des biotechs ?

Mais dans une logique implacable de fuite en avant, Monsanto annonce une commercialisation prochaine de plantes OGM résitantes à un autre herbicide, le Dicamba qui est un dérivé du 2,4-D, un composant de l'agent orange, défoliant utilisé pendant la guerre du Vietnam et produit (déjà à l'époque) par... Monsanto !

Lors de l'audience Troy Roush précise dans un style peu habituel pour un farmer américain : « Mère Nature » a démontré maintes fois sa capacité à contrecarrer les panacées chimiques . Et il ajoute qu'il faut apprendre des erreurs passées et qu'il ne faut surtout pas utiliser le Dicamba.

 


 

Et en Europe, la leçon a-t-elle été retenue ?

En Europe les OGM ont surtout provoqué les résistances... de la société civile. Alors qu'à partir du milieu des années 90, les OGM déferlent sur le continent américain, ils rencontrent de ce côté-ci de l'Atlantique une forte résistance. D'âpres discussions autour de la brevetabilité du vivant sont en cours et finissent par conduire à son autorisation en 98 (3).

(...)

Et pourtant de nouvelles variétés de plantes rendues résistantes à des herbicides viennent d'être mises sur le marché européen. En 2009 ce sont les variétés de tournesol ExpressSun de Pioneer et Clearfield de BASF. La variété de colza Clearfield est annoncée pour cette année. Ces variétés ont été rendues résistantes à une autre famille d'herbicides, les "inhibiteurs de l'ALS" (5).

Or cette famille d'herbicides, déjà largement utilisée sur les céréales, est celle pour laquelle le plus de cas de résistance ont été signalés dans le monde. Rendus prudents, les semenciers recommandent d'être "vigilant car ces deux innovations donnent une occasion supplémentaire d'utiliser des herbicides de la famille des inhibiteurs de l'ALS [...]

Leur utilisation répétée dans les rotations pourrait augmenter le risque de développement d'adventices résistantes" (6). Certes ils ne cachent pas les risques, mais cela ne les empêche pas de faire la promotion de leurs innovations tout en renvoyant la responsabilité sur les agriculteurs censés respecter des règles de bonnes pratiques !

Avant même la mise en culture de ces nouvelles variétés, plusieurs adventices ont déjà appris à résister à ces herbicides dont notamment le vulpin des champs et les ivraies. Par ailleurs, les tournesols et colzas rendus résistants, ne pouvant évidemment pas être détruits par ces herbicides, deviendront eux-mêmes des mauvaises herbes pour les cultures suivantes. Une spirale sans fin !

Des tournesols et colzas mutés : des vrais/faux OGM

Mais par la façon dont elles sont rendues résistantes, ces plantes posent un problème d'une autre nature. Si le tournesol Clearfield de BASF semble issu de tournesols sauvages devenus résistants (suite à des arrosages répétés d'herbicide pour s'en débarasser !), le tournesol ExpressSun de Pioneer et le colza Clearfield de BASF sont obtenus à partir d'une mutagénèse provoquée par exposition à une substance chimique mutagène.

Au sens de la directive européenne 2001/18 (7), les organismes issus de la mutagénèse sont des OGM mais ils sont exclus de son champ d'application ce qui les exempte de fait, des obligations d'évaluation, d'affichage et de demande d'autorisation propres à tout OGM.

(...)

Vers une autre agriculture.

(...)
 

Un article de Alain Godefroy, publié par blogs.mediapart.fr

 

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Auteur : Alain Godefroy

Source : blogs.mediapart.fr