"Ce n'est pas la planète qui est en danger, c'est la stabilité de nos civilisations" - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 10/12/2009 à 07h23 par Tanka.


"CE N'EST PAS LA PLANÈTE QUI EST EN DANGER, C'EST LA STABILITÉ DE NOS CIVILISATIONS"

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"Ce n'est pas la planète qui est en danger, c'est la stabilité de nos civilisations"

Information recueillie par Tanka.

À l'occasion de l'ouverture du sommet de l'ONU sur le climat, à Copenhague, lepoint.fr a interrogé Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA (Commissariat à l'énergie atomique auquel le Laboratoire des sciences du climat et l'environnement est affilié) et coauteur du rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat).

lepoint.fr : Les perspectives pour la planète semblent plutôt mauvaises. Risque-t-on une extinction de la vie sur Terre ?

Valérie Masson-Delmotte : Je n'apprécie pas vraiment la présentation des enjeux telle qu'on l'entend souvent. La planète n'est pas en danger : c'est plutôt la stabilité de nos civilisations qui est menacée. Je m'inquiète pour les milliards d'êtres humains, pas pour la Terre elle-même. Quant à l'extinction de la vie, je n'y crois pas non plus, même si certaines espèces sont menacées.

La planète bleue n'a-t-elle pas connu des épisodes plus alarmants ?

Effectivement, le climat a connu des épisodes plus chauds, mais il faut remonter très loin. Et il y a eu des changements d'orbite, il y a quelques milliers d'années, qui ont influencé le climat. Les cycles peuvent aussi faire varier naturellement la température d'un dixième de degré. Cela s'ajoute aujourd'hui aux gaz à effet de serre.

Qu'espérez-vous de Copenhague ?

Il faut non seulement un accord, mais aussi la mise en place de contrôles à l'échelle continentale. Il faut que la composition atmosphérique soit surveillée, et que les nations soient responsables de leurs émissions de gaz à effet de serre. L'Europe montre la voie : nous sommes les seuls pays industrialisés à avoir réduit nos émissions. Je ne suis pas économiste, mais je crois que nous n'avons pas pour autant renoncé à notre mode de vie.

Que dit le rapport du GIEC ?

Tout d'abord, le GIEC ne mène aucune recherche : il fait la synthèse des travaux scientifiques existants. Donc, dès que ce rapport est publié, il est périmé. Les travaux les plus récents, publiés après le rapport du GIEC, prévoient des résultats pires qu'avant. Certes, depuis dix ans, le réchauffement ralentit, mais nous sommes tout de même dans le pire scénario envisagé il y a dix ans..., et tout reste à faire.

Les sceptiques sont passés à l'offensive, en rappelant qu'il y a bien d'autres problèmes à résoudre : la pénurie de ressources, la déforestation, la pollution, etc. Qu'en pensez-vous ?

C'est une question politique : il faut savoir où nous mettons de l'argent. Mais ce n'est pas une raison pour remettre en question le réchauffement climatique. Opposer entre elles les causes des problèmes humains, cela ne sert à rien. Par exemple, si vous facilitez l'accès des populations à l'eau dans des régions où les précipitations vont encore diminuer de 20 % dans les prochaines années, vous vous plantez. Il faut intégrer le changement climatique dans les politiques d'aide au développement.

Les sceptiques dénoncent le "parti pris" du rapport du GIEC, jugé "alarmiste"...

Les travaux des scientifiques sceptiques sont cités dans le rapport du GIEC. Nous nous sommes posé des questions, nous avons eu des doutes. Tout est dans le rapport du GIEC, il suffit de lire le chapitre 6 ( que lepoint.fr publie pour la première fois en version française , ndlr).

Pourriez-vous revenir sur le vol de données qui a eu lieu dans un laboratoire britannique, et surnommé "Climategate" par les sceptiques ?

Les données volées ont servi à mettre en cause l'éthique personnelle de certains scientifiques, qui auraient "gonflé" des températures. Des journalistes ont même rapporté, à tort, que des accusations de ce type ont été exprimées lors de l'ouverture du sommet de Copenhague, ce qui est faux.

Personnellement, je suis pour la publication des données de recherche, sur un wiki par exemple. Toutes ces données doivent être publiques. J'aimerais tout de même qu'il y ait une enquête pour savoir qui a eu les moyens de pirater les serveurs du laboratoire.

Propos recueillis par Guerric Poncet

Pour en savoir plus sur la situation planétaire