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Cette actualité a été publiée le 06/12/2010 à 08h54 par Tanka.


CANTONA VA-T-IL FAIRE SAUTER LA BANQUE ?

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Cantona va-t-il faire sauter la banque ?

Tout est parti d'une de ces fulgurances dont Eric Cantona a le secret. Un coup du sombrero aux traders de la City, suivi d'une reprise de volée en pleine lucarne du système bancaire. Dans une interview à Presse Océan, début octobre, le "King" se laisse aller à quelques réflexions sur la crise : "La révolution, aujourd'hui, se fait dans les banques : tu vas à la banque de ton village et tu retires ton argent. Et s'il y avait 20 millions de gens qui retirent leur argent, le système s'écroule. Pas d'armes, pas de sang, rien du tout, à la Spaggiari [connu comme le cerveau du "casse du siècle" à la Société générale en 1976]."

Ce qui aurait pu rester un simple apparté ou une banale discussion de comptoir s'est vite tranformé en un nouveau manifeste révolutionnaire pour des milliers d'internautes. L'interview, sous-titrée en plusieurs langues, rencontre un franc succès sur les sites de partage de vidéos. Un groupe Facebook, associé à un site Internet en huit langues, relaie la pensée de l'ancien attaquant de Manchester sous ce mot d'ordre : "Le 7 décembre, retirons notre argent des banques !"

Sur Facebook, plus de 34 000 personnes se sont engagées à retirer leurs économies à la date prévue, 26 000 iront "peut-être" et 425 000 sont "en attente de réponse". On est loin des 20 millions préconisés par "Canto", mais un tel enthousiasme à vouloir châtier les banques quelque trois ans après le début de la crise des subprimes a de quoi interpeller.

Propulsé gourou d'un nouvel ordre mondial, le King, qu'on pourrait croire un brin dépassé par son aura, assume : il a rejoint le groupe et a promis de joindre le geste à la parole. Face à "l'étrange solidarité qui est en train de naître, oui, le 7 décembre, je serai à la banque", a-t-il déclaré à Libération. Dans la foulée, plusieurs sites, notamment en France et aux Etats-Unis se sont associés à la démarche ainsi que d'autres groupes sur Facebook. La campagne aurait essaimé dans une vingtaine de pays. La presse s'en fait l'écho. The Guardian s'est ainsi fendu de deux articles, l'un pour rendre compte de l'ampleur de la campagne, l'autre pour critiquer l'initiative d'"Eric the Red", tout comme El Pais, la presse allemande ou encore belge.

* Qu'est-ce qu'une panique bancaire ?

Mardi 7 décembre, donc, des milliers de personnes devraient se présenter à leur guichet munis de valises vides et en repartir des billets plein les poches. Objectif : faire vaciller le système bancaire en rendant les banques insolvables. C'est ce qu'on appelle une "panique bancaire", ou "bank run".

"Le système bancaire fonctionne comme celui des assurances, explique Nicolas Bozou, économiste du bureau d'analyse Asterès. Il fonctionne sauf si tous les clients connaissent un sinistre au même moment, ou décident de retirer leur argent en même temps ". En d'autres termes : le système bancaire est parfaitement sécurisé tant que tout le monde le pense.

La "panique bancaire" est une anticipation auto-réalisatrice qui conduit un grand nombre de clients d'une banque à retirer leurs dépôts le plus vite possible par crainte qu'elle ne devienne insolvable. Ce faisant, ils la rendent effectivement insolvable, aucune banque ne possèdant les liquidités correspondant aux dépôts de ses clients. Ne pouvant faire face à ces multiples demandes de retrait, qui peuvent s'accroître rapidement par effet de mimétisme, l'établissement court le risque de ne plus pouvoir payer ses frais de fonctionnement.

"Quand tout le monde a un comportement irrationnel, il peut alors devenir rationnel d'être irrationnel", résume Nicolas Bazou pour expliquer ce type de phénomènes.

* Les précédents

L'appel du 7 décembre n'est pas à proprement une panique bancaire, puisqu'il est planifié et vise à punir le système. Il ne se transformera en "bank run" que si l'ampleur de la mobilisation est telle que les autres clients finissent par trouver à leur tour plus "rationnel" d'aller vider leurs comptes de crainte que le système s'écroule. L'économie mondiale a déjà connu ce type de phénomènes à plusieurs reprises, toujours en période de grande crise.

- En 1907, un épisode connu sous le nom de "panique des banquiers" aux Etats-Unis accula de nombreuses banques et entreprises à la faillite après d'inombrables retraits de liquidités.

- Pendant la Grande Dépression, en 1929, un nouvel épisode de "bank run" secoua les Etats-Unis. Il sera immortalisé par Frank Capra dans American Madness (La ruée) en 1932, puis dans dans It's a Wonderful Life (La vie est belle) en 1946 :

- Lors de la crise économique argentine, en décembre 2001, le gouvernement a limité les retraits à 250 pesos par semaine pour stopper le phénomène.

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Auteur : LEMONDE.FR

Source : www.lemonde.fr

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