Biocarburants : la guéguerre continue - L'atelier

Accueil

Cette actualité a été publiée le 09/04/2010 à 21h13 par Jacques.


BIOCARBURANTS : LA GUÉGUERRE CONTINUE

  • Google+
  • FaceBook
  • Twitter
  • Linked in
  • Tumblr
  • Google+  FaceBook   Twitter
  • LinkedIn  Tumblr
SOMMAIRE de Demain l'Homme - Accès aux derniers articles quotidiens du module principal WikiSurTerre
Biocarburants : la guéguerre continue

Interview - Les biocarburants sont-ils verts ou non ? Le rapport de l'Ademe (le deuxième du genre) remis ce jeudi aurait dû trancher. Mais voilà, s'il confirme un bilan très positif pour les uns, il omet l'essentiel pour les autres.

Hourra, crient les industriels du secteur. Les biocarburants sont bons pour l'environnement ! Vive les biocarburants ! En fait l'Ademe souligne que les jus de betterave, de colza ou de canne sont moins nocifs pour le climat que leur cousin fossile, le pétrole. 60 à 70% d'émissions de gaz à effet de serre en moins pour les biodiesels, 50 à 65% pour les bioéthanols. C'est toujours encourageant.

Sauf pour les ONG qui pointent du doigt une ligne du rapport. « Lorsque le développement de cultures énergétiques aboutit, directement ou indirectement, à la disparition de prairies, de zones humides, ou de forêts primaires, le bilan de gaz à effet de serre des biocarburants peut s'avérer négatif. »

En clair, lorsqu'un agriculteur transforme un hectare de forêt ou de prairie en surface cultivée, il envoie vers l'atmosphère des kilos de CO2 jusque là retenus dans la végétation. Et il oblige parfois les habitants à aller planter leurs choux ailleurs. C'est l'effet « changement d'affectation des sols », CAS pour les intimes. Un os rédhibitoire pour les ONG. Une broutille pour les industriels. Bataille de points de vue.

Pierre Perbos, administrateur du Réseau Action Climat et spécialisé dans les transports

Terra eco : Ce rapport est-il pour vous une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

P.P. : Il y a un point positif dans ce rapport. Pour la première fois depuis toujours, l'Ademe admet l'impact du changement d'affectation des sols. Notamment le CAS indirect. En France par exemple, si vous utilisez de l'huile de colza pour faire de l'agro-carburant, vous serez obligé d'importer de l'huile de palme pour la consommation alimentaire.

Une huile de palme qui peut avoir été produite en Indonésie au prix de la déforestation ! Pourtant, pendant longtemps l'Ademe a soutenu que les agro-carburants n'avaient rien à voir avec cette histoire de CAS indirecte. Nous avons tellement hurlé qu'elle n'a pas pu tenir sa position. Dans ce rapport, elle admet même que l'impact du CAS peut parfois inverser le bilan environnemental du biocarburant. C'est le cas en Indonésie par exemple où l'agro-carburant devient non plus réducteur mais producteur de gaz à effet de serre.

Dans son rapport, l'Ademe est honnête. Elle va même jusqu'à mentionner sur chaque graphique et haque courbe que le bilan est « hors impact CAS ». Le problème, c'est qu'elle s'arrête là.

T.E. : Qu'aurait-elle pu faire ?

P.P. : Elle aurait pu mesurer l'impact du CAS plutôt que de rester dans la théorie. Les statistiques douanières existent. Grâce à elles, d'une année à l'autre, on peut voir les importations massives de produits agricoles. Mais l'Ademe n'a pas voulu demander à ses consultants de calculer la provenances des oléagineux. Or, ces calculs sont possibles !

T.E. : L'Ademe dit pourtant qu'ils sont complexes...

P.P. : J'ai eu récemment ce débat avec une personne de l'Agence qui me soutenait que ce n'était pas si simple, qu'il était difficile de savoir comment l'huile importée était utilisée. C'est vrai. Quand nous, au RAC, nous allons voir SofiProtéol (acteur de la filière des huiles végétales) pour avoir ces infos, on nous les refuse. Mais l'Ademe a le pouvoir de demander ces infos aux industriels !

En fait l'Ademe continue de jouer la montre. Pour moi, quand la même étude omet des éléments qui, trois paragraphes plus loin, sont considérés comme fondamentaux, elle fait preuve d'une ambiguïté qui frise la malhonnêteté. Le problème c'est que les industriels vont utiliser ces chiffres en oubliant les parenthèses qui précisent « hors impact CAS ». L'Ademe aurait mieux fait de s'abstenir.

T.E. : Demandez-vous l'abandon de la filière biocarburant ?

P.P. : Produire des biocarburants dont l'intérêt énergétique est – au mieux – douteux pour ensuite importer des matières premières n'a aucun sens. Au lieu de ça, la France ferait mieux de faire du bio. Ce sont des produits que le marché réclame et ça permettrait à la France d'embrasser un modèle économiquement rentable et écologiquement soutenable.

Ou investir davantage dans des technologies dont on sait qu'elles réduisent les émissions liées aux transports comme les technologies stop and start ou la récupération d'énergie au freinage. Sauf qu'aujourd'hui, elle préfère dépenser des centaines de millions d'euros pour développer des technologies qui n'ont aucun intérêt. Elle est tétanisée dans un système productiviste depuis des années. Et il n'y pas que les écolos qui le disent !

Pour lire la suite, cliquer sur "lien utile"

Source : terra-economica

Info sélectionnée par Jacques

 

Pour en savoir plus sur la situation planétaire

 

........